‹ Essai sur le principe de populationChapitre 12 sur 368 · EXPOSITION DE SUJET · texte numérisé non relu

EXPOSITION DE SUJET

trois. Dans la période suivante, la population, arrivée à quatre-vingthuit millions, ne trouverait des moyens de subsistance que pour la moitié de ce nombre. A la fin du premier siècle, la population serait de cent soixante-seize millions, et les moyens de subsistance ne |H>urraicnt suffire à plus de cinquante-cinq millions; eu sorte qu'une population de cent vingt-un millions d’hommes serait réduite à mourir de faim.

Substituons à cette île, qui nous a servi d’exemple, la surface entière de la terre; et d’abord on remarquera qu’il ne sera plus possible, pour éviter la famine, d’avoir recours ’a l’émigration. Portons à mille millions le nombre des habitants actuels de la terre : la race humaine croîtrait comme les nombres 1, % 4, 8, 16, 52, 64, 128, 256; tandis que les subsistances croîtraient comme ceux-ci : 1 , 2, 5, 4, 5, 6, 7, 8, 9. Au bout de deux siècles, la population serait aux moyens de subsistance comme 256 est à 9; au bout de trois siècles, comme 4,096 est à 15, et après deux mille ans, la différence serait immense et comme incalculable.

On voit que, dans nos suppositions, nous n’avons assigné aucune limite aux produits de la terre. Nous les avons conçus comme susceptibles d’une augmentation indéfinie, comme pouvant surpasser toute grandeur qu’on voudrait assigner. Dans cette supposition même, le principe de population, de période en période, l’emporte tellement sur le principe productif des subsistances, que, pour maintenir le niveau, pour que la population existante trouve des aliments qui lui soient proportionnés, il faut qu’à chaque instant une loi supérieure fasse obstacle ’a ses progrès; que la dure nécessité la soumette à son empire, que celui, en un mot, de ces deux principes contraire®, dont l’action est si prépondérante, soit contenu dans certaines limites'.

* Ce premier chapitre est la base de l’édifice élevé dans les suivants. Aussi a-t-il été attaqué vivement par ceux qui ont à cœur de renverser tout l'édifice. M. Godwin a été jusqu'à prétendre que l’accroissement de la population des États- Unis devait être attribué en entier à l'immigration ; et en a conclu que le fait d'un doublement en vingt-cinq ans , par le seul principe de population, tel que l'admet M. Malthus est totalement erroné.

Indépendamment de l'extréme légèreté de cette assertion, relative à l'immigration, et des faits opposés qui la détruisent , nous croyons devoir dire un mot de l'inutilité d'une telle attaque.

Accordons que la population de l'Amérique ne double pas en vingt-cinq ans en vertu du seul principe de population. Admettons même, si l’on veut, que par ce principe seul elle ne reçoit aucun accroissement. Qu'en résulte-t-il qui puisse faire objection à la théorie qui repose sur ce chapitre ? Supposons qu’en Amérique

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