LIVRE tl. — CHAPITRE V
le succès, n’aieut sufli souvent pour donner à tout un village un esprit d'entreprise; et que le défaut de succès, dans un pareil nombre de tentatives, n’ait produit quelquefois l'effet contraire1. S’il s’établissait à Leyzin une habitude d'émigration, il ne faut pas douter que le rapport des naissances n’y changeât aussitôt; et qu’au bout de vingt ans, l’examen des registres ne donnât des résultats aussi différents de ceux qu’a recueillis M. Muret, que ceux-ci le sont des résultats relatifs à Saiut- Ccrgue. On peut conclure de l'a, qu'indépendamment de la plus grande mortalité, il y a d’autres causes qui peuvent rendre très incertaine l’estimation de. la population à différentes époques, lorsqu’on la fonde sur le rapport des naissances.
Les faits observés par M. Muret sont fort utiles à recueillir, mais il n’en est pas toujours de même des conséquences qu’il en déduit. Il a fait quelques calculs relatifs à Vevey, qui tendent réellement h confirmer les principes les plus vrais sur la fécondité des mariages, et à prouver l’inexactitude de l’estimation commune; mais qui, dans sou intention, avaient un tout autre objet. 11 a trouvé que 575 mères avaient mis au monde 2,095 enfants, tous nés vivants; d’où il résulte que chaque mère avait eu 5 10/12 ou environ ti enfants*. A la vérité, il s’agit ici de mères et non simplement de femmes mariées. Et toutes les femmes mariées ne deviennent pas mères. Cependant , même en déduisant le nombre indiqué par le rapport des stériles (lequel est à Vevey de 20 à 478), on trouvera encore que la moyenne des enfants mis au monde par chaque femme mariée est de 5 I 5 enfants1 : et cela dans une ville dont l’auteur semble accuser les habitants de se marier trop tard cl de craindre d'avoir une nombreuse famille*. Le rapport général des mariages annuels aux naissances annuelles dans le Pays-dc-Vaud est de 1 à 5’!)*; ainsi, selon le mode ordinaire de calcul, on dirait que les mariages y donnent trois enfants et neuf dixièmes.
Dans une division du Pays-de-Yaud en huit différents districts, M. Muret a trouvé que dans sept villes, la vie moyenne était de 50 ans;
1 Celte observation de Maldms s'applique parfaitement à ce qui se passe dans la plupart des villages qui constituent l'ancien département des Alpes maritimes , aujourd’hui comté de Nice. [Jph. G.)
* Mémoires de la Soc. feon. de lierre , 1766, p. 29 et suiv.
1 l.es seconds et troisièmes mariages sont cause que la fécondité des mariages est toujours moindre que la fécondité des femmes mariées. Dans le calcul présenté ici, il est uniquement question des mères, sans aucun égard au nombre des maris qu'elles peuvent avoir eus. (Soie de l’auteur.)
4 Mrm. dr la Soc. ccoron de lierre, pour 17fif. p. 32. — ’ Ibid., table I, p. ‘21 .
et la probabilité de vie, ou l’âge auquel parviennent la moitié des enfants, 37 ans. Dans trente-sis villages, la vie moyenne s’est trouvée 57 ; et la probabilité de vie, -i2. Dans neuf paroisses des Alpes, la vie moyenne a été 40; et la probabilité de vie, 47 ; dans sept paroisses du Jura, ces deux nombres ont été 58 et 42; dans douze paroisses à grains, 37 et 40; dans dix-huit paroisses au centre de grands vignobles, 34 et 57 ; dans six paroisses mêlées de vignes et de collines, 35 9/10 et 56; dans une paroisse marécageuse, 29 et 24'.
On voit, par une autre table, que dans la paroisse vraiment extraordinaire de Leyzin , le nombre des personnes mortes avant l’âge de puberté était moindre que le cinquième ; et que dans d’autres paroisses des Alpes eldu Jura, ce nombre était au-dessous du quart. Pour le Pays-de- Vaud en général, c'est environ un tiers.
Dans quelques-unes des plus grandes villes, telles que Lausanne et Vevcy, le grand nombre d’étrangers adultes qui viennent s’y établir fait que le rapport des adultes à ceux qui sont au-dessous de 15 ans est presque aussi grand qu’à Leyzin, et approche de celui de 5 à 1 . Dans les paroisses où il n’y a pas beaucoup d'émigrations, ce rapport est à peu près de 2 à 1. Et dans celles qui fournissent des habitants aux autres pays, il approche plus du rapport d’égalité”.
La population totale du Pays-de-Vaud est estimée par M. Muret de 1 1 5 mille antes, dont 76 mille adultes. Ainsi, pour tout le pays, le rapport des adultes à ceux qui sont au-dessous de l’âge de puberté est celui de 2 à 1. Parmi ces 76 mille adultes, on comptait 19 mille mariages existants; parlant 38 mille personnes mariées, et tout autant de non-mariées , entre lesquelles h la vérité se trouvaient probablement, selon M. Muret, 9 mille veufs ou veuves*. Avec un tel nombre de personnes vivant hors du mariage, il n’y avait pas lieu de craindre que les émigrations probables, ou les levées militaires, affectassent sensiblement le nombre des mariages annuels, et arrêtassent les progrès de la population.
I.e rapport des mariages annuels ii tous les habitants dans le Paysde-Vaud n’était , selon les tables de M. Muret, que de 1 à 140”, ce qui est moins qu’en Norvvège.
Tous ces calculs de M. Muret supposent que l’influence des obstacles privatifs, ou qui préviennent l’accroissement de la population, est très considérable dans tous les lieux de son observation; et il y a lieu de
’ SIém. de la toc. /‘cnn. de Berne , lubie VIII, p. 92 etsuiv.— * Ibid., lubie XII. * Ibid., p. 27. — • Ibid., table 1.