‹ Essai sur le principe de populationChapitre 159 sur 368 · IUŒ III. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

IUŒ III. — CHAPITRE II

Ittbre que ne sout ces établissements dans l’intérieur des terres err Amérique. El comme nous avons supposé que toutes les maisons de l’ilc seraient aérées et saines, et que les encouragements à la population y seraient encore plus grands qu’en Amérique, on ne voit pas de raison pour que le nombre des habitants n’y doublât pas, si cela est possible, en moins de quinze années. Mais pour être sûrs de rester dans notre estimation en deçà de la limite réelle, nous fixerons cette période de doublement à vingt-cinq ans, période plus lente que celle que l’on sait avoir eu lieu dans les États-rnis de l'Amérique.

On ne peut douter que l’égalité établie entre les propriétés, jointe à la direction du travail vers l'agriculture, conformément à nos suppositions, n'augmentât beaucoup le produit du pays. Il ne faut pas croire néanmoins que, pour satisfaire aux demandes d’une population douée d'un accroissement si rapide, la demi-heure de travail par jour, déterminée par les calculs de M. Godwin , pût suffire. Il est probable que la moitié du temps de chaque bomine y devrait être employée. Mais même avec ce travail ou un travail plus grand, toute personne au fait de la nature du sol , du degré de fertilité des terres cultivées et de stérilité des terres incubes, aura quelque peine à croire qu’en vingt-cinq ans on pût en doubler le produit, l-e Seul moyen possible serait de faire passer la charrue sur les terres en prés ou en pâturages, et de renoncer presqu’absolumenl à toute nourriture animale •. Mais probablement un tel plan se détruirait lui-même. En effet, le terrain en Angleterre a besoin d’engrais pour donner de grands produits; et les bestiaux semblent

' Selon un calcul de H. Markic, pour nourrir la population de la Grande-Bretagne avec des végétaux, il suffirait de 2,413,746 acres de bonnes terres, taudisque pour la nourrir avec des aliments lires du règne animal, il en faudrait 44,47.1,478.

Sur quoi l'on peut observer que la population réelle de la Grande-Bretagne, se nourrissant d'aliments mélés et principalement de végétaux, doit employer à ect usage un nombre d'acres intermédiaire plus voisin du premier nombre que du second.

M. Benj. Bell estime à 62 millions d'acres toutes les terres de la Grande-firetagne. Déduisant de ce nombre les terres inutiles à la culture, il en reste 52 millions pour loule espèce de productions. F.l tel est, selon cet auteur, l'état imparfait de l'agriculture anglaise, que île toute cette étendue de terrain, il n’y a que trois millions d'acres qui, étant semés en grains, soient cultivés d une manière convenable : tellement que ces trois millions d'acres p oduisent seuls de quoi pourvoir à peu près A la moitié de la consommation totale que l'ile fait en grains, puisqu'ils rendent 22,500,000 quarters. Ces trois millions d'acres font environ la neuvième partie de toutes les terres qui, dans la Grande-Bretagne, sout destinées au labourage. Delà dise((r,p irResi. Bru., a Généré, Cl icr JJ. Paschoud, tS04. (A'ote dn traitueUurs.

DES SYSTÈMES D'ÉGALITÉ. 5S5

nécessaires pour donner l'espèce d’engrais qui convient le mieux à ce sol.

Quelque difficile qu’il soit d’opérer ce doublement de produit en vingt-cinq ans, supposons toutefois qu’on y soit parvenu. A la lin de celte période, la nourriture, quoique presqu’entièrement végétale, serait du moins suffisante pour entretenir en état de bonne santé la population doublée et portée au nombre de 22,000,000.

Mais durant la période suivante, oit trouvera- t-on de la nourriture pour satisfaire aux importunes demandes d’un nombre d’habitants toujours croissant? Où ira-t-on chercher de nouvelles terres à défricher? Où prendra-t-on les engrais nécessaires pour améliorer celles qui sont en culture? Certainement, parmi ceux qui ont en ce genre quelques connaissances, on n'en trouvera pas qui croient possible d’aecroitre le produit, pendant cette seconde période, d’une quantité égale à celle dont il a crû dans le cours de la première. Nous admettrons cependant cette loi d'accroissement du produit, toute improbable qu’elle soit. I.a force de l’argument que je pose permet de faire des concessions presqu’illimitées. Mais après cette concession, il resterait encore, à l’expiration du second terme, 1 1,000,000 d’individus dépourvus de toutes ressources. Une quantité de produits suffisante pour nourrir sobrement 53,000,000 devrait à cette époque être répartie à 1 1,000,000.

Que devient, hélas! ce tableau où l'on nous peignait les hommes, vivant au sein de l'abondance, sans qu’aucun d’eux eût besoin de s’occuper avec anxiété de ses moyens de subsistance; étrangers au principe étroit de l’égoïsme, libres d’exercer leur intelligence sans s’abaisser aux soins du corps? Ce brillant ouvrage de l'imagination s’évanouit au llambeau de la vérité. L’esprit de bienveillance, que l’abondance lait éclore et alimente, est comprimé par le sentiment du besoin. Les passions basses reparaissent. L'instinct, qui dans chaque individu veille à sa propre conservation, étouffe les émotions plus nobles et plus douces. Les tentations sont trop fortes pour être vaincues. Le blé est cueilli avant sa maturité; on en amasse secrètement au-delà île la portion légitime. Rientrtt tous les vices, qu’engendre la fausseté, naissent et marchent à sa suite. Les subsistances ne vont plus d’elles-mémes chercher les mères chargées d’une nombreuse famille. Les enfants souffrent faute de nourriture. Les vives couleurs de la sanfé font place à la pâleur livide. En vain la bienveillance jette encore quelques étincelles mourantes; l’amour de soi, l'intérêt personnel, étoulfe tout autre principe et exerce dans le monde un empire absolu.

Il n'v a, en tout ceci, aucune de ces institutions humaines, auxquelles

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