‹ Essai sur le principe de populationChapitre 132 sur 368 · LIVRE II. — CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE X

des naissances et des mariages est affecté par les années de disette et d’abondance.

Dans la paroisse de Dingwall au comté de Ross, après la disette de 1 783, il y eut 1 6 naissances de moins que la moyenne, et 1 i de moins qu’au moindre nombre des dernières années. L’année 1787 fut une année d’abondance, et l'année suivante les naissances crûrent en proportion; il y en eut 17 de plus que la moyenne, et 11 de plus qu’au nombre le plus grand des autres années.

En rendant compte de la paroisse de Dunrossncss», dans les Orcades, l’écrivain rédacteur dit que le nombre annuel des mariages dépend beaucoup des saisons. Dans les bonnes années , ils vont à 30 et audelà; mais lorsque la récolte manque, ils vont à peine à la moitié.

L'accroissement total de la population d’Écosse, depuis l’année 173a, où le docteur Webster eu fit le recensement, est d’environ 260,000 âmes5. Pour suffire à son entretien, il s’est opéré une amélioration proportionnée dans l’agriculture et les manufactures; et la culture des pommes de terre s’est étendue au point qu’en quelques endroits elles sont les deux tiers de la nourriture du peuple. On calcule que l’émigration enlève à l’Ecosse la moitié de cet accroissement de population. Ou ne peut douter que ces émissions d'hommes ne soulagent beaucoup le pays et n’améliorent l’état de ceux qui y restent. L’Écosse est certainement encore aujourd'hui surchargée de population , mais moins qu’elle ne l'était il y a un siècle ou un demi-siècle, époques auxquelles elle contenait moins d’habitants.

On connaît mal les détails de la population de l’Irlande. Je me bornerai à dire que l’usage des pommes de terre l’a beaucoup accrue pendant le cours du dernier siècle*. Le bas prix de celte racine, le peu de terre en culture qui est nécessaire pour nourrir de cet aliment toute une famille, cet état d’ignorance et de barbarie qui porte à suivre ses penchants presque sans prévoyance , ont encouragé le mariage dans ce pays à un tel point, que la population y a passé de beaucoup les bornes des ressources et de l’industrie. Il en est résulté nécessairement, pour

' Vol. III, p. 1. — 1 Vol. Vil, p. 391

* Selon les comptes-rendus dans la dernière estimation qui en a été faite, la population totale de l'Écosse s’élève au-dessus de 1,390,000 âmes; et par conséquent l'accroissement qu’elle a reçu jusqu'au moment actuel est de 320,000. (.Vole de l'auteur.)

* J. -B. Say a dit que la pomme de terre avait triplé la population de l'Irlande !

{J ph. G.)

FÉCONDITÉ DES MAHIAGES. 27S

les dernières classes du peuple un état de misère et d’abaissement extrême. En conséquence, les obstacles b la population en Irlande sont principalement des obstacles destructifs, des maladies occasionnées par la plus déplorable pauvreté, par des habitations humides et malsaines, par des vêtements mauvais et insullisants, par la malpropreté habituelle, et trop souvent par le besoin. A ces obstacles destructifs se sont joints, dans le cours de ces dernières années, le vice et toutes les calamités qu'entraînent les commotions intestines, la guerre civile et la loi martiale1.

CÜAPlTItn XI. — DE LA l'ÉCOKDITÉ DES MARIAGES.

Lorsqu’on connaît la population d’un pays, la loi d’accroissement de cette population, les naissances, les morts et les mariages, il serait bien b désirer que l’on put en conclure, avec quelque assurance, la fécondité des mariages et le nombre proportionnel des individus qui parviennent b l'état de mariage. Peut-être ce problème n’est-il pas susceptible d’une solution exacte ; mais du moins on peut, b l'aide de certaines considérations, approcher de cette solution, et faire disparaître quelques-unes des difficultés qu'offrent souvent les registres relatifs b la population.

Avant tout, il convient de faire observer que, dans les registres de la plupart des pays, il y a lieu de soupçonner plus d'omissions aux tables des naissances et des morts qu’a celles des mariages. 11 suit de laque presque toujours le rapport des mariages est donné plus grand qu’il n’existe réellement. Dans le dénombrement fait récemment dans la Grande-Bretagne, on a lieu de croire les registres des mariages b peu près exacts; et au contraire on sait, d’une manière positive, qu’il y a beaucoup d’omissions dans ceux des naissances et des décès. Il est probable que de pareilles omissions se trouvent dans les registres des autres pays, quoiqu'elles n’y soient pas peut-être eu aussi grand nombre.

Pour nous faire une idée de la fécondité des mariages, pris tels qu’ils se présentent, et eu y comprenant les secondes et troisièmes noces, choisissons, dans les registres d’un pays quelconque , une certaine période déterminée , par exemple, un espace de trente ans, et demandons-nous quel est le nombre des naissances qui ont clé produites par tous les

1 Mallhus dil beaucoup en peu de mots. 11 ne dit pas trop. La pitié s'empare de tous ceux qui visitent ce m.illiiureux pays. [Jph. G.)

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