CHAPITRE IX
La police n'est donc pas trop sévère, et quant aux vrais chouans, imagination ou réalité, les rapports signalent toujours leurs bandes aux aguets, non loin de la ville ; Michel, Villebourgou, Dujardin, sont les chefs de ces petits groupes, qui sans doute épient dans la brousse les sorties des troupes républicaines.
Entre temps, les fonctionnaires publics et la Municipalité se livraient aux cérémonies officielles (1) : fête de la Jeunesse, le 10 germinal, où le maire donne « l'accolade fraternelle » à tous les élèves de l'école primaire ; fête des Epoux, 3 floréal, « pour honorer le mariage » et rappeler ses trois objets : le bonheur des époux, l'éducation des enfants et la conservation de la société ; anniversaire de la prise de la Bastille qui se célèbre en grande pompe. Nous avons retrouvé le programme, qui fut exécuté l'an VII, à l'occasion de cette solennité. Le cortège formé de toutes les troupes en garnison alors dans la place et dans l'ordre suivant : chasseurs du lO*" régiment, canonniers à cheval du 6^, garde nationale, gendarmerie à cheval marchant à côté du maire, gendarmerie à pied escortant les autorités civiles, infanterie de ligne, enfin les pièces
(1) Archives de Josselin.
214 ESSAI SUH LK POHHOËT.
d'artillol'io, monta de l.i mairie à la promenado, où un discours l'ut prononcé. ï.e canon ne cessa de se faire entendre. Lu concours de tir et une course vint distraire les assistants, puis dans le même ordre, le cortège sortant de la promenade descendit jusqu'A la place de la Liberté. Là, les troupes rangées en bataille formèrent le cercle autour des autorités et, second discours, le maire prit la parole pour féliciter les troupes de ligne et les canonniers de la bravoure déployée par eux aux armées ; il termina, en remettant une branche de laurier aux chefs de corps en témoignage de reconnaissance.
C'est qu'en effet, si les armées républicaines subissaient des échecs dans l'Ouest, sur les frontières, en Suisse, en Egypte, elles triomphaient partout et se couvraient de gloire. L'avènement de Bonaparte au Consulat (8 nov. 1799), la paix suivie de mesures d'ordre et de conciliation, le rétablissement du culte, calmèrent les esprits et attirèrent au premier consul un grand nombre de partisans jusqu'en Bretagne. D'autre part, le manque de ressources, l'éloignement des princes et leurs vaines promesses de débarquement affaiblirent l'énergie des combatifs. La lutte en Bretagne et en Vendée ne pouvait dans ces conditions se soutenir bien longtemps.