CHAPITRE IX
main. A la nouvelle de l'arrivée des bleus, vite il avait rassemblé une poignée de braves et, sans réfléchir au désavantage du nombre et des armes, il s'était jeté en travers de la route pour tirer le prêtre des mains où il était tombé. Ce coup d'audace eût relevé le caractère et l'esprit de décision de Guillemot, s'il n'avait été déjà distingué des chefs qui, dès le commencement des agitations, avaient cherché à grouper en Bretagne les forces du parti contre-révolutionnaire. La Rouerie avait formé dans chaque évêclié des cantons de huit ou dix paroisses qui avaient à leur tête un chef, sous les ordres directs du commissaire (1). Guillemot, qui jouissait d'une certaine influence parmi les gars de Bignan, avait été alors nommé chef du canton de ce nom. Son mérite et sa bravoure l'avaient de suite placé en haute estime près des commissaires royaux, et il ne cessa de jouer un rôle aussi actif qu'intelligent dans toute la région de l'ancien Porhoët.
Lorsque, pour donner plus d'unité et d'ordre au mouvement insurrectionnel, on forma les divisions de la réunion de deux ou trois cantons, Guillemot fut désigné chef de division (â) . Avec ses paysans,
(1) M. de la Bourdonnaie de Coatcandec avait été nommé commisssaire parla Rouerie.
(2) La division fut formée des cantons de Bignan, Sérent et Pieugriffe t.
il poussa l'oflensive à outrance, harcelant l'adversair lui dressant des embuscades et le poursuivant travers champs.
Les bleus le baptisèrent du titre de « roi ( Bignan » et ce nom seul était pour les uns le rij liement, l'épouvante pour les autres.
« Quant à Guillemot, dit un historien de Chouannerie, il ne laissait guère passer de jou sans attaquer les détachements républicains. Ma heur aux garnisons des villes et des gros bour^ qui se hasardaient en pleine campagne ; les chouai du canton de Bignan, de plus en plus aguerris soi la sévère discipline de leur chef, les avaient biei tôt décimés et refoulés dans leurs cantonnements. Dans tout le Morbihan, sauf Georges Cadoudal, n'y eut pas de plus terrible batailleur, de pli vaillant défenseur du trône et de l'autel, c'était ] Jean Cottereau, Finvincible Jean Chouan de J contrée.
Le pays était particulièrement favorable à ceti guerre d'embuscades et de surprises ; Finaccessibilil même en était une défense naturelle. Dans ce dédal inextricable que nous connaissons, de vallons et d coteaux, coupés de ruisseaux parfois profonds et pe guéables, des chemins étroits, ravinés, encaissés se croisaient et s'entrecroisaient, formant ainsi le