CHAPITRE IX
de la famine. En plus de l'approvisionncnient que la ville devait fournir à toutes les troupes de passage, elle devait encore nourrir la garnison qui y était établie et une quantité considérable de prisonniers. La tour solitaire en regorgeait littéralement, si bien qu'on dut all'ecter une partie du château à l'office de maison d'arrêt ; suspects de tout rang et de toute condition, prêtres, nobles, roturiers, vieillards, femmes et enfants y furent jetés pêle-mêle, entassés dans une promiscuité affreuse.
Les religieuses de la commune, les premières, en eurent les honneurs (27 pluviôse an II) (1) et bientôt le district seul n'y compta pas moins de quarante-trois détenus. Le flot dès lors ne cessa de monter, de monter toujours, jusqu'à l'envahissement» complet du château.
Comme dans l'ensemble du département, les arrestations se multipliaient avec une rapidité extraordinaire et que dans certaines villes les prisons n'avaient qu'une place limitée. Prieur, sans même s'inquiéter de savoir s'il y avait encore des
(1) Les administrateurs de Josselin écrivaient au républicain Giquel,, président du Comité de surveillance ; « Le conseil assemblé vient de vous assigner le ci-devant château de cette ville, où vous trouverez suffi-.
samment d'appartements pour les loger toutes (les religieuses}
ne tardez pas un instant à mettre en exécution la loi contre ces
réfractaires etc. » signé Elie, Arch. dép. Morb. L. 1166.
locaux inoccupés, décréta que le trop-])lf'iri des prisons de Vannes, Pontivy et Plocjrmel serait évacué immédiatement sur Josselin. « En toute cette affaire, dit M. Bliard, Prieur faisait preuve d'une impardonnable légèreté. Dès le mois de février précédent, on l'avait prévenu, en effet, que les trente-huit malheureux enfermés dans cette maison d'arrêt remplissaient tous les appartements habitables, et qu'on avait été forcé de mettre les derniers arrivés dans les greniers. Malgré cet avertissement, quatre-vingt-quatorze inculpés, dont quarante prêtres, arrivaient de Vannes à Josselin le 27 floréaL La plupart étaient infirmes : les uns goutteux, lépreux (sic) (1). Dans les jours suivants, d'autres convois pareils se succédèrent, en sorte que près de trois cents de ces infortunés se trouvèrent bientôt réunis dans le vieux château. »
Les réclamations qui se firent entendre à l'envi n'étaient, hélas ! que trop justifiées. Chandor, le médecin de la prison, au risque de faire douter de son civisme, ne craignit pas de reconnaître officiellement le bien-fondé de celles-ci. Il nous a laissé un document du plus haut intérêt et qui met au point la situation des malheureuses victimes ; nous
(1) Aich. (lép. Morb. — L. 1458.