‹ Essai sur le principe de populationChapitre 108 sur 368 · LIVRE II. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE V

présumer que les mêmes habitudes prévalent dans les autres parties de la Suisse, quoiqu’elles puissent varier plus ou moins, selon le degré de salubrité des liens et des occupations, et selon que le pays offre, ou n’offre pas, des ressources qui permettent à la population de s’accroître.

Dans la ville de Berne , de 1585 à 1654, le Conseil souverain avait admis à la bourgeoisie 487 familles , dont 579 se trouvèrent éteintes dans le cours de deux siècles; en sorte qu’en 1783, il n’en restait jdus que 108. Pendant le siècle écoulé de 1084 à 1784, il y eut 207 familles bernoises éteintes. De 1724 à 1712, la bourgeoisie fut donnée à 80 familles. En 1023, le Conseil souverain admit les membres de 112 familles, dont il ne reste plus que 38’.

Le nombre des personnes non mariées ‘a Berne , en y comprenant les veufs et les veuves, est beaucoup au-dessus de la moitié de tous les adultes; et le rapport de ceux qui ont moins de 10 ans, à ceux qui sont au-dessus de cet âge, est à peu près de 1 à 3*. Ce sont l'a des preuves bien fortes de l’influence des obstacles privatifs ou qui préviennent la population.

Les paysans du canton de Berne ont toujours passé pour riches, et il n’y a pas de doute que cette richesse ne soit due en grande partie à cette circonstance. Une loi, qui a été assez longtemps en vigueur’, exigeait qu’un paysan lit preuve qu’il possédait l'armement et l’équipement requis pour la milice , avant d’obtenir la permission de se marier. Non-seulement une telle loi excluait du mariage les hommes dans la misère, mais elle a dû tendre à donner â d'autres d’heureuses habitudes, en leur faisant envisager le travail et l'économie comme des moyens nécessaires pour obtenir l’objet de leurs désirs. Un jeune homme qui, dans ce but, avait pris quelque engagement, dans le pays ou au-dehors, devait naturellement contracter des sentiments plus élevés, et ne pas se contenter de gagner simplement la somme requise pour se marier, mais lâcher d’aller au-delà , et d’amasser un peu pour l’entretien de sa famille.

J’eus bien regret, lorsque je passai en Suisse, de ne pouvoir me procurer aucun détail sur les petits cantons. Les troubles qui y régnaient alors m’en empêchèrent k. 11 est à présumer qu’étant presque en entier

' Statistique de la Suisse, par Durand, t. IV', p. 403, in-8°, 4 vol. Lausanne ,

1 Beschreibung , von Bcrn. vol. 11, table I, p. SS ; 2 vol. in-8°. Bcrn, 1796.

3 F.llc était encore en vigueur en 1797. ( Pierre Prcvosl.)

' Placé, rumine je le suis, assez prés des petits cantons suisses , dont l'auteur

pays île pâturages, ils doivent ressembler aux paroisses alpines du Pays-de-Vaud, tant pour la salubrité que pour la nécessité de prévenir la population ; à l'exception néanmoins des lieux où ces circonstances

regrette de n’avoir pu étudier la population sous les rapports qui l'intéressent, je n’ai rien négligé pour avoir à cet égard quelques renseignements exacts. Mais j'ai éprouvé que cette recherche était plus difficile qu'elle ne semblerait devoir l'étrc au premier coup-d’œil.

Voici quelques notes sur le canton de Claris. Elles sont de M. le Landamman lleer.

Par un dénombrement, fait en 1801, le canton de Claris contenait 22,137 âmes. Il est probable, selon M. lleer, que ce résultat est trop petit et que le nombre réel s’élevait au moins à 23,000 âmes. Ou peut comparer à cette population les données que fournit la table suivante :

En 1805 . .

. 351 Décès.

830 Naissances.

lien résulte qnr, pour res cinq années, la mortalité' moyenne, déduite du nombre donne par le dénombrement, a été de 1 sur 33 1/2. Mais si on emploie le nombre présumé plus vrai par l'observateur, cette mortalité moyenne a été à peu prés de 1 sur 37.

Pour les naissances, on trouve le rapport moyen de 1 à 26 1 /■*, ou de 1 à 27 1 /*, selon qu'on emploie la population donnée par le dénombrement, ou celle que l ob. servateur juge plus vraie.

Il paraltdonc que le nombre des naissances l’a emporté sur le nombre des morts, dans un rapport moyen assez voisin de celui de 19 à 13 ou presque de *4 3. D’où a dû résulter un accroissement de population singulièrement rapide. Ainsi le nombre des morLs et celui des naissances, calculées sur la population de 1301, doivent nécessairement être trop forts.

Il n’a pas été possible d’obtenir des renseignements exacts sur le nombre annuel des mariages, si cc n’est qu’en l’année 1307, ou en a compté 132. Il a été également impossible de rien apprendre sur le nombre moyen des enfants par mariage. La maladie qui, dans ce canton, enlève le plus d'hommes et de femmes d'un âge peu avancé est la phthisie ou consomption.

Tant que les habitants de cc pays vivaient comme un peuple de patres occupés do travaux rustiques, ils trouvaient dans leurs montagnes quelque facilité à pourvoir à leurs besoins ; ils avaient des uueurs pures, de la force et de l’indépendance. Aujourd'hui ils éprouvent le sort des peuples manufacturiers. Leur industrie s'était tournée presque exclusivement du eûtéde la fabrication du coton. On le travaillait depuis la filature jusqu'à l’iudieuue. Ces manufactures sont tombées, et la plus grande partie de la population est sans pain. On a tenté d’établir deux manufactures de draps et une de chapeaux de paille. Mais ces essais n’ont point eu encore d'influence générale.

J'ajouterai quelques passages d'un discours prononcé par M. lleer à la Société économique de Claris.

« L’art de travailler le coton avait été transplanté dans celle vallée. La facilité de l'ouvrage cl le prix élevé du travail ne pouvaient manquer d'attirer des ouvriers à

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üur

peuvent avoir été modiliées par l’usage de l’émigration, ou par l’établissement de quelques manufactures.

Dans un pays où la vie est rigoureusement pastorale , les limites de

ce genre de fabrique, l'n roucl était une dot. En tisserand était un homme dans l'aisance. On se livrait à cette espèce d’occupation avec empressement ; on jouissait du présent sans s’inquiéter de l'avenir. Qu'est devenue cette richesse ? Le quart de notre imputation reçoit ou demande l'aumAne. D'honnétes pères de famille, leurs femmes, leurs enfants, luttent péniblement contre la misère et la faim, supportant leur sort avec fermeté, mais vivant dans l’angoisse et dans la souffrance. De nouvelles habitudes ont engendré de nouveaux besoins ; les durs travaux île nos ancêtres nous sont devenus étrangers; la vie sédentaire, une mauvaise nourriture et un séjour habituel dans des lieux humides et malsains, ont ravi a notre peuple sa santé et sa vigueur naturelle.

« Je m’arrête à regret sur ce spectacle, mais je dois appeler votre attention sur les suites immédiates de cet état de choses; je veux parler de l'accroissement de la population, de la facilité de pourvoira son entretien, de la fréquentation plus Tacite des personnes de différents sexes ; de cette facilité de vivre que donnent les manufactures, de ces mariages précoces, contractés par des enfants, qui auraient encore le plus grand besoin de la surveillance paternelle.

« D’après les principes des auteurs les plus célèbres qui ont écrit sur l’économie politique, l’accroissement de la population est pour un grand état une sou ce de richesse. Mais un (ictit état, et en particulier notre patrie, n'est riche que quaud sa population est proportionnée aux produits de la terre. Il est pauvre dés que celte pro]mrtion est détruite. Or, selon quel rapport s’est accrue notre population? D’après des autorités dignes de foi, le nombre total des habitants de nos canqiagncs était cil 1701 de 5,700 hommes, en 1771 de 4,032, eu 1707 de 6,302. Des lors ce nombre a constamment été en augmentant. »

il me semble que le bon sens helvétique et le zèle patriotique qui se font remarquer dans ce discours ont dirigé l’auteur vers la vraie source du mal qu’il déplore, lit ses principes ne s’éloignent pas beaucoup de ceux que Maltlms a entrepris de démontrer ’. (Pierre Prévost.)

(182t.) Xous ajouterons à ce qui précède sur l’état actuel du même canton, quelques informations qui sont puisées à la même source.

l e pacte fédéral porte la population du canton de Glaris à 24,100 âmes. Il est probable qu’elle a augmenté, mais qu’elle ne passe, pas 25,300. Tout calcul , et un dénombrement surtout, est sujet à quelque incertitude à cause des nombreuses émigrations.

De isns à 1819, il y a eu 14,373 naissances, et 11,419 décès; ainsi un exédant île 2,934 en faveur îles naissances. « Cet accroissement fait naître des réflexions sérieuses, dit l’excellent citoyen de qui nous tenuns ces détails, lorsqu’on considère les moyens de subsistance à la portée des habitants, le peu d'étendue du canton, la stérilité du sol, et le nombre actuel des pauvres. »

Quant aux mariages, on n’en a pas tenu registre d’année en année ; mais en 1807 on en a compté 152, et 223 en 1819. On n’est pas non plus en état de donner le nombre moyen des enfants par mariage.

* Note de In pr ndere édition , m

OBSTACLES A LA POl'CLATION EN SULSSK.

la population sont évidentes. Il n’y a pas de terres moins susceptibles d’amélioration, que les pâturages de montagne. Il faut les abandonner presque en entier k la nature; et lorsqu’on les a couverts de troupeaux en nombre convenable, il reste fort peu k faire. Dans ces parties de la Suisse, comme en Norwègc, la plus grande difficulté est de se procurer assez de fourrage pour nourrir pendant l’hiver le bétail qui a passé l'été sur la montagne. A. cet effet, on recueille avec le plus grand soin les moindres herbes. Dans les places inaccessibles aux bestiaux, les paysans vont quelquefois faire du foin en armant leurs pieds de crampons. On coupe l'herbe de moins de trois pouces, en quelques endroits, trois fois l’année. Dans les vallées, on voit toute la campagne tondue d’aussi près que nos boulingrins, et toutes les inégalités rognées. comme avec des ciseaux. C’est en Suisse et en Nonvège que , par cette raison , l’art de faucher est porté au plus haut point de perfection. Cependant comme, dans les vallées, l’amélioration des terres dépend principalement des engrais que fournissent les bestiaux, il est évident que la quantité du

I.a phthisie enlève encore beaucoup de (tersonues d'un âge peu avancé ; mais cette maladie exerce moins de ravages. Le dessèchement des marais de la Linth, joint au changement survenu dans la nourriture et dans le travail d’une partie de la population, peuvent avoir eu à cet égard quelque heureuse influence.

Le changement opéré dans la nourriture tient à l'emploi de la plus grande partie des pâturages communaux. Ils ont été distribués en usufruit aux habitants. Chaque famille doit jouir de 200 toises carrées, et dans quelques communes de 5 à 600. Ce terrain a clé fort généralement employé à la culture des pommes de terre, dcquclques légumes, de diverses espèces de céréales ; quelque partie eu chanvre et autres produits utiles. Ce changement a été d’un grand secours (tendant ces dernières années; il a fourni des aliments sains et à bas prix , en même temps qu’il a douné une occupation forte et salubre.

Il s’est fait aussi, dans les manufactures, des changements importants, principalement par l’activité de la production, qne les machines nouvelles appliquées à la filature ont provoquée. Le prix de la main-d’œuvre est très bas. Le bas prix des denrées et des secours, devenus indispensables, ont soutenu les ouvriers. Mais le nombre des pauvres est considérable, et les mariages, trop légèrement contractés, ne peuvent qne les multiplier.

Les émigrations sont temporaires ou definitives. Les premières sont celles des gens de métier qui vont en divers lieux, surtout en France et en Italie, chercher du travail. Les autres sont faites dans le but de s’établir à demeure, principalement en Russie, très rarement en Amériipie ’.

Ces faits, à la vérité, se rapportent à un seul canton ; mais ils serviront au moins d'exemples, relativement aux autres, sur lesquels nous ne pouvons pas offrir d’exacts renseignements. (Soir des traducteurs.)

' Les malheureux (lu canton de Claris el des antres contrées pauvres de la Suisse ont depuis pris le chemin de l'Amérique et plus lard de l' Algérie. ;JpA U.)

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