‹ Essai sur le PorhoëtChapitre 78 sur 113 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

pour mémoire que les commendes s'introduisirent en Bretagne à partir du xvi'' siècle ; tous les bénéfices d'un^ maison religieuse étaient attribués à un vicaire séculier, de sorte qu'il y avait deux abbés, l'un chargé d'assurer le service du culte, l'autre eommendataire, à qui était dévolu le soin de recueillir la plus grande part des bénéfices.

Saint-Martin, que nous avons vu envahi par les partisans de la réforme, tomba en commende au xvi'^ siècle et fut occupé séculièrement ; mais en 1722 le bénéfice du prieur fut uni à la niense capitulaire de Marmoutiers et les commendataires cessèrent d'y être nommés.

Les trois paroisses extra muros subsistaient donc comme par le passé, mais au lieu d'être desservies par des recteurs prieurs, elles l'étaient par des abbés séculiers, à portion congrue.

Les traitements étaient habituellement fort exigus ; le vicaire perpétuel de Saint- Martin en 1730 touchait environ 362 livres ; celui de Saint-Nicolas 100 livres, et celui de Sainte-Croix, vers la même époque (1756) 425 livres. C'est ce qui fait dire à Ogée : En général le clergé travaillant à Josselin est fort mal

■ sujets du couvent, droit de corvée, de moulin, de pèche, chasse, colombier, etc.). En 1730, les revenus de Saint-Martin étaient évalués à 8000 livres, mais les charges montaient à 7000 livres.

A son aise, et très éloigné de toucher une rétrihiitioii proportionnelle k ses exercices et an iionihr(; de nécessiteux qu'il devrait secourir. Les richesses ecclésiastiques passent à de gros déciniateurs ou bénéfîciers qui ne résident guère dans la province, encore moins dans le canton.

La chapelle Saint-Michel qui, accidentellement, avait joui des fonctions curiales, était desservie par le clergé de Notre-Dame.

Un quartier nouveau, né sans doute de l'accroissement même de la ville, s'étendait maintenant à l'ouest du château, le long de la rivière, dans la direction de Pontivy. C'était plutôt une longue rue, qu'une agglomération compacte ; elle s'appelait la rue Glatinier.

Flanquée ainsi de ses quatre faubourgs, la ville close, ou paroisse Notre-Dame, était restée comme figée dans ses murs séculaires. Le grand clocher de l'église, fortement ébranlé par le temps, s'était écroulé en 1705; on le répara tant bien que mal, mais en 1731 il fallut le reconstruire à neuf. Sa forme en voûte demi-sphérique permit d'y monter un bourdon énorme baptisé Françoise Ollive (1781) pesant 2 900 livres (1).

(Ij Le 8 octobre 1744, après la reconstruction avait eu lieu déjà une bénédiction solennelle de trois cloches nouvellement fondues.

Le poids du gros bourdon de Josselin était surpassé dans la région par celui seulement de Noyal-Pontivy, qui pesait 3000 livres.

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La piété des hal^itants de Josselin ne se démentit jamais. Non contents d'avoir donné A la Vierge du Roncier ce beau cortège de religieux : Carmes, Ursulines, Bénédictines, Chanoines, ils se cotisèrent volontairement pour prendre part aux frais d'installation d'une maison de charité. L'initiative en avait été prise par M. Alain, recteur de Notre-Dame, et M"""* de Chassonville . « Les Etats, par délibération du 5 décembre 1776, dit Ogée, ont accordé 300 livres pour encourager cet établissement exemplaire qui enlève à l'oisiveté et à la mendicité une trentaine d'adolescents des deux sexes, pris dans les plus pauvres familles de la ville et de la banlieue. Sous l'inspection de plusieurs dames charitables qui font alternativement leur semaine, ils reçoivent l'éducation de leur état et sont exercés à de gi'os ouvrages de laine dont le produit contribue en partie à leur habillement et à leur subsistance. »

L'œuvre des retraites eut aussi sa place à Josselin, mais sa durée fut bien courte.

Les archives paroissiales sont souvent fort intéressantes ; elles nous montrent entre autres la faveur que le public de la ville et de la campagne accordait aux missions et l'affluence qui répondait à l'appel du prêtre. Les jésuites prêchent à Guégon en 1701 ; le

Père (Jabric)!', supérieur capucin, à Motre-lJainc cii 1712 ; de nouveau les jésuites à Guégon en 17 1 5. Autres prédications A IMeu^rifï'et en 1776 ; Saint-Servan 1783; Ilelléan et la Croix-llelléan 1760, etc., etc. Certaines de ces missions duraient quinze jours, un mois ; parfois la foule des pénitents était si grande qu'on était obligé d'improviser autour des églises des abris en branchages qui tenaient lieu de confessionnaux.

Le 30 mai 1735, une fête solennelle clôture, à Notre- Dame, la mission prêchée par quatorze pères capucins, « tous gens choisis et distingués par leur savoir et leur piété, où présidait le R. Père Angélique de Dinan, gardien du couvent de Vannes ». Elle avait duré un mois entier, entretenue par les soins des recteurs et du public. Sans doute que ces quatorze pères étaient avec peine arrivés au bout de leur tâche, car en 1776, ce sont vingt-deux recteurs et prêtres du diocèse, conduits par M. de Grandclos-Meslé, archidiacre de Saint-Malo, qui arrivent à Josselin.

L'abbaye de Saint-Jean des Prés avait, hélas ! dans le courant du xvni^ siècle, périclité peu à peu, faute de ressources. Depuis 1507, tous les abbés furent commendataires et ceux-ci naturellement absorbaient le gros des revenus de la communauté (1) ; si bien

(1) Le revenu de l'abbé comraendataire de Saint-Jean en 1730 était évalué à 2 192 livres, en déduisant les charges qui étaient de 2618 livres, 11 ne restait à la communauté que 1 531 livres net.

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qu'en 1788, ce vaste établissement, assis aujourd'hui morne et solitaire aux bords de l'Oust, ne comptait plus que deux chanoines.

Peu de temps après, quand la révolution vint interrompre la prière de ces humbles, le Mont Cassin abritait dix huit Bénédictines, y compris les converses ; les Carmes trois pères et les Ursulines vingt-sept religieuses. L'orage les dispersa tous.

Il nous paraît digne d'intérêt d'enregistrer ici, à propos de Saint- Jean des Prés, le certificat de M. Busson, docteur régent de la Faculté de médecine, traitant des qualités de la source minérale de cet endroit.

L'efficacité de ses eaux est notoire, beaucoup de malades, paraît-il, s'en sont mieux trouvés que d'autres eaux jouissant d'une grande réputation.

Le procès- verbal de l'analyse avait été signé à Saint-Jean le 15 octobre 1767 par différents médecins et le prieur. Voici ce que dit M. Busson : « J'ai lu avec la plus grande attention, par ordre de M. le duc d'Aiguillon, le rapport de l'analyse très bien faite des eaux minérales de Saint-Jeandes-Prés-les-Josselin. Il me paraît démontré qu'elles contiennent les principes énumérés dans ce rapport, et en conséquence je les regarde comme très salutaires dans toutes les maladies qui dépendent de

rengorgeiîient (1<'S viscèros al)c]oniinaux, du vice des digestions, des sécrétions difficiles ou retardées et de l'acrimonie de la lymphe en général et particulièrement de la lymphe cutanée ; je crois qu'elles sont d'une nature analogue aux eaux de Dinan et de Lannion et qu'on peut les substituer à ces dernières. Je pense même qu'elles méritent la préférence, dans le cas où l'on a moins besoin dun principe martial très développé que d'un principe volatil très pénétrant qui se manifeste sensiblement dans ces eaux, quelqu'en soit la nature et qui constitue leur principale efficacité dans plusieurs maladies chroniques, mais ces cas ne peuvent être déterminés que par un médecin attentif à suivre l'effet de ces eaux. A Rennes, 15 janvier 1768. »

Malgré son caractère d'ancienneté, la capitale du Porhoët n'était pas insensible aux embellissements.

En 1760, la ville acquérait un terrain dépendant du couvent des Carmes, afin d'y créer une nouvelle promenade et vers la même époque un plan d'alignement et d'élargissement des rues était fixé ; les cimetières de Notre-Dame et de Saint-Martin situés proche de ces églises étaient supprimés pour être reportés plus loin, etc., etc.

Le château perdait malheureusement de sa force et de sa majesté ; la forteresse petit à petit se désa-

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