LIVRE II. — CHAPITRE VIII
d'insalubrité que ceux des dernières années qui viennent de s’écouler. Et les comptes, rendus en conformité de l’acte sur la population, même en ayant égard à toutes les omissions qui ont pu être faites quant aux sépultures, présentent un degré de salubrité, dans les villes de province et dans les campagnes , beaucoup plus grand que celui qui résulte des calculs précédents. D’un autre côté , je ne puis m’empêcher de croire que la mortalité de 1 sur 51 , attribuée à Londres dans les Nouvelles observations sur les résultats de F acte relatif à la population ’, est au-dessous de la réalité. Le nombre de. 5,000, auquel on y suppose qu'ont pu s’élever les omissions de sépultures , n’est probablement pas assez grand ; et on n’y a pas donné assez d’attention au nombre de ceux que la guerre ou le commerce appellent à s’absenter. Quand il est question d’estimer la mortalité proportionnelle, il ne faut considérer que la population qui réside dans le lieu dont on s’occupe.
Il parait qu’i/ y a dans les grandes villes , et même dans les cilles moyennes, quelque chose de défavorable au premier âge de la vie. La classe de personnes qu’affecte le plus celte cause- de mortalité semble indiquer qu’elle dépend plutôt de l’action d’un air renfermé et corrompu sur les poumons délicats des jeunes enfants, jointe au défaut d’exercice , que du luxe et des excès de débauche et d’intempérance dont les villes sont le principal théâtre. Il est rare que des parents de la meilleure constitution, et qui mènent la vie la plus régulière, voient leurs enfants à la ville jouir d’une santé aussi ferme qu’à la campagne.
A Londres, selon des calculs faits précédemment, la moitié des enfants mouraient avant l’âge de 5 ans; à Vienne et à Stockholm, avant 2; h Manchester, avant 5 ; à Norlhampton, avant 10*. Au contraire, dans les villages, la moitié des enfants atteint l’àge de 50, 55, 40, 46 ans, ou plus. Dans la paroisse d’Ackvvort, en Yorckshire, on voit, par une table exacte des morts de tout âge pendant 20 années, dressée parle docteur Lee, que la moitié des habitants arrive à l’âge de 46 ans1. Et si l’on avait examiné sous ce point de vue les paroisses mentionnées ci-dessus, où la mortalité n'est que de I sur 60, ou 1 sur 66, on aurait indubitablement trouvé que la moitié de ceux qui y naissent atteignent l’âge de 50 ou de 55 ans.
11 faut remarquer que ces sortes de calculs, dé pendant plutôt des morts et des naissances enregistrées que d’une estimation de la popu-
1 New obs. lhe rcsulls of lhe ptipul. Art., p. 15.
* Price's Obs. on revers Paym., vol. I, p. 2S4, 2SG. — 5 Ibid., p. 208.
lation totale, sont moins sujets à erreur que ceux qui donnent le rapport des morts annuelles à toute la population.
Pour remplir le vide occasionné dans les villes par la mortalité qui leur est propre, et pour qu’elles puissent fournir sans interruption la population qu’on leur demande, il faut qu’elles reçoivent sans cesse de nouvelles recrues de la part des campagnes : et c’est ce qu’indique l’excès des naissances qu’on remarque dans celles-ci. Dans les villes même dont les registres présentent moins de morts que de naissances , cet effet provient des mariages de personnes qui n’y sont pas nées. A une époque où les villes de province en Angleterre croissaient bien moins rapidement qu’à présent, le docteur Short calculait que les 9/19 des personnes mariées, établies dans ces villes, y étaient étrangères'. De 1,618 hommes mariés et 1,618 femmes mariées, dont l’état fut constaté à l’infirmerie de Westminster (à- Londres), il ne se trouva que 529 hommes et -195 femmes qui fussent nées à Londres .
Le docteur Price suppose que Londres, en y comprenant les paroisses voisines où les morts excèdent les naissances, reçoit annuellement un supplément de 10,000 personnes que Grauut n’estimait de son temps que de 6,000*. Cet auteur observait en outre que, quelle que fût la mortalité de cette capitale, soit qu’elle provint de la peste ou de quelque autre cause de destruction, il ne lui fallait jamais plus de deux ans pour réparer complètement ses pertes*.
Comme ce supplément est fourni par les campagnes , il est évident que ce serait commettre une grande erreur, que d’estimer le rapport des naissances aux morLs jtour tout le royaume, par le rapport observé dans les paroisses de campagnes, d’où il sort de si nombreuses émigrations.
Toutefois il n’y a pas lieu de partager les alarmes du docteur Price, qui a peur que ces émigrations ne dépeuplent les campagnes, du moins aussi longtemps que les fonds destinés à payer le travail du cultivateur n’éprouveront point de diminution. Le rapport des naissances, comme celui des mariages, prouve clairement que, malgré l’accroissement des villes et des fabriques , la demande d’hommes faite aux campagnes ne leur est pas fort à charge.
Si l’on divise la population actuelle de l'Angleterre cl du pays de Galles par le nombre moyen des baptêmes des cinq dernières années”,
* JVctc 06*. on huit of morlality , p. r6.
’ Price' t Obs. on revers, paym., vol. II, p. 17.
1 Sliorl's New Obs.. abstract [rom. Grauut, p. 277. — * Ibid., p. 270.
* Ceci a été écrit avant que les omissions eussent clé réparées en 1810. Ces ad-