OBSTACLES GÉNÉRAUX A LA POPULATION. 1S
Le libertinage, les {tassions contraires an vœu de la nature, la violation du lit nuptial, en y joignant tous les artifices employés {tour cacher les suites des liaisons criminelles ou irrégulières , sont des obstacles privatifs qui appartiennent manifestement h la classe des vices’.
Parmi les obstacles destructifs, ceux qui paraissent une suite inévitable des lois de la nature composent exclusivement cette classe que je désigne par le mot de malheur (mûery)'. Ceux au contraire que nous
raie celle qu'un homme s'impose à l’égard du mariage par un motif de prudence, lorsque sa conduite pendant ce temps est strictement morale. Je me suis appliqué dans cet ouvrage à ne m'écarter jamais de ce sens. Lorsque j’ai eu occasion de parler de la contrainte que l'on s'impose à l’égard du mariage , sans avoir égard aux suites d’une telle contrainte , je l’ai appelée tantôt une coutrainte prudente , tantôt une partie de l’obstacle privatif, dont elle est sans contredit la branche principale.
On a dit, qu’en parcourant les différents périodes de la société , je n’avais pas donné assez d’importance à l’effet privatif de la contrainte morale et à l'influence de cette disposition pour prévenir l'accroissement de la population. Mais si l'on fait attention au sens limité que je viens d’indiquer, je crains bien qu’on ne trouve que j’ai eu raison d’envisager l’action de cette cause comme étant aussi peu active, que je l'ai représentée. Je m'estimerais heureux de croire que je me suis trompé à cet égard. (Noie de Fauteur. )
Contrainte morale. Ce mot est une traduction imparfaite de l’anglais moral retir aint. C’est la vertu qui consiste à ne point se marier quand on n’a pas de quoi faire subsister une famille, et toutefois à vivre dans la chasteté. L’auteur distingue la contrainte morale (moral restrainl ) de la simple prudence (prudenlial restrainl ), en ce que celle-ci ne suppose pas nécessairement l'observation rigoureuse des lois de la chasteté. Le mot contrainte est ici relatif à la gène que l'on s'impose à soi-méme. Contrainte , selon l’académie, se dit de la retenue que le respect et la considération exigent d'avoir ; comme dans cette phrase • « C’est une grande contrainte que d’être obligé de se taire dans certaines occasions. » Contraindre , dit ce même dictionnaire , signifie quelquefois gêner quelqu'un , l’obliger à quelque sorte de retenue, qui l'empéche de faire ce qu’il voudrait, ce qui serait de son goôt. On dit d’un homme : « Il est fort libre de son naturel, mais il sait bien se contraindre quand il en est besoin. » (Note det traducteurs.)
■ Il ne faut pas oublier que ce mot peut être remplacé par misère , et qu’il répond au mot misery employé par Malthus. (Jph. G.)
1 Comme le malheur est la conséquence générale du vice, et comme c’est précisément à cause de cette conséquence qu’une action particulière et déterminée est nommée vice , on pourrait croire que le mot malheur serait ici suffisant , et qu'il est inutile d'en joindre un autre. Mais en supprimant le mot vice , nous introduirions une grande confusion dans le langage et dans les idées. Il nous faut un mot qui serve à distinguer cette classe d’action , dont la tendance générale est de produire le malheur, et qui, dans leur effet immédiat, ont quelquefois un résultat tout contraire ; satisfaire ses passions est, quant à l’effet immédiat, se procurer le bonheur et non le malheur. Et même, en certains cas, les suites éloignées d’une telle conduite