‹ Essai sur le principe de populationChapitre 135 sur 368 · LIVRE II. — CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE XI

et troisièmes noces , le rapport de ceux qui parviennent à l’état do mariage. Mais si la population croit ou décroît, et que les mariages croissent ou décroissent avec elle en même proportion , les morts comparées aux naissances , et les mariages comparés aux naissances et aux morts, cesseront d’exprimer ce qu’ils exprimaient ; à moins que les événements marqués comme contemporains sur les registres ne soient réellement tels dans l’ordre de la nature.

Or, premièrement, il est évideut que la mort ne peut pas être supposée contemporaine de la naissance. Elle doit être envisagée comme en étant séparée par un intervalle de temps égal à la vie moyenne; ou en d’autres termes, à l’âge moyen de la mort. Ainsi, bien que les morts de tous ceux qui sont nés soient actuellement dans les registres ou doivent y arriver une fois, en faisant abstraction de toute émigration, les naissances et les morts enregistrées h la même époque ne donnent point ce résultat. Ce n’est qu’en prenant sur les registres les morts à une distance des naissances égale a la vie moyenne, qu’on peut espérer de trouver ces deux quantités semblables. Moyennant cette précaution , l’égalité des naissances et des décès se manifestera toujours.

Secondement, les mariages d'une année quelconque ne peuvent jamais être contemporains des naissances d’où ils sont provenus. Ils doivent toujours en être séparés par un intervalle de temps égal à l'âge moyen du mariage. Si la population croit, les mariages de l’année présente proviennent d’un nombre de naissances moindre que celui des naissances de l’année actuelle. Par conséquent , les mariages , comparés aux naissances contemporaines , seront toujours en trop petit nombre pour représenter le nombre proportionnel de ceux d'entre tous les enfants qui parviennent h l’état de mariage. Le contraire aura lieu si la population va en décroissant Pour déterminer ce nombre proportionnel, il faut comparer les mariages d’une année avec les naissances d’une année précédente, placée à la distance qu’indique l’âge moyen du mariage.

Troisièmement, l’Age moyen du mariage sera presque toujours beaucoup plus près de l’Age moyen de la mort , qu’il ne l'est du moment de la naissance. Par conséquent, les mariages annuels, comparés avec les morts annuelles contemporaines, se rapprocheront plus du véritable nombre proportionnel de ceux qui parviennent à l’état de mariage, que ne pourraient le faire les mariages comparés avec les naissances'. Les

' Le Ilr Prire observe avec raison {Observ. on revers. Paym ., vol. I, p . 269, 4tli edit.) « que l'effet général d'un accroissement, tant qu'il continue dans un même

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mariages comparés avec les naissances, sous la déduction des secondes et troisièmes noces, ne peuvent jamais représenter le véritable nombre proportionnel de ceux qui parviennent au mariage, à moins que la population ne soit absolument stationnaire. Au contraire, quel que soit le rapport selon lequel la population croit ou décroit, l'âge moyen du mariage peut être égal à l’âge moyen de la mort. Or, en ce cas, les mariages enregistrés comparés aux décès contemporains, sous déduction des secondes et troisièmes noces, représentent le vrai nombre proportionnel de ceux qui parviennent à l’état du mariage'. En général, cependant, tandis que la population est dans un état progressif, l’âge moyen du mariage est moindre que l’âge moyen de la mort. En ce cas, le rapport des mariages, comparé aux morts contemporaines, est trop

pays, est de rendre le rapport des personnes qui se marient annuellement, aux morts annuelles plut grand, et aux naissances annuelles plut petit, que le vrai rapport de ceux qui se marient sur un nombre donne de naissances. Ce dernier rapport est généralement placé entre les deux autres, mais toujours plus prés du premier.» En cela je suis pleinement d'accord avec lui ; mais dans une noté sur ce passage , il me parait commettre une erreur. Il dit que si la fécondité des mariages croit (les probabilité i de vie et l'encouragement au mariage restant les mêmes), les naissances annuelles et les décès annuels croîtraient , les uns et les autres , dans le rapport des mariages annuels. .le conviens que le rapport des naissances annuelles croîtrait; et sur ce point je reconnais l'erreur que j'ai commise dans ma dernière édition en différant de l’opinion de M. l’rice ; mais je persiste à croire que, dans le cas supposé, le rapport des décès aux mariages ne croîtrait pas nécessairement.

I.a raison pour laquelle le rapportées naissances aux mariages croit est que , dans l’ordre de la nature, les naissances précèdent de beaucoup les mariages qui en résultent, et qu'en conséquence leur accroissement doit affecter les registres des naissances beaucoup plus que les registres contemporains où l’on inscrit les mariages. Mais pour les décès il n'en est pas de même. L’Age moyen auquel ils ont lieu est en général plus avancé que celui du mariage. En supposant un tel ordre de dunes, à l’époque, où serait écoulé le premier intervalle de temps entre la naissance et le mariage, il aurait cet effet permanent, que le registre des mariages serait plus affecté que le regisue des morts contemporaines, par l’accroissement des naissances; d'où il s’ensuit que le rapport des décès aux mariages serait plutôt diminué qu'accru. Faute d'avoir remarqué que l’Age moyen du mariage peut bien souvent être beaucoup moins avancé que l’Age moyen de la mort, il est arrivé aussi que la conclusion générale de M. Price, dans la même note, ne se présente pas connue strictement correcte. ( Note de l'auteur .)

1 Le lecteur remarquera que, comme tout ce qui liait meurt, les décès peuvent en certains cas être employés cumule synonymes des naissances. Si nous avions les morts enregistrées correspondant A toutes les naissances qui ont eu lieu dans un pays pendant une certaine période , avec distinction des personnes mariées et non mariées, il est évident que le nombre des personnes mortes mariées, comparé au nombre total des morts , exprimerait exactement le nombre proportionnel des naissances de ceux qui sont parvenus au mariage. { Note de l'auteur.)

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grand pour représenter le vrai nombre proportionnel de ceux qui parviennent au mariage. Pour découvrir ce nombre proportionnel, il faut comparer les mariages d’une année quelconque avec les morts d’une année subséquente, placée dans les registres à une distance telle, qu’elle égale la différence entre l’âge moyen du mariage et l’âge moyen de la mort.

Il n’y a point à la rigueur de liaison nécessaire entre l’âge moyen du mariage et l’âge moyen de la mort. Dans un pays qui offre beaucoup de ressources et où en conséquence la population croit très rapidement, la vie moyenne , ou , ce qui est la même chose , l’âge moyen de la mort, peut s’élever très haut, tandis que les mariages y sont très précoces. En ce cas, les mariages, comparés avec les morts contemporaines dans les registres, même après la correction pour les secondes et troisièmes noces, présenteraient un rapport beaucoup trop grand pour servir d’expression au nombre proportionnel de ceux qui parviennent à l’état du mariage. Dans un tel pays , on peut supposer que l'âge moyen de la mort serait de 4D ans, tandis que l’âge moyen du mariage ne serait que de 20 ans. En ce cas, qui à la vérité est un cas rare, la distance du mariage à la mort serait la même que la distance de la naissance au mariage.

Appliquant maintenant ces observations aux registres en général, nous verrons qu’elles pourront rarement nous donner la détermination exacte du nombre proportionnel de ceux qui parviennent au mariage, parce que nous ne connaissons pas l’âge moyen du mariage; cependant elles nous fourniront à cet égard des lumières utiles et feront disparaître bien des difficultés. On trouvera en général, que dans les pays où le rapport des mariages aux décès est fort grand, il y a lieu de soupçonner que l’âge moyen du mariage est beaucoup moindre que l’âge moyen de la mort.

Dans les tables relatives à la Russie, qu'a publiées M. Tooke et que j'ai citées ci-dessus1, le rapport des mariages aux morts se trouve être celui de 100 à 210. En y appliquant la correction pour les secondes et troisièmes noces, qui consiste à soustraire le sixième des mariages, ce rapport devient celui de 1 00 à 232. Il paraîtrait donc suivre de la que sur 232 naissances , 200 individus sont parvenus à l’état de mariage. Il est bien difficile de croire qu’il y ait aucun pays assez favorable à la santé et à la conservation de la vie, pour que sur 232 enfants naissants, il y en ait 200 qui vivent jusqu’à l’âge auquel ils pourront se marier.

1 Voyez liv. Il, ch. III, p. 173.

FÉCONDITÉ DES MARIAGES

Mais si nous supposons, comme il est probable, que l’âge du mariage en Russie est de 15 années moindre que l’âge moyen de la mort, il faudra en ce cas. pour oblenir le nombre proportionnel de ceux qui parviennent au mariage, comparer les mariages de l'année actuelle avec les morts qui auront lieu 15 ans plus tard. Supposons que les naissances soient aux décès (conformément au rapport indiqué page 184) comme 185 est à 100. tandis que la mortalité est de 1 sur 50; l’accroissement annuel sera 1/60 de la population. Par conséquent, en 15 ans les décès se seront accrus d’un peu plus que 0’28. D’où il résulte que le rapport des mariages de l’année actuelle comparés aux décès qui auront lieu 15 ans plus tard , sera celui de 100 à 522. Ainsi , sur 522 naissances, il doit y avoir 200 individus qui parviennent au mariage. Ce rapport s’accorde assez bien avec tout ce qu’on connaît de la bonne santé des enfants en Russie et de la précocité des mariages dans ce même pays. Comme le rapport des mariages aux naissances y est de 100 à 585, la fécondité des mariages, d’après la règle que nous avons donnée cidessus, sera exprimée par le rapport de 100 à 41 1, c’est-à-dire, que chaque mariage donnera, par une moyenne et en y comprenant les secondes et troisièmes noces, 4’I I naissances.

Il est probable que les tables que nous avons données au commencement du chapitre relatif à la Russie 1 ne sont pas exactes. On y soupçonne avec raison bien des omissions dans les naissances et dans les morts, mais surtout dans celles-ci. Par conséquent, le rapport des mariages, tel qu’il y est donné, se trouve être trop grand. Il peut y avoir encore une autre raison qui a dû grossir ce même rapport. L’impératrice Catherine, dans ses instructions pour un nouveau code de lois, fait mention d’une coutume singulière établie chez les paysans russes: ils marient leurs fils encore enfants à des tilles déjà formées, afin de s’éviter la dépense d’acheter des filles esclaves pour les aider dans leurs travaux. 11 arrive le plus souvent, est-il dit dans l'instruction, que ces personnes deviennent les maîtresses du chef de la famille. C’est surtout sous le point de vue de la population, qne l'impératrice blâme cette coutume. L’effet d’une telle pratique doit être d’augmenter beaucoup le nombre des secondes et troisièmes noces, et par conséquent d’augmenter aussi au-delà des bornes communes le rapport des mariages aux naissances fourni par les registres.

Dans les Mémoires de la Société de Philadelphie*, on en trouve un

1 Voyez le cliap. III, du liv. 11.

1 Trantael. of Ihe Soc. al Philadelphia , vol. lit, n“ Vit, p. ‘-J.

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