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les principaux emplois de force el d'activité, comme sout les apprentissages, etc., se trouvent remplis par les enfants trouvés, il doil arriver nécessairement que, pour ceux dont la naissance est légitime, la demande du travail diminue d'autant; que par conséquent la difficulté d’entretenir une famille augmente pour ces mêmes personnes, et qu’elles soient ainsi privées de l’encouragement le plus efficace au mariage.
La Russie a de très grandes ressources naturelles. Dans son état actuel, elle produit plus qu’elle ne consomme; il ne lui manque, pour donner à sa population le [dus rapide accroissement, qu’un plus haut degré de liberté dans l’exercice de son industrie, et plus de facilité pour écouler les productions de l’intérieur de ses provinces. Le plus grand obstacle à cet accroissement de population est, dans ce pays-là , l’état devasselage, ou plutôt de véritable servitude, auquel les paysans sont réduits, l’ignorance et l’indolence qui en sont la suite presque, inévitable. La fortune d’un seigneur russe s’estime par le nombre des paysans qu’il possède; en général, ces paysans se vendent comme le bétail, et ne sont point simplement des serfs attachés à la glèbe. Le revenu qu’en tire le seigneur consiste en une capitation sur tous les mâles. Quand le nombre des paysans s'accroît sur une terre ainsi possédée, on fait à certaines époques de nouveaux partages de la terre ; quelquefois on met en valeur des parties qui étaient demeurées incultes, quelquefois aussi on subdivise les anciennes portions déjà travaillées; et on alloue à chaque famille autant de terrain qu’il en faut pour qu’elle puisse le cultiver et qu’elle soit en étal de payer la taxe. L’intérêt manifeste du paysan est de ne point trop améliorer la portion qui lui est échue , et de ne point paraître gagner fort au-delà de ce qui lui est nécessaire pour payer sa capitation et pourvoira l’entretien de sa famille; car s’il en use autrement , il doit naturellement s’attendre qu’à la prochaine répartition , sa ferme actuelle sera considérée comme pouvant suffire à l’entretien de deux familles, et il en perdra ainsi la moitié. On conçoit sans peine combien cet état de choses doit diminuer l’activité du cultivateur. Lorsqu’on prive un paysan d’une partie de la portion de terre dont il avait longtemps joui, il se plaint de ne pouvoir payer la taxe, et sollicite, pour lui ou pour ses fds, la permission d’aller dans les villes gagner de quoi y suffire. En général , cette permission est demandée avec ardeur, et les seigneurs l’accordent sans beaucoup de difficulté, parce qu’elle leur donne l’espérance de quelque petite augmentation dans la taxe qui constitue leur revenu. La suite de cet arrangement est que les terres restent à moitié cultivées, et que la principale source de la population commence à tarir.
OBSTACLES A LA POl’L'LATION EN IlL.SSiE.
J’aiiressais quelques questions à un seigneur russe à Pétersbourg, au sujet île radininistralion de scs terres. Il nte dit qu’il ne se mettait jamais en |>cine de savoir si elles étaient bien ou mal cultivées; et il s'exprimait là-dessus en homme qui n’y a aucune espèce d’intérét. « Cela m’est égal, me dit-il en français, cela ue me fait ni bien ni mal. » Il permettait à ses paysans de payer leur taxe où ils voulaient et eoinine ils voulaient; tant qu’ils l’acquittaient régulièrement, il n’exigeait rien de plus et se tenait pour satisfait. Il est évident que , par celte facilité, il sacrifiait la population future de ses terres, par là même aussi l’accroissement futur de son revenu , à des considérations suggérées par l’indolence et par l’intérêt du moment.
il est certain néanmoins que, pendant le cours de ces dernières années, plusieurs seigneurs russes ont donné plus d’attention à l’amélioration et à la population de leurs terres, animés par l’exemple et les maximesde l’impératrice Catherine, qui faisait les plus grands efforts pour avancer la culture dans ses états. Le nombre prodigieux d’Allemands qu’elle avait engagés à venir y former des établissements , servit non-seulement à substituer des citoyens à des esclaves , mais, ce qui est peut-être plus important, à donner l'exemple du travail et de quelques méthodes ou moyens de diriger ce travail, dont les liasses n’avaient nulle idée.
En général , ces efforts ont été couronnés par le succès; on ne peut douter que, sous le règne de celle impératrice et depuis l’époque où clic a cessé de régner, la culture et la population n’aient fait des progrès dans presque toutes les provinces de l’empire russe.
En 1705, le dénombrement résultaut de la capitation portait la population à I i,720,(>90 âmes. Par un dénombrement de même espèce, fait en 1785, la population arrivait à 25,077,000. En supposant ces dénombrements exacts, ils indiquent un accroissement fort extraordinaire ; mais on croit que le dernier était plus exact que le précédent. En comprenant daus le calcul les provinces qui ne sont pas sujettes à la capitation, la population générale fut estimée, en 1705, de 20,000,000; et en 1790, de 50,000,000'.
Dans une édition subséquente de l’ouvrage de M. Tooke sur la Russie, on trouve une table des morts, des naissances et des mariages, dans l'église grecque, pour l’année 1799, tirée d’un ouvrage périodique allemand fort estimé. Cette table est extraite fidèlement des rapports généraux faits au synode; elle contient tontes les éparchies , excepté
1 Tuokc't r.,v. Il,ii. 196.— MM. de Jointes la porte IRQ millions en ISS8 AJ.ti.)
UVHE II. — Cil AI'ITIIE IV.
iS*
lîruzlaw, qu’on n’a pu y joindre, à eausc de quelques difficultés particulières à cette éparchie, pour ce qui concerne les registres des morts. Voici les résultats généraux de celte table :
Du scie masculin. Du sexe féminin. Totaux.
Naissances 331,015 4fio,9<M) 091,913
Morls 275,582 254,807 340,589
.Mariages 257,313
Surplus d.» naissances . { ; ; ; ^93 } «1.S23
Pour estimer la population, M. Tooke multiplie les morts par 38; mais comme cette table parait plus correcte que celles qui l’ont précédée, et comme le rapport des morts aux naissances y est aussi plus considérable, il est probable que le nombre 58 est trop grand pour être employé ici comme multiplicateur. On peut observer que, dans cette table , les naissances sont aux morts ii peu près comme 185 est à 100; les naissances aux mariages, comme 383 est à 100; et les morts aux mariages, comme 210 est à 100.
Tous ces rapports sont plus probables que ceux qui résultent des précédentes tables.
CIIAPITKE IV. — lins OBSTACLES QUI s'opposent a i.a population bans les parties MOYENNES DE L'EUROPE.
On trouvera peut-être que je me suis arrêté à étudier les Etals du nord de l’Europe plus longtemps que ne le comporte leur importance politique. J’en ai usé ainsi parce que la politique intérieure de ces Etatsest, à plusieurs égards, essentiellement différente de celle de l’Angleterre; et parce que la connaissance personnelle , quoique légère, que j’en ai acquise, pouvait me fournir quelques remarques nouvelles. Dans les parties moyennes de l’Europe, la division du travail, la distribution des diverses occupations, et le rapport des habitants des villes à ceux des campagnes, diffèrent fort peu de ce qu’on voit en Angleterre; tellement qu’il serait inutile de chercher, dans les mœurs ou dans les coutumes qui y régnent, des traits assez marqués pour présenter des obstacles à la population qui leur soient propres. J’appellerai donc l’attention du lecteur principalement sur certaines conséquences qu’on peut tirer des registres des naissances, des morts et des mariages; ces données fournissent, en plusieurs points importants, plus d’instruction sur l’économie intérieure d’une nation , que ne peuvent faire les observations du voyageur le plus exact.
5gle
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OlîST. A LA POPÜLAT. DANS LES PARTIES MOYENNES DE L'EUROPE. 183
Un des phénomènes les plus curieux et les plus instructifs que présentent ces registres est, à mon avis, la manière dont les mariages dépendent des morts. Montesquieu a dit avec raison que, partout où il se trouve une place où deux personnes peuvent vivre commodément, il se fait un mariage Mais pour la plupart des pays de l’Europe, dans l’état actuel de cette partie du monde, il n’y a pas lieu de s’attendre, si l’on consulte l’expérience, (pie les moyens de pourvoir à l’entretien d’une famille éprouvent un accroissement subit et considérable. Ainsi , pour faire place à un nouveau mariage, il faut en général qu’un mariage ancien soit détruit. Aussi voit-on qu’à l’exception des cas où une cause quelconque produit une grande mortalité, et qu’à l’exception de ceux où il s’opère dans l’État quelque changement favorable à la culture et au commerce, le nombre des mariages annuels est réglé principalement rar le nombre des morts annuelles. Ces deux quantités ont l’une sur l'autre une inlluence réciproque. Il y a peu de pays où les hommes qui composent la masse du peuple aient assez de prévoyance pour différer de se marier jusqu'à l’époque où ils ont de légitimes espérances de pouvoir élever convenablement tous leurs enfants. Ainsi , presque partout, une partie de la mortalité est due à ce que le nombre des mariages est trop grand; et partout aussi une grande mortalité, soit qu’elle provienne de celte cause, ou du grand nombre des villes et des manufactures, ou de l'insalubrité de l’air, ne manque jamais d’augmenter beaucoup le nombre des mariages.
Cette observation se vérifie d’une manière frappante dans quelques villages de Hollande. Sussmilch estime que le rapport moyen des mariages annuels au nombre total des habitants est entre celui de 1 à 107, i et celui de 1 à 115, dans les pays où la population n’a pas été diminuée par des pestes ou par des guerres, cl où il n’y a pas eu quelque soudain accroissement dans les moyens de subsistance*. Crome, qui a écrit plus récemment sur la statistique, prend la moyenne entre les deux rapports de 1 à 92 et de 1 à 122, et estime que le rapport moyen des mariages aux habitants est de I à 10S’. Mais dans les registres de 22 villages hollandais, registres dont Sussmilch a reconnu l’exactitude, on voit que, sur fil individus, il se fait annuellement un mariage*.
* Esprit dis lois y liv. XXIII, ch, X.
* Sussmilch, (iœlllichr Ordnunijy vol. I, ch. IV, sert, LVI, p. 126.
* Crome, Uber die Grvnse und Bevœlkerttng der Europ. Slaalcn, p. 88. leipz.
4 Sussmilch, Gftill. Ordn vol. I, ch. IV, sect. LVII1, p. 127. Ce rapport des
LIVHK il. — UIATITHE IV.
lof.
Voilà sans doute uu grand écart du rapport moyen. La première Ibis que je le vis cité, j’en fus extrêmement surpris; je n’avais pas encore remarque la grande mortalité qui règne dans ces villages; et je n'étais point satisfait des efforts que fait Sussmilcli (mur rendre compte de ce phénomène. Cet écrivain l’attribue à la grande variété de professions ou de commerces, et en général aux moyens nombreux de gagner sa vie qui s’offrent en Hollande'; mais il est évident que ce pays étant depuis longtemps dans le même état, il y a fort peu de raison de croire que chaque année, il s’y présente beaucoup de professions nouvelles ou de nouveaux moyens de subsistance : ainsi, dans les occupations anciennes, ou doit habituellement trouver toutes les places prises. La dilliculté disparut dès que j'eus fait attention à la mortalité, qui, dans ces villages, est de 1 sur 22 et de I sur ?V, au lieu d’être de 1 sur 50, comme elle est ordinairement Iii où les mariages sont dans le rapport de I à 108. Les naissances étaient à peu près égales aux morts. Le nombre extraordinaire des mariages ne venait pas de quelques nouvelles sources de subsistance ouvertes aux habitants, et par cette raison il ne produisait aucune augmentation de population; il provenait uniquement de la rapide dissolution des mariages anciens parla mort, et des occupations ou emplois de force et d’activité qui demeuraient en conséquence vacants, et offraient des moyens d’alimenter une nouvelle famille.
On peut demander, en ce cas, laquelle de ces deux circonstances a le plus d’influence sur l’autre. F.sl-ce le grand nombre des mariages, c’est-à-dire, l’accroissement excessif de la population, qui agit le plus fortement pour produire la mortalité? ou la mortalité, produite naturellement |»ar l’insalubrité des occupations et du climat, a-t-elle plus de pouvoir pour multiplier les mariages? Dans le cas particulier dont il s'agit, celte dernière supposition me parait la mieux fondée, surtout par la raison qu'en Hollande, le peuple, d’un commun aveu, n’était par. dans un étal de souffrance. Il est probable que la grande mortalité y provenait de la nature marécageuse du sol, des nombreux canaux qui le coupent, du grand nombre d’hommes qui s’y livrent à des occupations sédentaires, et du très petit nombre de ceux qui jouis-
ui.vri.iges lie peut pas être fourni, dans un pays tel que la Hollande , par renx qui naissent sur son territoire. Il doit provenir principalement des étrangers qui y ailliient. On sait en effet, qu'avant la révolution, il y avait une telle affluence qu'on appelait la Hollande le tomlieau de l’ Allemagne. (.Vote de l’auteur.)
1 Sussmilch, Gaitll. Ordi t., vol. I, eh. IV, seet. LVIII, p. las.
= Ibid. , eh II, secl. XXXVI, p 02.
Digitizec
agle
ORST. A LA IHMIjLAT. U. VAS LES PAKT1ES MOIE.XSES DE L'ElïtOPK. 157
sent de l’avantage d’exercer les travaux si salubres de l'agriculture.
Ce que j’ai dit ci-dessus de la Norvège offre un contraste curieux et frappant. La mortalité y est I sur 48; et les mariages, I sur 130. Dans les villages de Hollande, la mortalité est 1 sur 23; et les mariages, 1 sur 64. C’est, pour la mortalité et pour les mariages, une différence plus grande que du simple an double. Le rapport entre ces quantités est fort exactement observé, et démontre à quel point elles dépendent l'une de l’autre. On en petit conclure qu'à moins d'une amélioration subite dans l’état de l'agriculture, qui procure tout-à-coup de nouveaux moyens de subsistance, une augmentation dans le nombre des mariages ne peut avoir d’autre effet que d’augmenter la mortalité; et réciproquement, que la mortalité croissante fait croître le nombre des mariages.
En Hussic, cette amélioration subite de l’agriculture a eu lieu à un certain point; en conséquence, le nombre des mariages y est assez, grand, quoique, la mortalité y soit petite; mais à mesure que la population y fera des progrès, si le rapport des mariages demeure le même, la mortalité croîtra inévitablement; ou si la mortalité reste la même, il faudra que le rapport des mariages diminue.
Sussmilch a donné quelques exemples frappants de cette diminution graduelle du nombre proportionnel des mariages, à mesure que la population fait des progrès et s’empare de toutes les occupations qui peuvent fournir à chaque individu des moyens de gagner sa vie.
A Halle, en 1700, le nombre des mariages annuels était à toute la population comme 1 à 77. Pendant le cours des 33 années suivantes, ce rapport diminua graduellement, selon le calcul de Sussmilch, jusqu’à ce qu’enlin il fut réduit au rapport de 1 à 167 '. C'est là sans doute une différence bien extraordinaire. Si le calcul qui l'établit était parfaitement exact, elle prouverait avec quelle force agissent, les obstacles opposés au mariage, et comment celui-ci dépend des moyens d. subsistance; mais comme le nombre des habitants est ici déduit d’un calcul, et non d’un dénombrement effectif, les rapports indiqués pourraient n’ètre pas rigoureusement exacts, ou dépendre en partie de quelques causes accidentelles.
Dans la ville de Leipsig, en 1620, les mariages annuels furent à la population comme 1 à 82; de 17 il à 1736, ils ont élécomine 1 à 120*. A Augsbourg, en 1310, le rapport des mariages à la population fut de
1 Sussmilch, Gœllliche () rtlnvng, vol. I, ch. IV, sect. I.XII, p. i3ü. ’ IM., sect. LXIII, p. tôt.
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