‹ Essai sur le principe de populationChapitre 15 sur 368 · LIVRE I. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE I

autres obstacles par lesquels la population est arrêtée. C'est une privation de la même nature que tant d’autres, que doit se prescrire un agent moral.

Quand cette contrainte engendre le vice, les maux qui en sonl la suite frappent tous les regards. Le dérèglement des mœurs, porté au point d’empêcher la naissance des enfants, semble avilir la nature humaine et lui ravir sa dignité. Il produit cet effet sur les hommes, et dégrade encore plus le caractère des femmes; il en efface les traits les plus aimables et qui constituent sa nature. A quoi il faut ajouter, que , de toutes les jiersonnes malheureuses, il n’y en a point peut-être qui soient en proie à plus de maux et plongées dans une plus profonde misère, que ces déplorables victimes de la prostitution dont les grandes villes abondent.

Lorsque la corruption devient générale et s’étend à toutes les classes de la société, son effet inévitable est d’empoisonner la source du bonheur domestique; d’affaiblir les liens d’affection qui unissent enlr’eux les époux, et ceux par lesquels la nature attache les parents aux enfants qui leur doivent le jour; de nuire enfin aux soins de l’éducation. Ce sont là sans doute des causes actives, qui tendent à diminuer le bonheur de la société et qui portent à la vertu une lâcheuse atteinte. Ces maux sont en particulier le résultat des artifices qu’exige la conduite d’une intrigue et des moyens employés pour en cacher les suites. Car il n’y a aucune sorte de vices auxquels de telles pratiques n’entraînent.

Les obstacles destructifs qui s’opposent à la population sont d’une nature très variée. Ils renferment toutes les causes qui tendent de quelque "manière à abréger la durée naturelle de la vie humaine par le vice ou par le malheur. Ainsi on peut ranger sous ce chef toutes les occupations malsaines, les travaux rudes ou excessifs et qui exposent à l’inclémence des saisons, l’extrême pauvreté, la mauvaise nourriture des enfants, l’insalubrité des grandes villes, les excès de tout genre, toutes les espèces de maladies et d’épidémies, la guerre, la peste , la famine.

Si l’on examine les obstacles à l’accroissement de la population que j’ai classés sous deux chefs généraux, cl que j'ai nommés privatifs et destructifs, on verra qu’ils peuvent se réduire aux trois suivants : la contrainte morale, le vice et les souffrances.

Parmi les obstacles privatifs, l’abstinence du mariage, jointe à la chasteté, est ce que j’appelle contrainte morale ( moral restraint ’).

' .l'emploie ici le mol moral dans un sens limité. J'entends par contrainte ino-

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