‹ Essai sur le principe de populationChapitre 123 sur 368 · LIVRE II. — CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE VIII

on trouvera un rapport très voisin de celui de 4 à 56'. Mais on suppose avec raison qu'il y a, dans le nombre des baptêmes, beaucoup d’omissions. On croit communément qu’il y en a plus que dans celui des sépultures.

Le docteur Sborl estimait le rapport des naissances à la population en Angleterre de 1 à 28». Dans le compte-rendu de la partie agricole de Suffolk, le rapport des naissances à la population est calculé sur le pied de 1 à 50; pour la totalité de Sufîolk, selon les derniers comptesrendus, ce rapport n’est pas beaucoup au-dessous de 1 à 55 '. Selon un état exact de la population de 15 villages, état fondé sur un dénombrement effectif et publié par le chevalier F. M. Eden , le rapport des naissances à la population s’est trouvé être de I à 55; cl selon un autre état , fondé sur 1» même autorité, mais relatif aux villes et paroisses de manufactures, ce rapport a été trouvé de 1 à 27 5/1*. En combinant ces résultats, en se rappelant qu’il y a dans les registres des naissances un déficit reconnu, et qu’il est également reconnu que la population de l’Angleterre s’est accrue pendant le cours de ces dernières années, on sera porté h croire qu’on peut assez raisonnablement supposer le rapport des naissances à la population de 1 b 50. D’après cela, reprenant l’expression de la mortalité actuelle que nous avons lixée à I sur 10, on retrouvera d’une manière fort approchée, le rapport des baptêmes aux sépultures qui résulte des derniers comptes-rendus publiés. Les naissances sont aux morts, dans cette supposition, comme -4 est à 5, ou connue 15 1,-7» à 10, rapport plus que sullisant pour rendre compte de l’accroissement de la population, qui a eu lieu depuis la guerre d’Amérique, en faisant la déduction de ceux qui sont morts en pays étrangers.

Dans les Observations sur les résultats de l’acte relatif à la popula-

ditions portent le nombre des naissances en tsoo à 265,000, au lien de 255,426, et établissent le rapport des naissances enregistrées comme 1 à SJ. — Voyez le chapitre suivant. (A oie de l'auteur.)

1 Le nombre moyen des baptêmes pendant ces cinq dernières années est 255,426, et la population 9,165,000. (Acte Obt. on resutts, etc.., p. 9.) (.Vole de l’auteur.)

’ Ne te Obs., p. 267.

1 Dans les recherches que font les particuliers, ils font entrer dans leurs états de population les dissidents et ceux qui ne font pas baptiser leurs enfants, l'ar conséquent, les résultats de ces recherches, jusqu'au point où elles peuvent atteindre, expriment plus exactement le véritable rapport des naissances. Cela justifie assez l'emploi que nous eu faisons pour apprécieruu déficit reconnu , déficit existait! dans les tables de naissances que présentent, les comptes publics qui ont été rendus à ce sujet. ( Note de l'auteur.)

4 Eslimale of the nuinber of inhubilants in Gréai Britain , etc., p. 27. ■

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lion, on remarque que la duree moyenne de la vie humaine eu Angleterre semble s’être accrue dans le rapport de 117 à 100, depuis l’année I7801. Un changement si considérable, dans un intervalle de temps si court, serait saus doute un phénomène bien extraordinaire; mais je soupçonne que la diminution observée dans le nombre des sépultures n’est pas due en entier à l’amélioration de la santé, et qu’elle provient en partie du grand nombre de nationaux qui sont morts dans l’étranger. Cette circonstance a dû être l'effet de l'accroissement rapide du commerce de l’Angleterre pendant celte période, et du grand nombre de personnes absentes pour cause de service militaire ou pour quelque emploi dans la marine, pendant le cours de la dernière guerre, en y comprenant les recrues nécessaires pour maintenir les forces sur le même pied. Ces causes ont dû naturellement tendre à produire l’effet observé, et faire paraître les sépultures stationnaires, tandis que les naissances croissaient avec assez de rapidité. Toutefois, comme il est incontestable que depuis 1780 la population s’est accrue, et que la mortalité actuelle est très petite, je ne puis m’empêcher de reconnaître que la plus grande partie de l’effet doit être attribuée à l'amélioration de l’état de santé en général.

Le rapport de 1 à 5(> est peut-être trop petit pour la mortalité moyenne de tout le siècle; mais si l’on supposait un tel rapport, et qu’en même temps les naissances fussent aux morts comme 12 esta 10, il s’ensuivrait qu’en 123 ans la population du pays aurait dé doubler. On en peut conclure que ce rapport des naissances aux morts est bien le plus grand qui puisse avoir eu lieu par une moyenne pendant le cours entier du siècle qui vient de s’écouler. Aucun des calculs récemment publiés ne comporte un accroissement plus rapide.

Il ne faut pas supposer, néanmoins, que ce rapport des naissances aux morts, ni aucun rapport constant des unes ou des autres h toute la population, ait continué d’une manière à peu près uniforme [tendant tout le cours du siècle. I.es registres de tous les pays, où ou a eu soin de les tenir pendant un temps un peu long, attestent à différentes époques des variations considérables. Le docteur Short, vers le milieu du siècle, estimait que les naissances étaient aux morts comme 1 1 à 10*; si en même temps les naissances étaient la 28° partie de la population, la mortalité ne pouvait être au-dessous de 1 sur 50 1/5. Nous supposons actuellement que les naissances sont aux morts comme 15 est

* Knc Obt. on tlie resulU, p. 6.

’ .Voie 06s., Utiles 1 1 et l!!,p. 22 et 11. Price't Obi. on rev. paym., v. Il, p. 511.

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à 10; mais si nous prenions ce rapport pour règle en estimant l’accroissement de la population pendant les 50 ou 40 dernières années, nous commettrions probablement de grandes erreurs, (.es effets des dernières disettes sont marqués fortement dans les Résultats de l'acte relatif à la population , par une diminution de naissances et un accroissement de morts. Si ces disettes étaient fréquentes, elles auraient bientôt détruit l’excès de naissances que présentent les 20 dernières années. Et en effet, nous ne pouvons pas raisonnablement supposer que les ressources du pays puissent croître pendant longtemps avec assez de rapidité, pour pouvoir suffire à un excès constant de naissances dans le rapport de 13 à 10, à moins que cet excès ne soit dû principalement au nombre de personnes qui vont mourir hors du pays.

D’après toutes les données que nous avons pu recueillir pour l'Angleterre et le pays de Galles, le rapport des naissances h toute la population a paru être de 1 à 30. C’est un rapport moindre que celui que nous avons trouvé avoir lieu en d’autres pays, excepté la Suisse et la Norwègc Jusqu'ici les calculateurs politiques ont envisagé un grand rapport des naissances comme le signe le plus assuré d’un état de prospérité : il faut espérer que ce préjugé cessera. Dans des pays mal ]>euplés, tels que l’Amérique et la Russie, ou dans les pays mieux peuplés, mais qui viennent d’éprouver une mortalité extraordinaire, un grand rapport des naissances peut bien être un indice favorable; mais dans l'état ordinaire d’un pays bien peuplé, il ne peutguères y avoir de plus fâcheux symptôme ; un rapport très petit des naissances est au contraire du meilleur augure.

Sir Francis d’ivernois observe fort à propos « que si les divers Etats de l’Europe tenaient et publiaient un registre annuel et exact de leur population, en y indiquant, avec soin, les époques précises de la vie où meurent les enfants, cette seconde colonne du registre servirait à prononcer comparativement sur le mérite des souverains et sur le bonheur des sujets. Une simple formule arithmétique en dirait peut-être davantage que tous les raisonnements. » Je suis d’accord avec cet auteur, quant à l’importance des conséquences qu’on pourrait tirer de pareilles tables. Pour les tirer, il est clair que ce ne serait pas tant à la colonne des naissances qu’il faudrait faire attention, qu’à celle où serait indiqué

‘ H faudrait bien encore excepter la France, si le rapport que nous avons déterminé ci-dessus, d'après les étals statistiques à notre portée, se trouvait être exact, puisque ce rapport est de t à 53. Voyez au chapitre précédent la note de la p. 233 de ce vol. {Pierre Prévost.)

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le nombre des entants qui ont atteint l’âge d’homme. Or, ce dernier nombre sera toujours invariablement plus grand , là où le rapport des naissances à toute la population sera plus petit. A cet égard, l’Angleterre se trouve immédiatement placée après la Norwège et la Suisse ; et ce fait, lorsqu’on réfléchit au nombre de ses villes et de ses manufactures, est vraiment remarquable. Comme il est très évident que toutes les demandes faites en ce pays, quant à la population, sont pleinement remplies, si cela a lieu avec un rapport des naissances très petit, c’est une preuve indubitable que la mortalité y est aussi très petite. Cet avantage mérite qu’on y attache du prix. Si les recherches futures faisaient voir que j’ai trop déduit pour les omissions, soit de naissances, soit de sépultures, je m’estimerais heureux de penser que l’Angleterre jouit, à un plus haut point que je n’ai osé l’espérer, d’un avantage aussi précieux et qui est l’indice le plus sur d’un peuple heureux et d’un bon gouvernement. Dans les états despotiques, misérables, ou naturellement malsains, on trouvera généralement le rapport des naissances à toute la population très grand.

Par une moyenne de 5 années finissant en 1800, le rapport des naissances aux mariages s’est trouvé être de 547 à 100; en 1700, il était de 502 à 100. On a cru pouvoir inférer de là que les registres des naissances, quoiqu’iucomplets sans doute, n’offraient pas autrefois un déficit plus grand qu’à présent1 ; mais un changement de cette espèce, dans les résultats apparents des registres , peut être produit par des causes tout-à-fait étrangères à un déficit dans les enregistrements. Il est reconnu que la dernière partie du siècle qui vient de s’écouler a été, en Angleterre, plus favorable à la santé que celle du milieu. Si en conséquence un plus grand nombre d’enfants ont atteint l'âge d’homme, un plus grand nombre aussi de tous ceux qui sont nés ont vécu assez pour pouvoir se marier; et cette circonstance a dû offrir un rapport des mariages aux naissances plus grand qu’auparavant. D’un autre côté, si autrefois les mariages étaient un peu plus féconds qu’ils ne le sont aujourd’hui, parce que peut-être on se mariait plus jeune, il aurait dû eu résulter un plus grand rapport des naissances aux mariages, dans les temps qui ont précédé, que dans le temps présent. L’action de l’une ou l’autre de ces causes, et peut-être de l’une et l’autre, n’aurait pas manqué de produire précisément l’effet observé dans les registres de ces deux époques comparées. Donc, de l'existence de cet effet, on ne peut point tirer un argument pour prouver qu’on a tort de supposer

1 Obt. on lhe remit of lhe popul. -4r(, p. S.

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les registres récents plus exacts que les anciens. J'expliquerai plus pleinement, dans un autre chapitre, l'influence des deux causes dont je viens de faire mention sur le rapport des mariages aux naissances annuelles *.

Relativement à la question générale de l’exactitude des registres récents, comparée h celle des registres du milieu ou du commencement du siècle, je dirai que les comptes rendus récemment fortifient le soupçon d’inexactitude élevé contre les précédents; ils font voir qu’à tous égards les registres de la première partie du siècle ne peuvent fournir que des données incertaines pour estimer la population de ce temps-là. Dans les années 1710, 1720 et 1750, les états extraits des registres indiquent un excès des morts sur les naissances. Si l’on s’attache aux six périodes terminées en 1750, qui comprennent la première moitié du siècle’, et que l’on compare la somme des naissances à la somme des morts, on verra que l’excès des naissances est si petit qu’il ne peut point siiflire à expliquer l’accroissement de 1,1X10,000 qui, d’après le calcul des naissances seules, paraîtrait avoir eu lieu pendant cet intervalle de temps1. Par conséquent, ou les registres sont fort inexacts et le déficit des naissances plus grand que celui des morts, ou ces périodes, chacune de dix années, ne représentent pas bien la moyenne. Il est possible que ces années-là aient été moins propres que les autres à la comparaison du rapport des naissances à celui des décès; et véritablement, on sait que l’une au moins de ces années, savoir 1710, fut une année de grande disette et de véritable détresse. Si l’on admet cette supposition probable, et si on lui attribue assez d'importance pour croire que le résultat total des six périodes ail pu en être affecté, on sera disposé peut-être d’un autre côté à admettre la supposition contraire par rapport aux trois périodes suivantes, terminées eu 1780. Pendant cet espace de 50 ans, en calculant «le la même manière, on trouve que la population a crû d’un million et demi*. Tout . au moins on doit convenir «pie trois de ces années prises à part, et calculées de la sorte, ne peuvent nullement fournir une bonne moyenne; on a même quelque raison de soupçonner qu’elles ont été plus favorables aux naissances que les années ordinaires, car de 1780 à 1785, l’accroissement des naissances a été plus petit «pie la moyenne*, ce qui a dû naturellement arriver si en 1780 les naissances ont été accidentel-

* Voy. le ch. XI de ce litre.

* Popul. nbtlracl Parish Remisier Final summary , p. 433.

* OOs. on the rcsufls of Ike popul. Acl.,p. 9. — ’ Ibid. — rt Ibid.

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lemcnt au-dessus de la moyenne , sans qu’il soit besoin de supposer un accroissement plus lent qu’auparavant.

Ainsi, en général, prenant en considération l'inexactitude probable des anciens registres, et le danger d’erreur lorsqu’on tire des conséquences d'un petit nombre d’années détachées, je pense que les notions de population fondées sur le calcul des naissances ne peuvent être envisagées comme dignes de conliance que depuis l'année 1780, parce que nous avons alors la suite des relevés pour chaque année, et que par conséquent on peut prendre de bonnes moyennes. A l’appui de cette remarque, j’observe que le résultat linal des extraits des registres de l’Angleterre et du pays de Galles donne pour le nombre des uaissances:

En 1700 218,771

En 170.7 247,218

En 1800 247,147'.

Par conséquent, si l'on avait estimé la population par les naissances, en prenant celles-ci à trois époques distantes entr’elles de cinq ans, on en aurait conclu que la population , pendant le cours de ces dix dernières années, avait régulièrement décru, tandis qu’au contraire nous avons de très bonnes raisons de croire qu’elle a crû considérablement.

Dans les Observations sur les résultats de P acte relatif à la population*, on trouve une table de la population de l’Angleterre et du pays de Galles calculée d’après les naissances, pour tout le 17' siècle. Par les raisons que j’ai déduites, je pense que cette table mérite peu de conliance; et même pour la population de ce pays, h l’cpoque de la révolution, je suis porté à croire que les anciens calculs, fondés sur le nombre des maisons, méritent la préférence.

Il se peut sans doute, quoique cela ne soit nullement probable, que ces estimations de la population, k différentes époques du siècle, ne s’écartent pas beaucoup de la vérité, parce que des erreurs opposées peuvent se compenser mutuellement; mais la supposition d’un rapport constant et uniforme des naissances, qui sert de base k ces estimations, est fausse, et ces calculs mêmes en fournissent la preuve. En effet, d’après ces calculs, l’accroissement de la population fut plus rapide de 17(i()k 1780, que de 1780k 1800; et cependant ils donnent le nombre proportionnel des décès vers l’an 1780 plus grand qu’en 1800, dans le rapport de 117 k 100. Il faut donc nécessairement que le nombre pro-

1 Poput. abstract Parisli Kryislers, p. 4SX. “ Obi. on l/ie rcsults , etc., p. 9.

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portionnel des naissances, avant 1780, ait été plus grand qu'en 1800, car sans cela il aurait été impossible que la population eût crû plus rapidement à cette première époque qu’à la seconde. Cette simple observation détruit à l'instant la supposition de la constance et de l’unilbrmilé dans le nombre proportionnel des naissances.

Véritablement j’aurais été enclin à croire, par analogie avec d’autres pays, et d'après les calculs de King et de Short, que le rapport des naissances était plus grand au commencement et au milieu du siècle, qu’il ne l’a été vers la lin. Mais cette supposition donnerait, en calculant d'après les naissances , une population plus faible au commencement du siècle que celle que fournissent les Résultats de l'acte sur la population, tandis qu’il y a lieu de croire, au contraire, que tes Résultats donnent une population trop petite. En 1690, selon Davenant, le nombre des maisons s’élevait à 1,019,21.’». Il n'v a aucune raison de supposer que ce nombre pèche par excès. Si l’on compte 5 individus par maison seulement, au lieu de 5 5/5 que l’on croit devoir compter au temps présent, il en résultera une population de plus de six millions et demi. Il est impossible de croire que, de 1(190 à 1710, la population ait diminué de près d’un million et demi '. Il est beaucoup plus probable qu’à cette époque reculée, les omissions dans les registres des naissances étaient plus nombreuses qu’à présent, et plus nombreuses que celles qui avaient lieu dans les registres des morts. Cette conjecture est d’ailleurs confirmée par une observation dont j’ai déjà fait mention, savoir que, dans la première moitié du siècle passé, l’accroissement de la population calculé d’après les naissances, est beaucoup plus grand que ne peut le permettre le rapport des naissances aux morts. Ainsi, sous tous les points de vue, il n’y a pas lieu d’avoir beaucoup de confiance aux calculs fondés sur les naissances.

On a pu s’apercevoir, dans le cours de cet ouvrage, que les registres des morts et des naissances , même en les supposant exacts , ne donnent qu’un moyen tris incertain d'arriver à la connaissance de la population. Les circonstances dans lesquelles divers pays sont placés rendent ces estimations très précaires; celles qu’on déduit des naissances encore plus peut-être que celles qu’on déduit des morts, quoique l'apparence de régularité qu’elles présentent les aient souvent fait préférer. Neeker, en estimant la population de la France, remarque qu’une maladie épidémique

1 Ccci suppose que l'estimation de la population par les naissances donne, pour l'année 1710, cinq millions seulement. {Pierre Prévost.)

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OBSTACLES A LA POPULATION EN ANGLETERRE, ou une émigration peut introduire dans le nombre des morts des différences accidentelles et momentanées , et que par cette raison les tables de naissances sont un guide plus sur1; mais c’est précisément cette régularité apparente des registres de naissances qui peut jeter dans des erreurs graves. Que nous nous procurions les tables mortuaires de deux ou trois années pour un pays quelconque; une peste ou toute autre épidémie mortelle s’y manifestera, si elle a lieu, par un accroissement de mortalité pendant le temps où elle a régné, et par une diminution de mortalité encore plus sensible après cette époque. Cela suffira pour nous avertir de ne pas la comprendre dans les années ordinaires, dont nous voulons prendre la moyenne. Mais dans les registres des naissances, rien ne se laisse apercevoir. Qu’un pays ait perdu par une |>este la huitième partie de sa population, il est probable que la moyenne des cinq ou six années suivantes indiquera un accroissement dans le nombre des naissances ; eu sorte qu’au moment où la population est le plus diminuée, le calcul des naissances ferait cfoire qu’elle est le plus augmentée. C’est ce qu’attestent les tables de Sussmilcb, en particulier celles pour la Prusse et la Lithuanie, que j’insérerai au chapitre des épidémies. On y voit une année, qui suit immédiatement la perte d’un tiers de la population , offrir un accroissement considérable dans les naissances; et la moyenne des ciuq années qui ont suivi cette perte, donner pour les naissauces une très faible diminution. Cependant dans un si court espace de temps, les progrès de la population, pour réparer ses pertes, ne pouvaient guère être sensibles.

11 n’y a pas eu a la vérité de mortalité extraordinaire en Angleterre depuis 1700 ; et il y a lieu de croire que le rapport des morts aux naissances, pendant le cours du dernier siècle, n’a pas éprouvé daus cette fie d’aussi grandes variations que dans la plupart des pays du continent. Il n’en est pas moins vrai que les saisons malsaines qui y ont régné quelquefois ont dù, quoiqu'il un moindre degré, avoir les mêmes effets que des maladies plus graves; et les changements observés dans la mortalité pendant le cours de ces dernières années, doivent faire présumer qu'il y a eu précédemment des effets analogues qui ont affecté le nombre des naissances.

Tout ceci doit nous rendre très réservés dans les applications que nous pourrions être tentés de faire, des rapports vériOés aujourd’hui à toute autre époque passée ou future.

1 De l’administration des finances , 1. 1, ch. IX, p. 232: in-12, t"S3.

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