‹ Essai sur le principe de populationChapitre 130 sur 368 · LIVRE II. — CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE X

On peut observer sur cette même paroisse , que le nombre moyen des enfants qu'on dit être donnes par chaque mariage est de 7 ; tandis que si on voulait l'estimer par le rapport des naissances annuelles aux mariages annuels, on le trouverait de 4 2/3 seulement. Une pareille différence se fait remarquer dans plusieurs autres paroisses : d’où nous pouvons conclure que les écrivains qui ont rédigé ces états de population ont fort judicieusement adopté, pour déterminer ce nombre, une méthode indépendante du rapport des naissances annuelles aux mariages annuels. Il est probable qu’ils ont établi leurs résultats à cet égard sur des recherches personnelles ou sur un examen attentif des registres , et qu’ils sont ainsi parvenus à reconnaître avec sûreté le nombre d'enfants que chaque mère avait mis au monde pendant toute la durée de son mariage.

Il paraît qu’en Écosse les femmes sont très fécondes. Une moyenne de 6 enfants par mariage y est fréquente; et celle de 7, ou même de 7 1/2, n’y est pas très rare. Un cas particulier offre quelque chose de fort remarquable ; car il paraît, par les étals de population, qu’un nombre aussi considérable exprime pour chaque mariage les enfants actuellement vivants; ce qui suppose un bien plus grand nombre, si l’on y comprend les enfants morts auparavant et ceux qui ne sont pas nés encore. Dans la paroisse de Nigg', au comté de Kinkardine, on lit qu’il y a 57 familles agricoles et 403 enfants; ce qui donnes peu près 7 1/9 pour chacune; 42 familles de pêcheurs et 514 enfants, ce qui fait pour chacune à peu près 7 1/2. Les familles agricoles qui n’avaient point eu d’enfants étaient au nombre de 7 ; aucune famille de pécheurs n’était dans.ee cas. Si ces données sont exactes, il me semble que chaque mariage, pendant toute sa durée, ne peut pas avoir donné moins de 9 ou

10 naissances.

Lorsque, d’après un dénombrement effectif, on trouve 5 enfants vivants pour chaque mariage, ou 8 personnes, quelquefois même 4 1 2 seulement par famille, rapports fréquemment observés, il ne faut pas en conclure que le nombre moyen des naissances pour chaque mariage ne s’élève pas au-dessus de 3, ou ne passe pas beaucoup cette limite.

11 faut se rappeler que les mariages faits dans l’année du dénombrement sont presque tous stériles pour cette année-là; qu’en général ceux de l’année précédente ne peuvent avoir produit qu’un enfant; que ceux qui ont précédé de deux ans, peuvent difficilement en avoir produit et conservé deux; et que ceux qui ont précédé de quatre ans, dans le

1 Vol. Vît, p. ISM.

Cionolc

OBSTACLES A LA POPULATION EN ÉCOSSE ET EN ISLANDE. 2fi9 cours naturel des choses, doivent avoir produit et conservé moins de 5 enlants. Si, dans le cours de dix années, on ne perd qu'un enfant sur 5, on devra envisager cette mortalité comme fort au-dessous de la mortalité commune. Ainsi on doit s'attendre qu’en dix ans le plus âgé des enfants aura été enlevé. Si donc on suppose que chaque mariage produit précisément .'i enfants, les familles parvenues à se compléter par les naissances n'auront que 4 enfants; et un grand nombre d’autres, encore incomplètes, quant au nombre des naissances, eu auront moins de 3'. Il faut remarquer, en outre, qu’on trouvera plusieurs familles dans lesquelles le père ou la mère seront morts. En ayant égard à toutes ces considérations, je doute qu’un dénombrement exact de cette peuplade où chaque mariage donne 5 enfants, présentât même 4 1/2 individus par famille. Hans la paroisse de Itulhir, dont j'ai fait mention tout-h-l’heure , on attribue à chaque mariage 7 enfants, et le nombre des individus pour chaque famille n’est que de 5.

Les pauvres en Écosse sont généralement secourus par des contributions volontaires, distribuées sous l’inspection du ministre de chaque paroisse; et en tout, il parait que ces distributions ont été laites avec beaucoup de discernement. Comme ces secours soûl, par leur nature, modiqhes et précaires, et que les pauvres sentent qu’ils n’v ont aucun droit1, ils ne les considèrent que comme une dernière ressource pour les cas d’extrême détresse, et non comme un fonds sur lequel ils puissent compter avec assurance, ou comme une portion qui leur est assignée par la loi, dès que le besoin commence à se faire sentir.

La suite de cette opinion répandue est que les hommes voisins de la pauvreté font des efforts extraordinaires pour s’y soustraire et pour éviter d’avoir recours à des secours incertains et insutlisanls. On remarque dans plusieurs comptes-rendus des différentes paroisses de ce pays, que presque tous les habitants font quelques épargnes |H>ur la maladie et la vieillesse ; et même, dès qu’un homme est menacé de tomber à la charge de la paroisse, ses enfants capables de travail et

' On a calcule que, par une moyenne, la différence d'age des enfants d'une irn'mc famille est d'environ deux ans. (Noie de l' auteur.) — ’ Vol. IV, p. 508.

* On a dit dernièrement 1 au l'arlemcnt, qu'en Écosse les lois sur les pauvres ne différaient pas essentiellement de celles d'Angleterre, quoiqu’elles y aient été fort différemment interprétées et exécutées. Quoi qu’il en soit des lois, la pratique est généralement telle que je la représente ; et dans la question qui m'occupe, c’est la pratique seule qui a quelque importance. (Noie de l'auteur.)

* Ceci est transcrit de La précédente édition , cl SC rapporte, par conséquent. A l'année 1S07 ou à une époque antérieure et tort rapprochée. (.Vote du Iruducleurt.l

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tous ceux qui ont avec lui des relations de parenté, font tout ce qu'ils peuvent pour prévenir cette espèce d’avilissement, qui est une tache pour sa famille.

Les écrivains qui ont rédigé les états de population des diverses paroisses de ce pays-là, réprouvent fréquemment, et en termes très forts, le système établi eu Angleterre sous le nom de taxe des pauvres , et donnent une préférence décidée à la forme adoptée en Ecosse. Dans le compte-rendu de Paisley1, qui cependant est une ville de manufactures où les pauvres abondent, l'auteur non-seulement repousse le système anglais, mais fait à ce sujet une observation qui peut-être n’est pas exemple d’exagération, il dit que, quoique l’Angleterre soit le pays où on lève les plus fortes sommes pour les pauvres, il n’y en a point où le nombre des pauvres soit si grand ; et il ajoute qu’en comparaison de ceux des autres pays, leur sort y est très misérable.

Dans le compte-rendu de Caerlaverock', en réponse à cette question : Comment convient-il de pourvoir aux besoins des pauvres? on remarque judicieusement « que la misère et la détresse croissent en proportion des fonds destinés pour les soulager; que les mesures de charité doivent être inaperçues, jusqu’au moment où les bienfaits se distribuent; qu’en Écosse, dans les paroisses de campagnes, de ‘petites collectes occasionnelles sont en général suffisantes; que le gouvernement n’a que faire de s’en mêler, pour augmenter le cours de ces largesses, qui sont aussi abondantes qu’il est nécessaire; en un mot, que l'établissement d’une taxe pour les pauvres serait non-seulement inutile, mais nuisible; qu’elle tendrait à charger les propriétaires, sans faire aucun bien aux pauvres. »

C’est, à ce qu’il parait, l'opinion dominante dans le clergé d’Écosse. 11 v a toutefois quelques exceptions. Le système de la taxe est approuvé, proposé même, en quelques endroits. Il ne faut pas s’en étonner. Dans plusieurs paroisses, on n'en a pas fait l'expérience; et lorsqu’on n’a pas réfléchi sur le principe de population, ou qu’on n'a pas été témoin des maux que la taxe entraîne dans la pratique, on doit au premier coupd’œil l’envisager comme la forme d’assistance la plus naturelle, puisqu’elle parait offrir un moyen unique de faire contribuer également l'homme charitable et celui qui ne l’est pas, chacun selon sa fortune; et puisqu'on peut, a ce qu’il semble, l’augmenter ou la diminuer aisément, selou que les besoins du moment l’exigent.

Les maladies endémiques et épidémiques tombent en Écosse, comme

• Vol. VH, p. 74. — * Vol. VI, p. 21.

OBSTACLES A LA POPULATION UN ÉCOSSE ET EN IRLANDE. 271 ailleurs, principalement sur les pauvres. Il y a des cantons où le scorbut est envisagé comme une maladie fort grave et dillicile h guérir. Il y en a on il dégénère en une lèpre contagieuse, dont les effets sont effrayants et mortels. I n des rédacteurs des notes statistiques appelle ce mal le fléau et le poison île la nature humaine1. On l'attribue généralement aux situations froides et humides, à une nourriture maigre et de mauvaise qualité, à l'air impur qui s'engendre dans des maisons où la population est entassée, à des habitudes d'indolence et de malpropreté.

('.'est en grande partie aux mêmes causes qu’il faut attribuer les rhumatismes, généralement répandus dans tout le pays, et les consomptions, qui y sont très fréquentes dans la classe inférieure du peuple. Partout où des circonstances particulières ont empiré l’état du pauvre, on a vu ces diverses maladies, et surtout la dernière, exercer beaucoup de ravages.

Des lièvres lentes et nerveuses, d’autres (dus violentes et plus funestes, deviennent souvent épidémiques et enlèvent beaucoup de monde. Mais de toutes les épidémies, celle qui, depuis que la peste a cessé de visiter l’Ecosse, parait y être la plus redoutable, c’est la petite vérole. Elle revient en plusieurs endroits après un certain nombre d’années, formant des périodes régulières ou irrégulières, mais rarement de plus de sept ou huit ans. Les ravages qu’elle fait sont effrayants, quoique dans quelques paroisses ils aient diminué depuis un certain temps. Les préjugés contre l'inoculation y dominent encore. Et comme, dans des maisons petites et fort peuplées, le traitement de cette maladie ne peut manquer d’être fort mauvais; comme d’ailleurs c’est l’usage en plusieurs endroits de visiter librement ceux qui en sont atteints, on peut croire qu’elle est fort destructive, surtout parmi les enfants des pauvres. Dans quelques paroisses des iles Hébrides et de la Haute-Ecosse, le nombre des individus qui habitent la même maison s’est élevé de 4 1/2 ou 5, jusqu’à (î ou 7. Il est facile de comprendre qu’une telle augmentation de nombre, sans aucun moyen nouveau d'aisance et de salubrité, ne peut manquer d’aggraver beaucoup la contagion *.

De tout temps l’Ecosse a éprouvé des années de disette, quelquefois même de vraies famines. Les années 1635, 1680, 1688, les dernières années du 17' siècle, et dans celui qui vient de s’écouler, les années 1710, 1736, 1766, 1778, 1782 et 1783, sont souvent citées comme des

* Paroisse de Forbes et de Kearn (comté d’ Aberdeen), vol. XI, p. 189.

' Ceci, écrit avant 1807, s'applique à des comptes-rendus antérieurs. iNote des traducteurs.)

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