CHAPITRE IX
l'avons placé in extenso aux Pièces justificatives. C'est le procès-verbal d'une visite à la maison d'arrêt faite sur l'ordre de l'administration du district afin de « vérifier les faits allégués par les détenus. » 11 ressortait du rapport, que les détenus, au nombre de 250 (1), dont quatorze malades, s'étouffaient dans de véritables cloaques d'infection. Copie en fut adressée à l'exécuteur des hautes œuvres, à Vannes ; les membres du district l'accompagnaient des lignes suivantes : « Nous t'adressons, citoyen représentant, les pièces relatives aux prisonniers de notre ville ; nous pouvons assurer, après vérification du commissaire que nous avons cru devoir envoyer avant de te participer les réclamations, que ces individus sont exposés à périr de faim, ayant à peine de vivres pour les habitants de Josselin. Nous espérons que tu voudras bien prendre en considération l'humanité souffrante (2). »
Au milieu de tant de misères, la maladie multiplia vite ses ravages. Le 11 messidor an II (29 juin 1794), c'est-à-dire neuf jours plus tard, le citoyen Vandergrachf est chargé, par ses collègues de l'administration, d'une nouvelle visite ; il trouve cette fois
(1) Encore n'était-il pas question dans ce chiffre des prisonniers criminels enfermés dans la tour. — Voir les noms des détenus aux Pièces justificatives.
(2) Arch. dép. Morb. — L. IIGG. — P. Bliard.
100 ESSAI SIJH I.K l'Ol'.HOKT.
(juarantc-cinq malades, atteints la pluj)art de fluxions (le poitrine, de fièvre putride bilieuse et de phtisie pulmonaire. Son rendu compte(l) est une redite du rapport Chandor : dans les sous-sols l'air était vicié par rcncombrement des captifs et l'odeur infectante des latrines, sous les toits ces malheureux avaient à subir toutes les rigueurs de la température. La nourriture y était absolument insuffisante et l'eau qu'on leur donnait était empoisonnée par les lavages que faisaient sur les bords du puits les militaires cantonnés dans le château (2). Il n'est, certes, pas étonnant, que tout ce monde imprévu amenât une baisse rapide des ressources de la ville, et volontiers nous ajoutons foi aux dires des autorités locales.
Ce qui aggravait surtout la situation de Josselin en tant que grenier à vivres, c'était le refus d'une partie des communes du district, malgré un ordre supérieur, d'approvisionner le marché par quantités différentes de grains désignées. La municipalité s'émut de cette situation critique ; les lettres qu'elle adressa à ce sujet à Prieur de la Marne en déplace-
(1) Arch. de Josselin.
(2) Fatigué par les plaintes des uns et les instances des autres. Prieur consentit, après de bien longues tergiversations, à réintégrer à Vannes une partie des prisonniers qui en étaient sortis (le 29 fructidor — 15 septembre — cent-deux détenus, dont 16 prêtres et 03 femmes, quittaient enfin le château) et petit à petit les suspects lurent rappelés dans leurs districts respectifs.
CHAPlTRli] IX. 197
ment à Nantes (1), nous révèlent ses craintes d'une véritable famine. Elle commença par demander l'envoi des troupes dans les communes récalcitrantes pour vaincre leur insubordination et les contraindre à fournir l'apport de grains. Mais les troupes étaient occupées ailleurs.
Ces appels de secours sont chaque jour plus pressants et d'autant plus qu'ils ne trouvèrent d'abord aucun écho. Chaque jour aussi, l'épuisement du marché se fait de plus en plus menaçant ; les rebelles des campagnes ont sans aucun doute juré d'alïamer la ville, car protestations ou prières, rien n'y fait, les communes restent inébranlables.
Déjà le 3 floréal an II, le peuple, n'ayant plus trouvé de grains sur le marché, s'était précipité en foule à la nmnicipalité, et le maire débordé avait du livrer aux habitants les clefs des magasins des subsistances militaires ; des ordres sont instamment demandés pour obtenir l'autorisation de puiser une nouvelle fois dans cette réserve. La municipalité va jusqu'aux supplications désespérées, l'état affligeant de la ville semble pour elle gros de conséquences et pourrait amener des complications funestes.
Le 24 floréal an II, le Conseil général de la com-
(1) Archives de Jossclin. '
198 ESSAI SUH LK PORIIOËT.
munc écrivait au citoyen Dcvismc, commissaire du Comité de Salut pul)lic à Vannes : « Viens citoyen le plus tôt possible au secours des habitants de notre commune qui manqueront sous peu de pain ; ce qu'il y avait de grains existant par le résultat du recensement achevé le 3 floréal est sur le point d'être consommé ; la grande consommation qui s'est faite depuis cette époque, est occasionnée par celui que nous avons été obligé jusqu'à ce jour de faire délivrer pour le pain et subsistance de la troupe, à tous les passages fréquents et répétés dans notre ville et par le grand nombre de prisonniers
qui s'y trouvent
Nous te demandons citoyen, et nous te prions instamment, de vouloir bien au reçu de la présente, donner des ordres pour que les grains nécessaires pour l'étape et la subsistance des troupes de passage, soient pris et délivrés du magasin des subsistances militaires par le citoyen Solan, garde magasin à Josselin. Citoyen, notre demande est si tellement fondée, que nous devons vous instruire, que par un arrêté de l'administration de ce district, du 20 germinal dernier, les communes de son ressort étaient assujetties à l'approvisionnement du marché ; cet arrêté leur a été adressé et notifié différentes fois «avec l'ordre de s'y conformer, ce qu'elles n'ont pas