‹ Essai sur le prêt à intérêt au XVIe siècleChapitre 4 sur 17 · EE RENE · texte numérisé non relu

EE RENE

mille ans de distance à des peuples si différents de celui pour lequel elleavait été solennellement édictée.

C'est à cet avis que se range le jurisconsulte Dumouln ; il lui coûte de répondre à de telles objections, mais il veut faire justice de tout ce qui peut entraver ce qu'il regarde comme la cause du progres et de la liberté économique.

[Il arrive également aux textes célèbres de l'Évangile qui avaient servi si victorieusement les thèses des Canonistes et des Pères de l'Église. De ces textes il donnera une explication à la fois simple et raisonnable, explication que plusieurs de ses contemporains donneront également et qui sera désormais la réponse à toutes les sévérités que l'Église promet à ceux qui transgressent ses lois. Ces considérations n'étaient pas du reste à négliger à l’époque de Dumoulin ; il avait à lutter contre l'Église alors toute-puissante et contre ses enseignements séculaires. I fallait des ménagements ; du reste, les théologiens et les Pères de l'Église n'étaient-ils pas ses naturels adversaires ethiléimportai pour.les. mieux:réfuter «de: les suivre sur le terrain où ils s'étaient tout d'abord placés. « Finis legis est charitas », avait dit saint Paul. Il faut aimer son semblable, c'est la loi suprème du Christ et comment prêter à de gros intérèts sans s’y soustraire”? N'était-il pas écrit mutuum date, nihil inde sperantes? Voïlà le principe que les légistes, les canonistes et les théologiens avaient pris à la lettre. Dumoulin leur répond que leur principe de charité doit s'entendre autrement

et prétend qu'ils interprétent faussement 16 précepte divin. Pour lui, il serait absurde d'attribuer au divin législateur la prohibition d'un contrat qui ne regarde que les mesquins intérêts d'ici-bas. Le Seigneur n’est pas venu pour régler les lois des contrats et autres négoces, il a laissé ce soin aux hommes. Du restela loi divine s'occupe du général et non du particulier, elle ne s'arrête pas à ces petits détails, qui pour nous sont toute la vie. Il faudrait aller loin si l’on interprétait de cette manière tous les textes que nous rencontrons dans le Nouveau Testament.«Que feriez vousde celui-ci, s'écrie ironiquement Dumoulin : « À celui qui veut plaider contre toi pour ta robe, donne aussi le manteau »? Il ne faut donc pas prendre le texte de l'Écriture « à l'écorce », mais l'examiner sous son vrai sens, en ne lui faisant signifier rien de plus qu'il ne contient, en se souvenant que les préceptes de la loi de Dieu sont faits de charité idéale qu'il n’est point toujours possible de réaliser dans nos humaines relations.

Prêter n’est pas toujours faire laumône et Dumoulin rend très bien compte de cette différence. On prête à ceux qui n'ont rien et qui ne peuvent rendre, où à ceux qui sont dans une mauvaise posture et quine peuvent rendre que le capital. Dans le premier cas on a fait l’aumône, dans le second on fait un prêt gratuit. Mais il y à une autre catégorie de gens à qui l'on prête; ceux qui veulent de l'argent pour négocier, pour amplifier leurs biens, vont aussi trouver les prèteurs de deniers; ne leur demandera-t-on que le capital,

ou même rien ? Non; à ceux-là il est juste de leur demander un profit modéré. Voilà le langage du grand jurisconsulte, et c'est peut-être le premier qui ait osé sans détour exposer ses véritables sentiments.

Au début du xvr siècle, cela à tout lieu de surprendre, Péconomie domestique est la seule qu'on connaisse. Les distances sont considérables et le négoce est peu développé. Son mouvement n'est accusé que parles grandes foires périodiques qui ameénent à Jours fixés des rassemblements considérables de marchands sur les mêmes points.

Cependant les disputes de quelques-uns ont eu assoz d'échos pour intéresser 1es écrivains, qui recherchent à l'envi des solutions plus équitables aux différends, et des facilités de plus en plus grandes aux transactions. En tous les cas, nous sommes bien loin des anathèmes d'Aristote et des défenses hébraïques. On à enfin compris, ou du moins l'on semble se décider à comprendre le role économique du prêt. On distingue le prêt de consommation qui endette et ruine son homme, avec le prêt de production qui l’'enrichitet qui donnera trois siècles plus tard une vie nouvelle au monde en adoucissant ses efforts eten multipliant ses moyens. On prend en un mot presque sur le fait cette évolution si lente qui se dégage de tous les sophismes et que servent si habilement la plume et l'habileté de nos doctes juristes francais du xvi siécie.

Ce sont eux en effet qui les premiers, bien qu'ils n'aient pas ious marché dans la même voie

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