‹ Essai sur le prêt à intérêt au XVIe siècleChapitre 3 sur 17 · USE · texte numérisé non relu

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montre ce qu'il pense de l'intérêt ou plutôt de l'usure. Il prétend, comme bien d'autres de ses contemporains, qu'aucune bonne d'éfinition n'en a Jamais été donnée: pour lui, c'est lucrum supra sortem exractum, tantum propler officéum mitualionts. « La vraie étymologie, et la vraie et propre définition d'usure, est quand pour l'usage ou dilation de pécune due, on percoit et exige quelque profit, successivement, à la raison et pour portion du sort et du temps » (1). I prend soin de nous indiquer que le mot pécune s'entend ici de toutes choses fongibles. Cette remarque à son importance, car nous verrons plus loin que les usuriers, pour se mettre à l’abri des lois et des édits qui leur furent si souvent défavorables, avaient imaginé de se faire payer l'intérêt en nature. Il est bien évident que ce subterfuge n'enlevait rien au caractère économique du prêt qui est essentiellement de produire des fruits. Du reste, les injonctions du pouvoir allèrent jusqu à défendre de servir lintérét de cette manière.

Sous l’une ou l’autre de ces formes, Dumoulin ne voit pas de bonnes raisons pour gêner dans leur liberté les parties qui contractaient ensemble. Ti fait un historique complet et trouve des réponses satisfaisantes à toutes les objections qui s'étaient acumulées pendant des siècles.

Le droit divin, se demande-t-il, a-t1l donc défendu formellement le prêt? L'ancien et le

(1) DumouLix. — Traité de usuris, K 3.

Pret

nouveau Testament étaient émaillés de textes de mauvais augure et leur étude devait lui sembler peu rassurante. « Pecuniam tuam non dabis ei ad usuram » dit le Deu téronome, et le Lévitique « Non fenerabis fralri tuo ad usuram pecuniam, nec fruges, nec quamlibel aliam rem ». Sans doute voilà des défenses sérieuses et claires, mais pour notre auteur, ce sont des prescriptions d'une nature tout à fait particulicre.Ce ne sont pas despréceptes immuables de morale qu'il faut respecter par crainte du suprême anathème. Le peuple d'Israël n'était pas le monde tout entier, cette petite colonie de Dieu pouvait recevoir des conseils plus pressants, des avis plus désintéressés que les autres peuples. Les relations des citoyens entre eux, dans cette céleste république, devaient être des relations de frères, et l'amour du lucre ne pouvait s'y déchainer sans nuire à l'unité qu'il fallait à tout prix conserver pour atteindre les vues de Dieu. N'étaient-ils pas agriculteurs et pasteurs surtout,et qu'auraient-ils fait ces Israélites, de capitaux quelconques, alors qu'il ne leur était même pas permis de se vendre mutuellement leurs terres ; on polerat unus ab altero emere terram? Aussi faut-il comprendreles restrictions de leurs livres saints comime leur patrimoine propre, comme leur constitution spéciale. D'ailleurs si le prêt à intérêt était interdit entre Israélites, il ne Pétait pas dans les relations des Israélites avec les étrangers, et ce fait seul montre le peu d'importance qu'il faut attacher à cette loi d'exception en somme, quand il s'agit de l'appliquer à quelques

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