‹ Essai sur le PorhoëtChapitre 75 sur 113 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

tailles imposés au moins à 20 sous par an. Les filles, les veuves, les mineurs de 18 ans, et les hommes âgés de plus de 60 ans en étaient exempts. Le parlement a confirmé cet usage aux comtes de Porhoët par arrêts des 5 et 28 septembre 1593, l""- juillet 1681 et 2 avril 1692 (I).

Un des usages les plus curieux était le « saut de carpe », autrement dit, le saut des poissonniers.

Après les rigueurs du Carême, le peuple, dans la joie d'être débarrassé du régime maigre impatiemment supporté, s'amusait à jeter à l'eau les marchands de poissons qui avaient si longtemps forcé les fidèles à s'approvisionner à leurs étaux.

Le dimanche de la Quasimodo, grande réunion populaire se faisait donc, sur les bords de FOust' près du pont Sainte-Croix. Mais la vengeance envers les poissonniers était réglementée par le droit féodal et voici comment : « MM. les juges se rendent en robe, au bord de la rivière, dans un lieu fixe, et là, il est fait appel de tous les vassaux qui ont vendu du poisson pendant le carême ; ils doivent y comparaître pour faire le <( saut de carpe » jambes nues dans la rivière, ou le faire faire par quelqu'un

(1) (Ogée), — Le Guet et toutes les coutumes qui vont suivre sont également énoncés dans le Terrier de Bretagne de 1679. Archiv. Nation. Sénéch. de Ploërmel, vol. 7 (P. 1685).

166 ESSAI SUR LE pof\hoI<:t.

(1(; honiKî volonté ou |)«iy('; ad koc^ sous [Xîiiic de 3 livres 4 sous (J'amende (1). »

Quelles clameurs de joie devaient soulever les plongeons de ces malheureux poissonniers !

M. Tabbé (juillotin de Corson, dans son étude « Vieux usages du pays de Châteaubriant » nous apprend que la même coutume existait à Châiteaubriant, et que dans cette ville, l'amende était de deux chapons de Gornouailles et soixante sols monnoie » et il ajoute spirituellement : remarquez cette ironique fourniture de bons chapons bien gras exigée des vendeurs de morue !

C'était avant tout une réjouissance publique, car sans doute le comte de Porhoët comme le baron de Châteaubriant était tenu après le plongeon de sécher les poissonniers et de les réconforter d'une pièce de bœuf et de nombreux pots de vin.

Il en était autrement du droit de « fumage », également ancien, mais qui ne s'exerçait qu'aux environs de Josselin et non dans la ville. Chaque vassal roturier qui fait « feu et fumée » devait par an un boisseau d'avoine et une poule.

Mais voici encore un droit seigneurial qui réglementait un jeu. C'était le droit de « soûle ». Ecoutons

(1) Ogée. — Au XVII» siècle en tout cas, l'amende n'était que de 60 sols 20 deniers. Arch. Nat., P. 1685

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