OBSTACLES GÉNÉRAUX A LA POPULATION
l’espèce humaine et résulte d’une faculté qui le distingue des animaux brutes ; savoir, de la capacité de prévoir et d’apprécier des conséquences éloignées. Les obstacles qui s’opposent à l’accroissement indéfini des plantes et des animaux privés de raison sont tous d'une nature destructive, ou s’ils sont privatifs, ils n’ont rien de volontaire. Mais l’homme, en regardant autour de lui, ne peut manquer d’être frappé du spectacle que lui offrent souvent les familles nombreuses; en comparant ses moyens de subsistance, qui n’excèdent guère la mesure de ses besoins, avec le nombre des individus entre lesquels il en faudra faire le partage (nombre qui peut bien s’élever jusqu'à sept ou huit, sans que ses moyens soient fort accrus), il éprouve une juste crainte de ne pouvoir faire subsister les enfants qu’il aura fait naître. Tel doit être l’objet de son inquiétude dans une société fondée sur un système d’égalité ', s’il peut en exister de pareilles. Dans l’état actuel , d’autres considérations se présentent. Ne court-il point le risque de perdre son rang, et d’être forcé de renoncer à des habitudes qui lui sont chères? Quelle occupation ou quel emploi sera à sa portée? Ne faudrat-il point qu’il s’impose un travail plus pénible, ou qu’il se jette dans des entreprises plus difficiles que ne l’exige sa situation présente? Ne sera-t-il point dans l’impossibilité de procurer à ses enfants les avantages d’éducation dont il a pu jouir lui-même? Est-il assuré que, si leur nombre s’accroît, tous ses efforts pourront suffire pour les mettre à l’abri de la misère et du mépris qui marche à sa suite? Ne faudrat-il point enfin, pour dernière ressource, renoncer à l’indépendance dont il s’honore, et avoir recours aux dons toujours insuffisants de la charité?
De telles réflexions sont faites pour prévenir, et préviennent en effet dans toute société civilisée, beaucoup d’établissements. Elles empêchent un grand nombre de mariages précoces, et s’opposent à cet égard au penchant de la nature.
S’il n’en résulte pas des vices, c’est le moindre des maux que produise le principe de population. Une contrainte imposée à nos penchants, et surtout à l’un de ceux qui ont sur nous le plus d’empire, produit sans doute momentanément un sentiment pénible. Mais ce mal est évidemment très petit, si on le compare à ceux que produisent les
1 Nous considérons cette observation comme capitale. Avis aux socialistes de toutes les nuances. Plus on perfectionnera l’état social et plus l’excès des populations sera à craindre , à moins qu’ils ne renversent l’asserliou de Malthus. V. plus loin. ( Jph . G.)