‹ Essai sur le principe de populationChapitre 129 sur 368 · LIVRE II. — CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE X

coces sont en général chargés de dettes et de tous les embarras qu’en- Iraine une nombreuse famille. L'auteur ajoute qu'aulrefois il y avait certains règlements, appelés règlements de campagne , par l'un desquels il était défendu de se marier avant d’avoir -H) livres d'Ecosse eu propriété libre Cet article réglementaire n’est plus en vigueur. Un assure cependant que les règlements dont il fait partie avaient été approuvés et confirmés par le parlement d’Ecosse, sous le règne de Marie ou de Jacques VI.

En rendant compte des paroisses de Bressay , llurra et de (Juarff, dans ces mêmes iles Shetland’, on fait observer que les fermes y sont très petites, et que peu d’enlr’clles oui une charrue. L’objet que les propriétaires ont en vue est d’avoir autant de pêcheurs qu’ils peuvent s'en procurer, ce qui arrête les progrès de l’agriculture. Ces gens pèchent pour leurs maitres, qui leur donnent un salaire peu proportionné à leur peiue, ou qui achètent leur poisson a vil prix. « Ailleurs, dit l'auteur, on envisage avec raison la population comme un avantage; mais dans les iles Shetland, c'est précisément le contraire. Les fermes y sont morcelées. Les jeunes gens s’y trouvent engagés à se marier avant d’avoir des fonds. La suite de cette imprudence est la misère et la détresse.! On croit que ces iles contiennent le double de la population qu’elles peuvent faire subsister d’une manière convenable. »

L’écrivain qui rend compte de la paroisse d’Auchterderran”, dans le comté de File, dit que la maigre nourriture de l'ouvrier ne suflit pas pour soutenir le poids d’un dur travail, et qu’en conséquence son corps est usé avant le temps. « La facilité , ajoute-t-il , avec laquelle ces gens se soumettent volontairement à une situation si dure, en s’engageant dans les liens du mariage, montre à quel point celle union et le goût de l'indépendance sont naturels à l’homme. » Au goût de l’indépendance, il semble que cet écrivain aurait du substituer le désir de se voir renaître dans ses enfants.

L'iie de Jura* parait surchargée d’habitants, malgré des émigrations constantes et nombreuses. On y trouve jusqu’il cinquante et soixante individus sur une ferme. L’écrivain qui en parle observe que de tels essaims, dans un pays privé de manufactures , sont une charge pour les propriétaires, sans aucun avantage pour l’Etat.

1 Le texte porte frec-gear. Le mot gear vent dire en anglais habit , ornements ou bien encore ameublement ; mais en Écosse, il signifie biens ou richesses. On peut donc mieux traduire en toute propriété que en propriété libre. [Jph G.)

* Vol. X, p. 194 — * Vol. I, p. 441. — 4 Vol. XII, p. 517.

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Un autre 1 * s’étonne de l'accroissement rapide de la population, nonobstant l’émigration considérable en Amérique, qui eut lieu en 1770, cl la consommation de jeunes hommes opérée par la dernière guerre. Il croit difficile d’expliquer ce phénomène. Il fait observer que si la population continue à croitre de même dans la suite, à moins qu’on ne découvre de nouvelles sources d’occupations pour le peuple, le pays sera bientôt dans l’impossibilité de la faire subsister. Et en rendant compte de la paroisse de Callander*, le rédacteur dit que les villages de cette paroisse, et de quelques autres qui lui ressemblent, sont remplis d’une foule de misérables nus et mourant de faim, qui sollicitent un abri et du pain. Il remarque à cette occasion, que partout où la population excède l’industrie, il faut s’attendre à une prompte décadence.

Un exemple bien extraordinaire de tendance h un rapide accroissement est celui que nous offrent les registres de la paroisse de Duthil s, dans le comté d’Elgin. Comme les erreurs en excès sont moins probables que les omissions, cet exemple parait mériter une attention particulière..Le rapport des naissances annuelles à toute la population dans cette paroisse est de 1 à 12; celui des mariages, de 1 à 53; et celui des morts, de méme.Lesnaissancessonlauxmortscomme70b 15, ou comme 4 2/3 à 1. On peut soupçonner quelque inexactitude dans le nombre des morts, où il y a sans doute quelques omissions; mais le rapport extraordinaire des naissances, qui s’élève b 1/12 de toute la population, ne semble pas aisément susceptible d’erreur, et les autres circonstances relatives à celte paroisse tendent b confirmer ce résultat. Sur une population de 850 personnes, il n’y avait que trois hommes non mariés, et chaque mariage se trouvait avoir produit sept enfants. Malgré cela, on croit que, depuis 1745, la population y avait beaucoup diminué. Et il parait que celte tendance excessive b s’accroître avait été l’effet d’une tendance excessive b l’émigration. L’écrivain qui en rend compte fait mention de plusieurs émigrations considérables; il observe que des tribus entières, qui jouissaient d’une certaine aisance, avaient en dernier lieu émigré d’Écosse, par caprice, ou par l’espoir imaginaire d’acquérir plus d’indépendance et de devenir propriétaires de terres libres.

Ce rapport extraordinaire des naissances, évidemment causé par l'habitude de l’émigration, fait assez voir l’extrême difficulté de dépeupler un pays en lui enlevant ses habitants. Si on lui enlève son industrie et ses moyens de subsistance, bientôt tout disparait.

1 Paroisse de f.ochalsh (comté de ttoss), vol. XI, p. 422.

* Vol. XI, p. 574. — 3 Vol. IV, p. 308.

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