LIVRE II. — CHAPITRE VI
casionnée par les nouvelles lois sur les successions. Il est probable que le parlage de quelques grands domaines pourrait contribuer aux progrès de l’agriculture; mais des subdivisions semblables à celles dont on se plaint ici doivent certainement avoir un effet contraire; elles doivent tendre en particulier à diminuer le produit net, et rendre par là toute taxe sur les terres plus oppressive et moins productive. En Angleterre, si toute l’étendue du sol était divisée en fermes de 20 livres sterling de rente (.‘>00 fr.), l’Angleterre serait probablement plus populeuse qu’elle ne l'est actuellement, mais comme nation elle serait extrêmement pauvre. Elle n’aurait presque aucun revenu disponible, et serait dans l’impuissance absolue de soutenir le même nombre de manufactures et de payer les mêmes taxes qu’aujourd’hui. 'lotis les départements demandent une diminution de la contribution foncière, comme étant absolument indispensable à la prospérité de l’agriculture.
Presque tous les comptes-rendus font un tableau lamentable de l’état des hôpitaux et autres établissements charitables, de l’augmentation de la mendicité, et de la grande mortalité des enfants exposés. Au premier coup-d’œil, on serait porté à en inférer que la pauvreté et la souffrance se sont fort aggravées parmi les classes inférieures du peuple; mais il faut considérer que les hôpitaux et autres établissements de charité ont perdu presque tous leurs revenus pendant la révolution; qu’un grand nombre de personnes se sont vues ainsi privées loul-à-coup de leur unique ressource ; que la chute des manufactures a jeté les ouvriers dans la détresse; qu’en même temps le nombre des enfants illégitimes s’est accru d’une manière extraordinaire. Tant de causes réunies suffisent pour expliquer les souffrances dont il est parlé dans les comptesrendus, et l’on ne peut point conclure de ces souffrances du peuple que l’état des ouvriers de la campagne ou des cultivateurs en général n’a pas été amélioré. Ce qui prouve qu’il l’a été, c’est la hausse qui a eu incontestablement lieu dans le prix du travail, et le bas prix auquel le blé s’est soutenu par comparaison à celui de la main-d'œuvre. Or, c’est principalement par les ouvriers de la terre ou les cultivateurs en général, quç la population effective d'un pays est maintenue et renouvelée. Supposons qu’en Angleterre on abolit tout-à-coup la taxe des pauvres, on jeterait sans contredit dans la plus affreuse détresse ceux qui vivent actuellement de cette taxe; mais je ne crois pas que la classe laborieuse de la société prise dans sa généralité en souffrit, ou que la population du pays en fût affectée. Comme le nombre des enfants illégitimes s’est accru en France au point d’étre devenu la 1 1' partie de toutes les nais-
sances, au lieu de la i"' qu’il en était auparavant1, il est évident que le nombre des enfants abandonnés aux hôpitaux doit aussi s'étre accru, et qu’il doit en être de même du nombre des morts qui ont eu lieu parmi ces enfants abandonnés. Mais en même temps il doit aussi y avoir eu plus d’enfants illégitimes élevés par leurs parents, et qui auront échappé b la grande mortalité de ces funestes dépôts. 11 parait que le manque de fonds dans les hôpitaux a mis dans l’impossibilité de payer des nourrices, et qu’en conséquence un grand nombre d'enfants sont morts de faim. Finalement quelques hôpitaux ont très b propos refusé d’en recevoir de nouveaux.
En tout, les comptes-rendus n’offrent pas un tableau satisfaisant de l’état intérieur de la France ; mais il faut avoir égard b la nature de ces comptes-rendus. Ce sont des observations sur l’état des départements, et souvent des demandes particulières faites dans le but d’obtenir du gouvernement des secours ou quelque dégrèvement. On doit donc naturellement s’attendre b les voir présenter les choses sous l’aspect le moins satisfaisant. Toutes les fois qu’il est question de nouvelles taxes et de dégrèvements, les contribuables sont disposés b se plaindre de leur pauvreté. Et véritablement tout ce qui a rapport aux taxes se présente ici comme embarrassant. Quoiqu'il eût été recommandé aux conseils généraux de ne point se livrer b des plaintes vagues, de n’articuler que des griefs particuliers et bien déterminés, d’indiquer les remèdes les plus convenables, et en particulier de ne point proposer l’abolition d’un impôt sans en substituer un autre équivalent, il me semble qu’il n’y a aucun impôt contre lequel on ne s'élève, et cela souvent en termes généraux, sans faire mention d’aucune substitution. I.a contribution foncière, la taxe mobilière, les barrières, les droits de douane, tous ces impôts excitent d’amères plaintes. Et la seule taxe substituée que j'aie remarquée est celle sur le gibier; mais en France actuellement le gibier est tellement détruit, qu’une pareille taxe ne pourrait suffire b remplacer toutes celles dont on propose la suppression. En tout, cet ouvrage est lait pour exciter l’intérêt et la curiosité. 11 indique dans le gouvernement un désir louable de connaître l’état des départements et de recueillir les observations ou les propositions qui peuvent tendre b l’avantage de chacun d’eux. Il a paru quelque temps en publication régulière, mais la circulation en fut très vite supprimée et bornée aux
■ En 1835 it est né en France 993,835 enfants; sur ce nombre il V en avait 919,166 légitimes et 7-1,727 illégitimes, environ 1/15, chilfres de la Statistique de France, t. T,p. 358 ; A Paris il y a presque l/S de naissances illégitimes. [Jph. G.)