‹ Essai sur le PorhoëtChapitre 91 sur 113 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

dissensions des chefs, qui paralysèrent le généreux mouvement des troupes royales et catholiques, des émigrés et des chouans venus sur ce coin de presqu'île se tendre la main dans le sentiment et l'espoir communs de la victoire finale. Cruelle et tei'rible responsabilité, que celle d'un chef qui n'eut pas le courage de sacrifier son orgueil et ses intérêts privés à la grandeur de la cause ! Ses inquiétudes, ses défiances, ses hésitations, amenèrent, hélas ! un désastre affreux, aussi fatal aux chouans qu'aux émigrés. Ces derniers furent annihilés, sacrifiés aux mânes de leurs rois, mais les braves paysans de nos campagnes, les plus désintéressés et les plus héroïques des soldats, furent démoralisés à jamais. L'énergie et la force qu'ils avaient puisées au pied de Tautel et dans le plus profond de leurs cœurs ne purent se maintenir longtemps ; l'antagonisme qui s'était montré parmi les chefs ne tarda pas à se faire sentir chez les soldats mômes ; il y eut des découragements, des mécontentements.

Tinténiac, qui de Quiberon avait reçu l'ordre de Puisaye d'opérer un mouvement tournant avec la division d'Auray, une partie de celle de Vannes et un détachement du Royal Emigrant, afin de prendre à dos l'armée de Hoche, crut devoir, au reçu de dépêches du comité de Paris, ou sur sa propre ini-

ESSAI SUR LE POHIlOt:T.

tiativc(l), abandomior le plan de cette attaque et, après avoir traversé Elven, Plaudrcn, se dirigea le 16 juillet sur Josselin. 11 n'ignorait pas l'afiail)lissenieni de la garnison en faveur de rarniée des côtes et pensait, sans doute, saisir une occasion favorable pour s'emparer de cette place.

A son approche la garnison fit sortir un détachement qui se rencontra avec les Morbihannais, près de Saint-Jean des Prés. Ce détachement fut refoulé, ainsi qu'un second envoyé pour le soutenir. Les forces de Tinténiac, qui au total comprenaient bien six ou sept mille hommes, prenant de l'avance, occupèrent aussitôt les faubourgs, mais, au pied' des vieilles murailles, une résistance sur laquelle 1 elles n'avaient guère compté, les attendait : « Arrivé là, raconte Rohu(2), le général me fît entrer dans un chemin étroit en face de la tour où la garnison] était située et d'où les balles nous arrivaient comme grêle. Obligés de traverser un petit pont, nous le| trouvâmes couvert de chapeaux et de sabots de ceui

(1) On n'a jamais connu exactement les motifs qui détoarnèrenf Tinténiac des ordres qu'il avait reçus de Puisaye, cyr la mort le surprit le lendemain. Les divergences continuelles entre le comité Pans et les conseils des départements font supposer que durant marche de la colonne il reçut des prescriptions contraires à celles qu'il avait reçues au départ.

(2) .Jean Rohu, lieutenant-colonel de la deuxième division de l'armée du Morbihan, dite division d'Auray.

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