CHAPITRE IX
mailles perfides d'un piège. Grâce au couvert épais de certaines régions, les chouans purent en toute tranquillité opérer leurs groupements. Un de leurs principaux camps retranciiés se trouvait être au centre de la forêt de Lanouée ; c'est là qu'ils réunirent leur cavalerie et qu'ils assemblèrent leurs approvisionnements. Dans un cercle plus éloigné, les bois de la Ilunaudaie, de Beignon, de Saint- Méen, leur offraient également des asiles sûrs.
En dehors de Bignan, l'ancien territoire du l^orhoët fournit un grand nombre de volontaires à la chouannerie Le mouvement se déclara dans toutes les paroisses, pendant l'année 1794. A Plumelec un soulèvement général fournit deux coni" pagnies sous les ordres de Joseph Aubin et Pierre Barron ; à Saint-Servan, l'abbé Nayl entraîne de ses exhortations les derniers hésitants ; à Tregranteiir Louis Picaud enrôle à sa suite tous les hommes valides ; du côté de Mohon, la Trinité, les mécontents, pour faire la chasse aux bleus, marchent derrière Gandin et Boulainvilliers ; Ménéac se distingue encore par un nouveau trait d'héroïsme. Voyer de la Salle, qui se cachait dans la commune, ayant été arrêté comme émigré, la population se soulève, attaque la troupe pour le délivrer et y réussit; la répression ne se fit pas attendre long-
temps : Té^lisci l'ut occupée, les cloclies descendues, le chiUeau de la Salle incendié, mais ces violences ne firent qu'exciter les esprits et déterminèrent la population à donner son concours à la chouannerie.
Non contents de porter atteinte au caractère sacré du clergé, les bleus, dans leur fureur contre les Bretons et leur haine de la religion, s'attaquaient même aux édifices, renversaient les croix ({ui se dressaient aux bords des chemins, se ruaient le marteau à la main sur la pierre destinée à commémorer la foi bretonne aux générations futures. C'est ainsi que dans le courant d'avril 1794, ces vandales se portent au bourg de Guéhenno, mettent le feu à l'église et brisent les pièces du calvaire. Mais ils n'eurent pas le temps d'emporter le produit de leurs vols, les hommes de Bignan et de PleugrifFet avec leur chef habituel, ceux de Billio et de Crusuel, commandés par Lantivy de Portcamus, tombèrent sur eux et les dispersèrent.
A quelques jours d'intervalle, de nouveaux engagements, toujours heureux pour les chouans, avaient lieu au Resto, au bourg même de Bignan, à Guéhenno, à Colpo.
Josselin, transformé en grenier et en place d'appui par le gouvernement départemental, était menacé
Photo Neurdein frères.
Le Calvaire de Guehenno érigé par Guillonic en i550 (Mis en pièces sous la Révolution et restauré en -1853).