LIVRE II. — CHAPITRE XIII
nos jours , est peut-être une des plus inexplicables , quoiqu'elle ait en quelques endroits des retours périodiques réguliers'. Le docteur Short observe qu’en étudiant l’hisloire de cette maladie, on voit qu'elle dépend peu de l’état de l’atmosphère et des saisons bonnes ou mauvaises; qu’on la voit reparaître sous forme d’épidémie, h toute époque de l’année, et en toute espèce de constitution de l’air, quoiqu’à la vérité plus rarement par un très grand froid. On n’a, je crois, aucun exemple bien constaté, qui prouve que celte maladie s’engendre indifféremment chez les personnes de tout état. Je n’entends pas insinuer par celte remarque, que jamais la petite vérole n'ait été engendrée spontanément parla misère et l’entassement dans les habitations; mais je crois pouvoir faire observer, que dans les endroits où le retour de cette maladie a lieu h des intervalles périodiques et réguliers , et où elle exerce de grands ravages parmi les enfants, surtout parmi ceux du peuple, on peut être assuré que la misère et l’entassement dans les habitations précèdent et accompagnent son apparition ; c’est-à-dire, qu’à compter de la dernière époque où la maladie a visité le pays, le nombre moyen des enfants s’est accru : en conséquence , les habitants sont devenus plus pauvres, leurs habitations plus remplies, jusqu’à ce qu’une nouvelle visite du fléau soit venue enlever cette population excédante.
Dans tous ces cas, quelque peu de force que nous accordions an principe de population pour produire immédiatement les maladies, nous ne pouvons nous dispenser de reconnaitre l’influence qu’il a pour disposer à recevoir la contagion , ainsi que pour répandre le mal et l’aggraver.
Le docteur Short observe qu’une épidémie mortelle est généralement suivie d’une période de grande salubrité; ce qu’il attribue à ce que la maladie a emporté tous les hommes d’une constitution délicate’. Il est probable qu’à cette cause s’en joint une autre. Il y a plus de place et plus d'aliments pour ceux qui restent ; et en conséquence l’état des classes inférieures s’améliore. Le même auteur dit encore qu’on voit quelquefois une année très féconde suivie d’une année très malsaine et d’une grande mortalité; et réciproquement, une année de grande mortalité suivie d’une année très féconde; comme si la nature cherchait à prévenir ou à réparer ses pertes. En général, l’année qui suit celles qui ont été malsaines et mortelles est féconde, en proportion du nombre de personnes prêtes à fonder de nouvelles familles qui ont survécu à l.i mauvaise année ».
Ce dernier effet se montre à découvert dans la table relative à la
1 lliil. of air, «cuu.is, vol. II, p. Ht. — »i&irf.,p. 5*1. — ' Se w Obi. p. 191.
Prusse et à la Lithuanie1 *. Il parait, à l’inspection de celle table et des antres tables de Sussmilch, que lorsque, par l'accroissement du produit et par la plus grande demande de travail qui en est la suite, la condition de l’ouvrier s’améliore an point d’encourager puissamment le mariage; l’usage de se marier de bonne heure subsiste généralement, jusqu'à ce que la population s’élève au-delà de la limite que lui assigne l’excès de produit : la suite naturelle de cet état de choses est une année malsaine et une plus grande mortalité. Les registres des divers pays du continent de l'Europe olïrent plusieurs exemples d’un rapide accroissement de population, interrompu par des maladies mortelles. Il semble qu’on en peut conclure que les pays où les subsistances croissent assez pour encourager la population , mais pas assez pour satisfaire à toutes ses demandes, doivent être plus sujets aux épidémies périodiques que ceux où l’accroissement de la population approche davantage d’être proportionnel au produit moyen.
L’inverse n’est pas moins vrai. Dans les pays sujets aux épidémies périodiques, l’accroissement de la population, ou l’excès des naissances sur les morts, est plus grand dans les intervalles des périodes qu’il ne l’est dans les pays qui y sont moins exposés. Si, pendant le cours du dernier siècle , la Turquie et l'Égypte ont été à peu près stationnaires dans leur population moyenne, il faut que, dans les intervalles de temps qui ont eu lieu entre leurs pestes périodiques, les naissances aient excédé les morts dans un plus grand rapport qu’en France et en Angleterre.
C’est pour cela que toutes les estimations qu’on peut faire de la population future, d’après l’accroissement actuel, sont fort incertaines. Sir W. Peltv calculait qu’en 180(1, la ville de Londres contiendrait 5,559,000 habitants9. File n’en contient pas la cinquième partie. Au contraire, M. Eaton a présagé dernièrement l'extinction totale de la population de l'empire turc pour la lin du 19' siècle1, prédiction que l’é vènement ne véritiera point. Si l'Amérique continuait à s’accroître eu population, dans le même rapport qu’elle a fait jusqu’ici, et cela pendant un espace de 150 années; sa population surpasserait celle de la Chine. Mais, quoique toute prophétie soit dangereuse à faire, je hasarderai de prédire qu’un tel accroissement n’aura pas lieu dans un si court espace de temps; quoiqu'il puisse bien arriver qu’il se réalise dans un intervalle plus long, comme serait celui de 5 ou 000 ans.
1 V. le chap. précédent. — ’ l'olilical Àrilhmelic, p. 17.
* Surveij vf lltr Turkish Empire, ch. VII, p. est.