‹ Essai sur le principe de populationChapitre 117 sur 368 · LIVRE II — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE II — CHAPITRE VII

les tableaux de mariages, parce qu’ou ne les trouva pas satisfaisants, et qu’ils attestaient une diminution de mariages et un accroissement de naissances illégitimes.

De ces comptes-rendus et des circonstances qui les accompagnent, on peut conclure que, quel qu’ait pu être le rapport réel des naissances avant la révolution et pendant les six ou sept années suivantes ', les rapports des naissances, des morts et des mariages sont sensiblement moindres qu’on ne les avait d’abord supposés’.

On a demandé si , le fait élant reconnu , il ne doit pas s’ensuivre clairement qu’on avait mal estimé la population avant la révolution, et qu’elle avait diminué plutôt qu’augmenté depuis 1792? A cette question, je crois pouvoir répondre négativement. On a vu , dans plusieurs des chapitres précédents, que les rapports des naissances, des morts et des mariages diffèrent beaucoup en différents pays, et qu’il y a les plus fortes raisons de croire qu’ils diffèrent aussi dans le même pays, selon les temps et selon les circonstances.

Il est à peu près sur que des variations de cette sorte ont eu lieu en Suisse. On peut considérer comme un fait établi un effet analogue provenant en Angleterre de l’augmentation de salubrité. Et si nous donnons quelque crédit aux meilleures autorités qu’on ait en celte matière, à peine pourra-t-on douter que le taux de la mortalité n’ait diminué depuis un ou deux siècles dans presque tous les pays de l’Europe. Il n'est donc point étonnant que la même population se soit maintenue, ou même se soit accrue visiblement avec un rapport moindre de naissances, de morts et de mariages. La seule question est de savoir si les circonstances actuelles de la France paraissent rendre probable un tel changement.

II est reconnu généralement que la condition des classes inférieures du peuple en France était très misérable avant la révolution. Les salaires y étaient environ de 20 sous par jour, tandis qu’en Angleterre

' Pendant ces dernières années , il est souvent fait allusion aux mariages prématurés dans tes procès-verbaux ; et dans la statistique générale, il est fait mention des rapports des naissances de 1 à 21 à 22 et à 23. (.Vote de l'auteur.)

* Dans l'aunee 1 792, il fut fait une loi extrêmement favorable aux mariages précoces : on l'abrogea l'an XI, et on y substitua une loi qui mettait de grands empêchements aux mariages, selon Peucbet, (p. 232). Ces deux lois peuvent servir à expliquer la faiblesse du rapport des naissances et des mariages dans les dix années qui ont précédé )8t3, en même temps que la possibilité d’un grand rapport dans les six ou sept premières années qui suivirent le commencement de la révolution. (Suie de l'auteur.)

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iis étaient à peu près du double, et le prix du froment de même qualité ne différait pas beaucoup dans les deux pays. Cela s’accorde avec ce que dit Arthur Young, qui représente les classes ouvrières en France précisément au commencement de la révolution, comme plus mal nourries, plus mal habillées, et plus mal entretenues, soit dans la maladie, soit en bonne santé, que les mêmes classes en Angleterre, dans le rapport de 70 à KM). Et quoique cette estimation soit peut-être trop forte, et que fauteur n’ait pas tenu compte suffisamment de la différence réelle des prix, toutefois son ouvrage abonde çn observations qui montrent l’état d'abaissement où étaient alors les classes ouvrières en France, et laissent assez voir que la population y tendait fortement à outrepasser la limite des subsistances.

D’un autre côté, il est généralement reconnu que l’état des paysans en France s’est amélioré par la révolution et par le partage des domaines nationaux. Tous les écrivains qui ont donné quelque attention à ce sujet remarquent qu’il y a eu une hausse considérable dans le prix du travail, occasionnée soit par l’étendue donnée à la culture, soit par les levées d’hommes pour l’armée. Dans la Statistique élémentaire do Peuchet, on voit que le prix du travail commun monta de 20 à 50 sous', tandis que le prix des denrées semble être resté à peu près le même ; et M. ISirbcck, dans son Dernier voyage agricole en France % dit que le prix du travail, outre la nourriture, y est de plus de 40 sous (20 pence ) par jour1, et que les denrées de toute espèce y sont de nouveau tout aussi bon marché qu’en Angleterre; en sorte que l’ouvrier fiançais commande la même quantité de subsistance qu’un ouvrier anglais aurait avec plus de 4 fr. (three shillings and four pences) par jour ; mais en aucun temps le salaire d'un simple journalier n'a été en Angleterre aussi élevé.

En accordant qu’il peut s’élre glissé quelques erreurs dans ces calculs, on ne peut nier qu’ils ne sullisent pour établir une amélioration marquée dans la condition des classes inférieures du peuple en France; mais il est presque physiquement impossible qu’un tel soulagement de misère ait pu avoir lieu sans une diminution dans le taux de mortalité; et si cette diminution dans le taux de mortalité n’a pas été accompagnée d’un accroissement rapide de population, il faut nécessairement que le rapport des naissances ait diminué. Dans l’intervalle entre 1802

* Les valeurs données par tes traducteurs sont un peu faibles. La livre sterling vaut intrinsèquement 35 francs et 22 centimes. {Jpk. G.)

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et 1815, la population semble s’être accrue, mais lentement; par conséquent, un rapport moindre des naissances, des morts et des mariages, ou l’action plus générale de la prudence, est exactement ce que les circonstances nous auraient fait attendre. Il n’est peut-clre pas de proposition plus incontestable que celle-ci: De deux pays , dans lesquels le taux d'accroissement, la salubrité naturelle du climat et l'ctat des villes et des manufactures sont à peu près les me’mes , celui dans lequel la pauvreté est plus grande aura plus de naissances , de morts et de mariages.

Ainsi, de ce que le rapport des naissances en France depuis 1802 a été de 1 à 50, on ne peut nullement conclure, comme on l’a fait, que Necker aurait dû employer 50 pour son multiplicateur au lieu de 23 5/A.

Si les peintures laites de l’état des classes ouvrières en France, avant et après la révolution, ont quelque vérité, comme la marche de la population dans les deux périodes semble avoir été presque la même, le rapport présent des naissances ne pourrait s'appliquer à l’époque où Necker écrivait. En même temps il est assez probable qu’il avait pris un multiplicateur trop bas. 11 est difficile de croire, d’après toutes les circonstances, que, dans l’intervalle de 1783 h 1820, la population de la France ail crû de 23 1/2 à 28,000,000. Mais si nous admettons que ce multiplicateur peut en ce temps avoir été 27 au lieu de 23 5/A, nous irons aussi loin qu’on peut raisonnablement le faire; et même on pourra en inférer un accroissement de près de 2,000,000 depuis 178.3 à 1815, accroissement bien moindre qu’il n'aurait été d’après le taux de celui qui a eu lieu en Angleterre, mais pleinement suffisant pour montrer la force du principe de population et la facilité avec laquelle il surmonte les obstacles en apparence les plus puissants.

Quant à la question de l’accroissement des naissances dans les six ou sept premières années de la révolution, il n’est pas probable que jamais elle soit résolue.

Dans ces temps de troubles , ou ne peut guères supposer que les registres aient été soignés régulièrement ; et comme ils n’ont pas été recueillis dans l’an IX, il n’y a pas lieu de s’attendre à un plus haut degré de correction à aucune époque subséquente'.

1 I.c premier vol. déjà cité de la Statistique de France publié en 1837, par le ministère du commerce et sous la direction de M. Moreau de .tonnes, contient dans un développement de 530 pages : 1° la population ancienne; 3° la population depuis le commencement du XIXe siècle, d'après les dénombrements de tSOl, 1800, 1821, 1836, 1S31 et 1836 ; 3» l’accroissement de la population depuis 1801 ; la

OBSTACLES A LA POHCLATIOX EN A V'.LETEIUIE.

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