‹ Essai sur le principe de populationChapitre 134 sur 368 · LIVRE II. — CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE XI

raison, substituons l’espace de 4 auuées à celui de 5 3/4, et probablement nous ne nous écarterons pas beaucoup de la vérité. Sans doute, de pays à pays il doit y avoir b cet égard quelque différence ; moins cependant qu'on ne pourrait croire. En effet, là où les mariages sont très féconds, les naissances doivent en général se succéder à de plus courts intervalles; et réciproquement, là où ils sont moins féconds, les iutervalles des naissances doivent être plus longs. 11 doit résulter de là qu’avec des degrés de fécondité assez différents, la période dont nous nous occupons reste la même'.

11 suit de ces remarques, que plus l'accroissement de la population sera rapide , plus la fécondité des mariages surpassera le rapport des naissances aux mariages que les registres fournissent immédiatement.

La règle donnée ci-dessus doit être envisagée comme une tentative faite dans le but d’estimer la fécondité des mariages pris indistinctement tels que les offrent les registres. Cette fécondité doit être soigneusement distinguée de celle des mariages en premières noces, de celle des femmes mariées et plus encore de celle des femmes en général prises à l’âge le plus favorable. II est probable que la fécondité naturelle des femmes est à peu près la même dans presque tous les pays de la terre; mais la fécondité des mariages est sujette à être affectée par une multitude de circonstances particulières à chaque pays, et entre autres par le nombre des mariages tardifs. En tout pays, les mariages en secondes et troisièmes noces méritent d’être pris en considération , et influent essentiellement sur le rapport moyen de tous les mariages. Selon Sussmilch, dans toute la Poméranie, de 1748 à 1736 inclusivement, le nombre des personnes (pii se marièrent fut de 3(1,956 ; et dans ce nombre il se trouvait 1 0,386 tant veufs que veuves’. Selon llusching, dans la Prusse et la Silésie, en 1781, de 29,508 personnes qui se marièrent, 4,841 étaient veufs ou veuves1; et par conséquent le rapport des mariages sera trouvé trop grand d’un sixième*. S’il s'agissait d’estimer la fécondité des femmes mariées, le nombre des naissances illé-

1 Dans tes pays où il y a beaucoup d’émigrations et d'immigrations , le calcul ne peut manquer d’étre troublé , en particulier dans les villes , où il y a des changements fréquents d'habitants, et où il arrive si souvent que l'on célèbre les mariages de personnes qui n'y sont pas établies, mais qui demeurent dans les campagnes voisines; et l'on ne peut avoir confiance aux conséquences tirées du rapport observé entre les mariages et les naiss-nccs. [Note de l’auteur.)

* Gcelltichc Ordnung , vol. I, tables, p. 98. — * Sussmilch, vol. III, tables, p.93.

* Si l'on emploie sans déduction le nombre total des mariages en registre#, dans le butd'estimerlafécouditédcsmariagcsen premières noces. {Note des traducteurs.)

FÉCONDITÉ DES MARIAGES

gitimcs' ferait une compensation, quoique faible, au nombre excédant de mariages produit par les secondes et troisièmes noces. De plus, comme on a observé qu’il y a plus de veufs que de veuves qui se remarient, il ne faudrait pas appliquer en entier la correction indiquée. Il en serait autrement s’il s’agissait d’estimer le rapport ou nombre proportionnel de ceux d’entre les enfants naissants qui parviennent ii l’état du mariage, et si pour estimer ce nombre on employait le rapport des mariages aux décès. Dans ce cas, qui est celui dont nous allons maintenant nous occuper, la correction indiquée ci-dessus devrait être appliquée en son entier.

Pour déterminer le nombre proportionnel des enfants qui parviennent à l’état de mariage, il faut d’abord soustraire des mariages un sixième, puis comparer les mariages ainsi corrigés avec les décès fournis par les registres, en prenant pour époque une année éloignée de celle qui a fourni les mariages de toute la différence qui existe entre l’âge moyen du mariage et l’âge moyen de la mort.

Ainsi, par exemple, si le rapport des mariages aux décès était celui de 1 à 3, en soustrayant le sixième des mariages, ce rapport se changerait en celui de o à 18, et par conséquent le nombre des personnes qui se marient annuellement en premières noces serait au nomhre des décès, comme 10 est à 18. Supposons maintenant que l’âge moyen de la mort soit à dix ans de distance de l’âge moyen du mariage, et que pendant ces dix années les décès croissent de 1/9; dès-lors le nombre des personnes qui se marient annuellement en premières noces, comparé au nombre des morts annuelles, à la distance de la différence entre l’âge du mariage et l’âge de la mort, sera dans le rapport de 10 à 20. D’où il suivrait que la moitié précisément des enfants qui naissent parviennent à l'état de mariage.

Les observations suivantes pourront servir à faire comprendre le fondement de cette règle.

Dans un pays où la population est stationnaire, les morts sont égales aux naissances lorsqu’on prend sur les registres, afin de les comparer, un même espace de temps ; et le nombre des mariages, ou plus exactement le nombre des personnes mariées , comparé h celui des naissances ou des morts, représentera bien, sous la déduction des secondes

1 Eu France, avaut la révolution, le rapport des naissances illégitimes était 1/47 de toutes les naissances; il est probablement moindre dans la Grandc-ltretagne *

, (finie de l’auteur.)

Vovez pago 449, !« chiffre de-* naitwa lires illégitimes en France en 1333. (//ift. G.)

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