‹ Essai sur le principe de populationChapitre 119 sur 368 · LIVRE U. — CHAPITRE VUI · texte numérisé non relu

LIVRE U. — CHAPITRE VUI

doiile «ne femme qui aura la même éducation et les mêmes habitudes. Prendra-t-il son parti de la voir réduite h abandonner, comme lui, ses liaisons, pour en former d'autres qu’elle envisagera comme peu faites pour elle? Descendre un ou deux échelons, h ce point où finit l’éducation et où l’ignorance commence, est un mal bien réel aux yeux de ceux qui l’éprouvent ou qui en sont simplement menacés. La société ne peut avoir d’attrait qu’autant qu’il y règne quelque espèce d’égalité, qu'autant qu’elle est un échange réciproque de bons ollices.

Ces réflexions arrêtent bien des hommes d’une fortune bornée. Plusieurs d’un jugement moins sur, ou dominés par la passion , bravent le danger qui les menace. Et de ceux-ci, peut-être, il en est peu dont le sort justifie la témérité.

Les fils des fermiers et des petits marchands sont exhortés par leurs parents à ne pas se marier avant d'avoir une ferme ou un commerce qui les mette en état de soutenir la charge d’une famille. Ils suivent le plus souvent ce conseil, et se marient tard. On se plaint généralement de la rareté des fermes vacantes; et dans toutes les industries la concurrence est si active, qu’il est impossible que tous les aspirants puissent réussir. Mais c’est peut-être parmi les jeunes hommes qui entreprennent le commerce ou qui professent les arts mécaniques, que l'obstacle privatif a le plus d'empire.

L’ouvrier qui gagne 18 pence ou 2 shellings par jour (57 ou 50 sous de France), et qui vit aisément tant qu’il est seul, hésite avant de se résoudre à partager entre quatre ou cinq individus ce bénéfice de son travail, qui ne lui parait pas trop considérable pour lui-même. Il consentirait bien à se soumettre à un travail plus rude et à s’imposer des privations , pour associer son sort à celui d’une personne qu’il aime, mais il ne peut pas se dissimuler que, s'il a une famille nombreuse ou s’il éprouve le plus léger revers, ni sa frugalité ni son travail ne le mettront à l’abri de l’amer chagrin de voir ses enfants dans le besoin ou de recourir à l’assistance publique. La crainte de tomher dans celte espèce de dépendance est un sentiment utile et digne d’être encouragé, quoiqu’il dire vrai les lois anglaises sur les pauvres tendent fortement à le détruire.

Les domestiques attachés h des familles riches courent , en se mariant, de plus grands risques. Ils trouvent chez leurs maîtres, presque autant que leurs maîtres mêmes, non-seulement le nécessaire, mais tout ce qui rend la vie douce et agréable : leur travail est facile et leur nourriture fort supérieure à celle de la classe des ouvriers. Le sentiment de la dépendance est pour eux moins pénible par la possibilité

de changer de maîtres. S’ils se marient, privés de talents et de capitaux, ils ne peuvent ni prendre une ferme, ni entreprendre un eoinraerce, ni travailler à la journée. Leur unique ressource est de tenir un cabaret à bière, établissement qui sans doute ne leur offre pas une riante perspective : aussi la plupart sont-ils voués au célibat.

Il résulte de cet exposé que les obstacles qui préviennent la population, et que nous nommons privatifs, ont en Angleterre beaucoup d'influence. Et on peut conclure la même chose des registres qui ont été publiés en 1800, par suite du dernier acte relatif à la population. On voit par ces extraits que, dans l’Angleterre et le pays de Galles, le rapport des mariages annuels à toute la population est de 1 à 125 1/3 moindre qu’en aucun autre pays où ce rapport ait été déterminé, excepté en Norwège et en Suisse.

Avant le milieu du XVIII* siècle, le docteur Short estimait ce rapport de 1 il 115*. Il est probable que cette estimation était exacte il celte époque. Ainsi il y a eu dans le rapport des mariages une sensible diminution , tandis que, par le progrès du commerce et de l’agriculture, la population a crû plus rapidement qu’elle n’avait fait encore. Cette diminution dans le nombre des mariages est en partie la cause, et en partie l’effet, de celle qu’on a observée dans la mortalité pendant ces dernières années.

Les comptes-rendus du nombre des mariages, en conséquence du dernier acte1, sont envisagés comme moins susceptibles d’inexactitude qu’aucune autre partie des registres.

Le docteur Short, dans ses Nouvelles observations sur les registres de mortalité des villes et de la campagne , dit «qu’il finira par une observation qui a été faite par un juge distingué. Cette observation est que l’accroissement du genre humain est arrêté par la timide prudence , qui fait redouter le mariage et les dépenses qu’il entraine, plus que par au-

• 06». on lhe résulté of the population Aet , p. 11, imprimes en 1800. Les réponses obtenues en vertu de cet acte ont enfin dissipé l obsrurité qui couvrait la question de la population dans ce pays, et ont fourni des données utiles à l'arithméticien politique. Il Tant convenir néanmoins qu'elles ne sont pas assez complètes, pour exclure les raisonnements et les conjectures relativement aux conséquences qu'on en peut tirer. Il est bien à désirer que l'on ne s'arrête pasà ce premier effort. A présent que la dilücullé est surmontée, on pourrait aisémeut faire tous les dix ans un dénombrement ; et chaque année, ou tous les cinq ans au moins, compidser les registres des naissances , des morts et des mariages. Je suis persuadé qu'on peut tirer de ces registres plus de conséquences relatives à la situation intérieure du pays qu'on ne l a cru jusqu'ici. [Note de l'anleur.)

' New Observ. on bills of Uortalily, p. 263 , iu-8", 1730. — 1 De 18o0.

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