‹ Essai sur le PorhoëtChapitre 93 sur 113 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

le terrain. Après cet avantage, Tinténiac se crut libre de reprendre sa direction de marche, vers le Nord-Ouest, et fit étape dans un endroit couvert, à Goëtlogon en Plumieux, où se trouvait un château habité par des dames (1). Quel ne fut pas l'étonneinent des chouans déjà installés en bivouac, de voir une nouvelle colonne ennemie, conduite par le général Crublier, tomber soudainement sur eux! Après un certain moment employé à se ressaisir, la défense fut vite organisée et les bleus, incapables de soutenir le choc, se débandèrent à travers bois. Les chouans eurent malheureusement à déplorer une perte cruelle. Dans la poursuite, Tinténiac, leur général si estimé, avait été atteint d'un coup de feu ; il succomba quelques instants plus tard.

Pontbellanger, le nouveau chef, conduisit l'armée rouge à la prise de Quintin et de Chatelaudren, mais arrivé non loin de Saint-Brieuc, le bruit du désastre de Quiberon parvint aux oreilles des soldats. Irrités contre ceux qui étaient venus semer le désarroi dans l'armée bretonne (2) et amener la défaite inconnue jusqu'alors, les chouans mena-

(1) Mm» et Mlle de Guernisac et M''^ Quintin de Kercadiou qui, disait-on, étaient affiliées au comité de Paris.

(2) « — Les monstres auraient dû être engloutis dans la mer avant d'arriver à Quiberon ! » s'était écrié Cadoudal, ne pouvant contenir sa colère contre d'Hcrvilly et son parti.

ccrent de jeter has les armes et de partir c^ri désordre. Il fallut les engager à rentrer dans leurs foyers, et prononcer le licenciement pour un laj)s de temps assez considérable.

Avec les secours en argent et en armes de l'Angleterre et sous l'impulsion de chefs tels que Georges Cadoudal(l) et Mercier la Vendée, l'ordre se rétablit, les divisions se reformèrent et la lutte peu à peu recommença.

A cette époque (octobre 1795), Guillemot avait sous ses ordres une division importante, composée de 57 paroisses et formant quatre beaux bataillons ; elle s'étendait depuis le Roc Saint-André jusqu'à Kergrist, quinze lieues de longueur, et depuis Pont- Augan sur le Blavet jusques et y compris Josselin, douze lieues de largeur (2). Cette division, la plus forte des armées royales de l'Ouest, se montra toujours digne du roi de Bignan.

En 1796, la paix fut signée entre Georges Cadoudal et le général Hoche (Scépeaux et d'Autichamp avaient déjà donné leur signature). Elle ne

(1) Cadoudal était à ce moment général du Morbihan, et Puisaye, lieutenant-général .

(2) En novembre 1795, elle fut agrandie de trois cantons (Locminé, Noyal-Pontivy, Baud) sur lesquels soufflait un léger esprit d'insubordination et qui avaient besoin d'un commandement tel que celui de Guillemot pour entrer dans l'ordre.

CHAPITRh. IX. 207

longue durée. Les vexations du Gouvernement Directorial motivèrent une reprise d'armes en août 1799. La substitution, qu'on fit alors, du nom de légion à celui de division, et du nom de bataillon à celui de canton, ne changea rien à l'organisation primitive. L'ancienne division de Guillemot devint la première légion, dite de Bignan, qui eut pour chefs : Guillemot, chef de légion ; Gomez, lieutenant-colonel; Mathurin le Goesble, major; Yves le Theis, Guillôme, Joseph Benard, Michel, chefs de bataillons.

Dans le Mor})ihan, pendant que Cadoudal s'empare de Sarzeau; Jacques Andra, de Muzillac ; Desol de Grisolles, de Pont-Château et de la Roche-Bernard, le chef de la légion de Bignan, après une lutte acharnée, déloge la garnison républicaine de Locminé.

Impressionné par ce succès (Locminé au centre du Morbihan était considéré comme place sérieuse et utile), le colonel Bouté sortit de Lorient avec un bataillon de grenadiers pour se porter au secours de la garnison, et en rassembla les débris alors dispersés dans la campagne. 11 reprit Locminé et marchait vers Josselin, lorsque arrivé sur la lande de la Vachegare, vaste plaine d'une lieue de longueur située dans la paroisse de Buléon, il fut tout à coup

vi;;oui'(;useniciit attaqué. Guillemot, qui avait été iiilopmé à temps de la direction que prenait rf'imemi, s'était embusqué sur le bord de cette lande, non loin de la route, en avant de Kerjeanno, et avait laissé toute la colonne s'avancer à sa hauteur pour la prendre par le flanc. Celle-ci fit halte sans quitter la grand'route et se mit en bataille. Mais, malgré son feu nourri, les chouans chargèrent avec une telle impétuosité, qu'elle fut culbutée et coupée en deux. Une partie des bleus s'enfuit vers Josselin; l'autre, avec le colonel Bouté, rétrograda, traversa Locminé et Baud pour rentrer à Lorient.

Le général Georges, à la nouvelle de la sortie de Lorient, devina que les grenadiers se portaient contre Locminé. 11 rallie aussitôt ses forces, court tendre la main à Guillemot ; il ne peut malheureusement arriver à temps pour écraser les bleus à la Vachegare ; le hasard voulut cependant qu'il leur portât un coup terrible. « Les quatre cents hommes qui s'étaient sauvés de la lande de la Vachegare, dit M. J. Guillemot (I), ayant appris la position de mon père sur la route de Pontivy, et pensant par conséquent se rendre à Vannes par Guéhenno, avaient pris cette direction avec une partie de la garnison

(1) Lettres à mes neveux.

Page 1