‹ Essai sur le principe de populationChapitre 114 sur 368 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

rendus, on mentionne comme cause d'accroissement F aisance générale répandue sur le peuple , et la division des grandes propriétés : dans presque tous, il est question des mariages prématurés et des mariages multipliés par la crainte des lois militaires.

Quant à l’agriculture, sur 78 départements, 6 pensent qu’elle est améliorée, 10 qu’elle est détériorée, 70 demandent en général qu'elle soit encouragée, 52 se plaignent de la multiplication desdéfrichcmenls, et 12 demandent des encouragements pour les défrichements. Un des comptes-rendus mentionne la quantité prodigieuse de terres vagues mises en culture depuis quelque temps , ef les travaux multipliés au-delà de ce que peuvent exécuter les bras employés en agriculture' ; d’autres

à 1800. Cette déduction est d’autant moins facile à faire très exactement, (pie, dans quelques départements nouveaux, on a confondu à dessein les vieilles et les nouvelles limites. Pour ne pas laisser ce résultat lout-à-fait indéterminé, j’en feraî l'estimation approchée.

Le département de la Lys a par lieue carrée 2,274 h., celui de l'Escaut 5,863, Dcux- Nèthes 1,743, Jemmapes 1,872, Meuse 867, llocr 1,995, Samhre et Meuse 721, Ourthe 1,474, Forêts 663, Sarre 906, Rhin et .Moselle 700, Mont-Tonnerre 1,259, Léman 1:673, Mont-Blanc 838, Avignon et le Comtal Vcuaissin ont été fondus dans le departement de Vaucluse qui donne par lieue carrée 1,659. Ces quinze départements (y compris Vaucluse), ajoutés à l'ancienne France, donnent, par une moyenne, pour la population de la lieue carrée 1,499 2/15. D'où il résulte que dans les 87 départements de l'ancienne France, la population par lieue carrée était eu l'an 1800 (an IX et X)de 1014 67/87. Par conséquent, d’après ces données, depuis 1785 elle a été augmentée de 99 habitants par lieue carrée, c’est-à-dire d’environ un neuvième.

Tel est le résultat auquel nous conduisent les meilleures informations qui soient à notre portée. Elles confirment bien les conjectures de M. Malthus; mais, encore une fois, elles les confirment trop, et semblent aller au-delà des justes bornes. Fn calcul précédent nous a fait soupçonner des omissions aux registres de naissances , de morts et de mariages. Celui-ci tendrait à nous faire soupçonner de l’exagération dans les états de population actuelle. S’il y a quelque chose à ajouter aux tables de naissances, morts et mariages, en même temps qu'il y a quelque chose à déduire aux états de population actuelle et totale, un sent que d’un cèle on aura pour les naissances, morts et mariages des rapports plus grands et plus vraisemblables que ceux que nous avons obtenus (p. 225 ci 224), etde l'autre, que pourlapopulatiou de la lieue carrée on obtiendra une moyenne plus petite. Je désire encore ici que les hommes éclairés qui ont sous leurs yeux les pièces justificatives des résultats qui ont été publiés , ainsi que les états de population des années subséquentes , décident les questions que je propose et répandent une nouvelle lumière sur cet intéressant sujet. Eli attendant , il y a peut-être , dans les résultats que je viens d'exposer, de quoi rendre probable la conjecture de M. Malthus , telle qu’elle est exprimée dans le texte, savoir, qu'en totalité la population n'a pas diminue.

(Pierre l'rcrosl. )

’ Analyse des procès verbaux, session de l’an IX, p. 128.

OBSTACLES A LA rOPL'LATlON EN FRANCE.

parlent des défrichements multipliés gui ont eu lieu depuis plusieurs années , et qui au commencement ont paru réussir, mais qui ont bientôt laissé voir qu’il valait mieux cultiver moins et cultiver bien. Plusieurs départements font mention du bas prix du blé et du manque de débouchés pour la vente de cette denrée. Dans la discussion relative à la division des biens communaux , il est dit que « le partage, en opérant le défrichement de ces biens, a sans doute produit une augmentation réelle de denrées, mais que d’un autre côté, les vaines pâtures n’existent plus, et que les bestiaux sont peut-être diminués'. » En tout, je suis porté à croire que, quoique l’agriculture ne paraisse pas avoir été bien conduite pour donner un grand produit net , le produit brut n’a pas diminué depuis l’époque de la révolution, et que les tentatives faites pour mettre tant de nouvelles terres en culture, ont contribué il rendre la rareté des ouvriers plus sensible. Si l’on convient que la nourriture n'a pas diminué pendant la révolution, le haut prix du travail, qui est généralement reconnu, n’a pu manquer d’agir comme un puissant encouragement à la population parmi les classes laborieuses de la société.

La taxe sur les terres, ou contribution foncière, excite des plaintes générales. Elle paraît très pesante et fort inégale. On a eu en vue de l’établir sur le pied du cinquième du produit net. Mais l’état peu avancé de l’agriculture, le nombre des petits propriétaires, et par-dessus tout l’entreprise de cultiver une plus grande étendue de terres que ne comportaient les capitaux qu'on y pouvait verser, sont cause que la taxe a monté au quart, au tiers, et quelquefois à la moitié de ce produit net, dont on ne voulait lever que la cinquième partie. Quand la propriété rurale est tellement divisée, qu’il faut réunir la rente et le profit du fermier pour qu’une famille puisse vivre du produit d’un fonds de terres, une taxe sur la terre doit nécessairement nuire beaucoup h la culture ; tandis que cet effet se fera peu sentir, ou même ne se fera point sentir du tout dans un pays où les fermes sont grandes et tenues à bail par des personnes différentes du propriétaire, ce qui est le cas le plus fréquent en Angleterre. Parmi les obstacles qui arrêtent l’agriculture, les comptes-rendus font mention de la trop grande division des terres, oe-

' L’auteur ne présente ici qu’un 'court résumé de cette discussion, qui, dans V Analyse des procès-verbaux de l'an IX, se trouve p. 691 à 704. Il ne cite pas les expressions qu'il rapporte comme étant attribuées en entier et textuellement à un seul departement; mais la substance de ces expressions se trouve énoncée par plusieurs. ( Pierre Prévost.'

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