CHAPITRE VII
faucillon qui fit jour à la statue, et pour rendre hommage aux vertus de celle-ci, au moins cinq cents ex-votos en cire, outre les suaires, chemises, annilles, etc. étaient pendus tout autour.
Cette époque fut non seulement un tri(jmphe pour la foi, mais aussi une ère de paix et de prospérité. La Bretagne se relevait de ses ruines, pansait ses blessures et recouvrait sa force. La soumission était un fait définitivement accompli, non qu'il n'y eût plus ombre de mauvaise humeur ; de temps à autre, au xvn" comme au xviii'' siècle, certains mouvements d'indignation survinrent à la suite d'imposition de taxes trop lourdes, ou déterminées par l'effet d'un bras trop rude ou maladroit ; mais ce ne furent que courtes velléités, soulèvements vite réprimés.
L'œuvre de centralisation s'était accomplie rapidement et la Province resta à l'abri de toute agitation sérieuse, sous la tutelle de sa sœur aînée. La direction provinciale, rassemblée dans la main du Gouverneur, et les querelles de succession et de voisinage enfin terminées, les chefs de la noblesse féodale se sentirent désœuvrés ; ils déléguèrent leurs pouvoirs dans leurs domaines aux officiers civils et militaires et s'en furent à la cour, attirés par l'éclat des fêtes et les faveurs qui rejaillissaient
ITjt) ESSAI SUR LK POHHOI'T.
sur tous coux qui savaient a])prochf'r' nos rois. (!o n'est pas qu'ils sacrifiassent, sur ce nouveau chanq) de bataille, leurs ambitions et l'org-ueil de leur race ; mais là au moins ce ne furent que querelles de tabourets, rivalités inoilensives de titres et d'honneurs. La Bretagne y gagna la paix ; la France de vaillants défenseurs et de fiers conquérants. Pour ne porter nos regards que sur l'illustre famille des Rohan, comtes de Porhoët, nous y voyons une suite de maréchaux de camp et de lieutenants généraux.
Pendant ce temps, les titulaires de seigneuries vassales n'étant plus astreints aux droits d'ost et de harelle, quittèrent le mousquet pour la charrue et employèrent leur activité à l'exploitation de leur sol, ainsi qu'à l'amélioration du sort des colons (I). Nous ne dirons pas certes, que les moissons dorées se répandirent d'un bout à l'autre du Porhoët ; cette assertion serait démentie par l'aspect réel du pays ; même, nous devons à la vérité historique de ne pas dissimuler que la situation du Porhoët et de sa capitale ne fut jamais bien brillante. Ogée, qui écrit vers 1780, dit qu'une fabrique de très gros draps et de chapeaux fait vivre une partie du
(1) M. de la Vaissière nous a retracé le véritable rôle du gentilhomme campagnard aux xvii= et xviiie siècles.