‹ Essai sur le principe de populationChapitre 104 sur 368 · LIVRE 11.— CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE 11.— CHAPITRE V

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t-il , s lieu pour la vie moyenne : elle est de vingt-cinq ans et un peu plus dans le Lyonnais; tandis que, dans le l’ays-de-Vaud, la vie moyenne la plus faible, et dans une seule paroisse, pays malsain et marécageux , est de vingt-neuf ans et demi , et qu’il y a bien des endroits où elle est de quarante-cinq ans, et davantage.

« Mais d’où vient, dit-il, que notre pays, où les enfants échappent mieux aux crises de l'enfance, où la vie moyenne, de quelque manière qu’on en établisse le calcul, est plus considérable que partout ailleurs, est précisément celui de tous où la fécondité est la moins grande? D’où vient encore que de toutes nos paroisses, celle qui nous donne la vie moyenne la plus forte est aussi celle qui reste le plus en arrière pour la population? Pour résoudre cette question, je hasarderai une conjecture que je ne donne que pour telle. Ne serait-ce point, que pour maintenir partout le même équilibre de population. Dieu aurait sagement réglé les choses de telle manière (pie la force de la vie, dans chaque pays, soit en raison inverse de la fécondité?

« Je suppose, en effet, que l’expérience vérifie ma conjecture. Leyzin, village des Alpes, sur un peuple de AOü âmes, donne un peu plus de 8 enfants par an. Le Pavs-de-Vaud en général, sur le meme nombre d’habitants, en donne 1 1 , et le Lyonnais 10. Mais s’il se trouve qu’à l’âge de 20 ans, les 8, les 1 1 et les 10‘ soient réduits au même nombre, la force de la vie donnera dans un lieu ce que la fécondité donne dans un autre, et ainsi les pays les plus sains, ayant moins de fécondité, ne se peupleront pas trop, et les malsains, par leurgrande fécondité, soutiendront également leur population’. »

On peut juger, à ce trait, de la surprise (pie M. Muret éprouve eu voyant la santé en opposition avec la fécondité. Il a recours h un miracle pour expliquer ce phénomène. Cependant le nœud n’était pasdigned’un tel effort, non dignus vimiieenodus. Im fait observé ne force point d’adinellre l’étrange sup]K>sition , (pie la fécondité des femmes soit en raison inverse de leur santé.

Il y a sans doute, entre les différents pays , beaucoup de différence quant à la salubrité, provenant de la différence du sol ou de la situation, et aussi de celle des occupations ou des habitudes. Lorsque, par l’action de ces causes ou d’autres quelconques, il vient à régner une

1 Dans l'original français, il y a les quatorze: mais c'est une faute d'impression ou de copie. (Pierre Prévost )

* Mémoires de la Société economique de Berne, année 173(5, part. I, p. 33 et suivantes.

OBSTACLES A LA POPULATION fc.N SUISSE. 191»

grande mortalité, aussitôt il s’ensuit une augmentation dans la proportion des naissauces; car, d’un côté, le travail étant plus demandé, il se fait plus de mariages; de l’autre, les mariages, se contractant à un âge moins avancé, sont plus féconds.

Au contraire, là où les causes opposées conservent la santé et la vie, si les habitudes d’un peuple s’opposent à l'cmigration , la nécessité de prévenir l’excès de la population se fera sentir avec force; il faudra périr ou mettre obstacle à ses progrès. Ainsi les mariages se contracteront tard; leur nombre diminuera graduellement, à mesure que la population croîtra; et ces mariages tardifs seront naturellement moins féconds.

Dans la paroisse de Leyzin, dont parle M. Muret, toutes ces circonstances paraissent s’élre rencontrées. Ce village est situé de manière à jouir de l’air le plus pur; ses habitants, livrés aux soins de la vie pastorale, ne sont pas exposés à l’intlueuce de plusieurs causes qui peuvent altérer la santé. Aussi, d’après les calculs de M. Muret, dont il n’y a pas lieu de se défier, la probabilité de vie dans celte paroisse s’est trouvée atteindre le nombre vraiment extraordinaire de Cl ans1. Or, en ce lieu-là, pendant un espace de 50 années, le nombre des naissances a été presque exactement égal à celui des morts»; d’où l’on peut conclure que les habitudes de ce peuple ne le portaient pas à émigrer*, et que les ressources de la paroisse, pour le soutien de sa population, étaient restées à peu près stationnaires. Nous sommes donc fondés à croire que, dans celte paroisse , les pâturages étaient limités, et qu’ils ne pouvaient être aisément augmentés ou améliorés; le nombre des bestiaux qu’on y pouvait nourrir était limité par-là meme, ainsi que le nombre d’hommes nécessaire pour en prendre soin.

Dans de telles circonstances, commcut les jeunes hommes, arrivés à l’âge de puberté, auraient-ils pu quitter la maison paternelle et se marier, avant que quelque emploi de berger, de laitier, ou autre pareil, devint vacant par la mort de quelqu’un de ceux qui en étaient en possession? La bonne santé générale a dû toujours retarder beaucoup de

1 Mémoircsde lu Société économique de lîcrnc , 17G6, p. I, l. V, p. 64.

* Ibid., table I, p. 13.

* Cela est sans doute vraisemblable. Il parait cependant que, comme une pa. misse ( ville ou village ) peut rester dans un état de population stationnaire par lieux causes, l'auteur aurait du dire un mot pour exclure celle qu'il n'admet pas. En elfet, si les émigrations sont compensées par les immigrations , la population ne changera point. Mais dans le cas présent, il n'est pas probable que cette espèce d'active rotation ait pu avoir lien, 'l’ierre Vrcvotl.)

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