CHAPITRE IX
La légion de Bigiian se distingua encore le 21 janvier 1800, à l'affaire de Locmaria (Pont du Loc), mais ce fut le dernier chapitre de ses exploits. Avant la fin de cette même année, Georges Cadoudal entraîné par l'exemple de tous les chefs de la Vendée, fit sa soumission. Disons à l'honneur du chef de la légion de Bignan que, se considérant engagé sa vie durant, tant qu'il n'aurait pas attein^^ le hut qu'il s'était proposé, le rétablissement de la royauté et du christianisme, il refusa de déposer les armes ; son bras était loin d'être abattu, son âme était trop fière pour traiter avec un gouvernement, dont il ne voulait reconnaître la puissance de droit. Tous les officiers supérieurs et plusieurs officiers subalternes de la même légion, comme Guillemot, refusèrent de se soumettre. Cet exemple fut suivi ailleurs et jamais la soumission de la Bretagne ne fut complète.
Bonaparte, qui reconnaissait la religion comme une garantie indispensable de Tordre social, laissa les prêtres petit à petit sortir de leurs caches ; dans l'ombre d'abord, puis au grand jour, le culte fut rétabli, alors les Bretons purent chanter victoire aux pieds de cette croix qu'ils avaient si vaillamment défendue et pour laquelle ils avaient noblement versé leur sang. Cette lutte héroïque du paysan
pour sauver ses vieilles croyances, ses li])ertés, et le principe de la légitimité, nnérite d'être inscrite aux fastes de l'histoire des peuples. Le mot de Napoléon « la guerre de (iéants ! » n'est pas trop fort ; dans ses résultats comme dans ses causes elle fut sublime, car elle grandit la religion et consacra à jamais l'honneur et la gloire du nom breton. Ne donne-t-elle pas non plus le plus bel exemple, après la persécution Néronienne, de l'immortalité du Christianisme? Dieu, n'est-il pas vrai, se rit des persécutions humaines ! Vingt siècles de foi assurent son triomphe; l'éternité de son règne se joue des injustices et des mensonges. Le monde s'abîmera dans le néant et le Créateur prodiguera encore ses récompenses aux lois dictées par la justice et la conscience. Georges Cadoudal au fond du cœur n'avait pas non plus désarmé ; la conspiration dont il se fît le chef, fut la dernière tentative de la cause royale. Son arrestation fut suivie de celle d'une cinquantaine de royalistes impliqués dans cette même affaire, dont douze subirent la peine de mort; parmi ceux-ci figurait Jean-Marie-Joseph Picot ou Picaud, originaire de Josselin.
Le retour du pouvoir légitime fut acclamé en Bretagne. Les chouans depuis longtemps étaient