‹ Essai sur le principe de populationChapitre 17 sur 368 · LIVRE I. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE II

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taisons évidemment naître nous-mêmes, eomme les guerres, les excès de tous genres, et plusieurs autres maux inévitables, sont d’une nature mixte. C'est le vice qui les suscite, et ils amènent à leur suite le malheur.

La somme de tous les obstacles privatifs et destructifs forme ce que j'appelle l 'obstacle immédiat à la population. Dans un pays où la population ne |K'ut pas croître indéfiniment, l’obstacle privatif et l'obstacle destructif doivent être en raison inverse l’un de l’autre'; c'est-à-dire que dans les pays malsains ou sujets à une grande mortalité , quelle qu’en soit d’ailleurs la cause, l'obstacle privatif aura peu d'inlluence. Dans ceux au contraire qui jouissent d’une grande salubrité et où l’obstacle privatif agit avec force, l’obstacle destructif agira faiblement et la mortalité sera très petite.

En tout pays, quelques-uns des obstacles que nous avons énumérés agissent avec plus ou moins de force , mais d’une manière constante. El malgré l’influence de cette action permanente, il y a très peu de pays -où l'on n’observe pas un constant effort de la population pour croître au-delà des moyens de subsistance. Cet effort constant dans son action, tend non moins constamment à plonger dans la détresse les classes inférieures de la société, et s'oppose à toute espèce d’amélioration dans leur état.

La manière dont agissent ces obstacles, dans l’état actuel de la société, mérite quelque attention de notre part. Supposons un pays où les moyens de subsistance soient précisément suffisants à sa population. L’effort constant, qui tend à accroître celle-ci, et qui, même dans les sociétés les plus vicieuses, ne cesse point d’avoir son effet , ne manque pas d'augmenter le nombre des hommes plus vite que ne

ne sont pas malheureuses pour l’individu, du moins pendant cette vie. Il est très probable qu’il y a eu des commerces illicites qui ont contribué au bonheur présent de ceux qui les ont tonnés et qui n'ont point eu pour eux ici-bas de suites funestes. On ne peut donc pas ranger de telles actions individuelles sous le chef du malheur. Mais elles sont évidemment vicieuses , parce qu'on nomme ainsi une action dont la tendance générale est de produire le malheur, quel que soit d’ailleurs l'effet individuel qu'elle peut avoir en certaines occasions particulières. Or, personne ne peut nier que la tendance générale des commerces illicites ne soit de diminuer le bonheur de la société humaine. {Note de fauteur.)

' Il ne faut pas entendre ceci dans le sens strict et mathématique; mais dans le sens général que l'auteur explique immédiatement à la suite de cette phrase. Si l'on envisage l’obstacle total comme une unité composée de deux parties , il est clair que plus l'une de ces parties sera grande , plus l'attira sera petite. En outre, là mi la mort fait beaucoup de place aux survivants, on s'impose moins de gène relativement au mariage. ( Note des traducteurs.)

OBSTACLES GÉNÉRAUX A LA POPULATION, peuvent croître les subsistances. La nourriture qui suffisait à onze millions d'hommes, par exemple, devra maintenant se répartir à onz.e millions et demi. Aussitôt le pauvre vivra plus dillicilement, et plusieurs seront réduits aux plus dures extrémités. Le nombre des ouvriers étant d’ailleurs accru dans une proportion plus forte que la quantité d’ouvrage ii faire, le prix du travail ne peut manquer de tomber; et le prix des subsistances haussant eu même temps, il arrivera nécessairement que, pour vivre comme il vivait auparavant, l’ouvrier sera contraint de travailler davantage. Pendant cette période de détresse, les mariages sont tellement découragés, et les embarras que cause une famille sont tellement accrus, que la population s’arrête et devient stationnaire. En même temps le bas prix du travail, l’abondance des ouvriers, et l’obligation où ils sont d'augmenter d’activité, encouragent les cultivateurs à employer sur la terre une quantité de travail plus grande qu'auparavant; à défricher les terres incultes; à fumer et améliorer avec plus de soin celles qui sont en culture; jusqu'à ce qu’enfin les moyens de subsistance arrivent au point où ils étaient à l’époque qui nous a servi de point de dé|«rt. Alors la situation de l’ouvrier redevenant moins pénible , l’obstacle mis à la population vient à cesser de nouveau. Et après une courte période, les mêmes marches rétrogrades et progressives ne manqueront pas de se répéter.

Cette espèce d'oscillation ne se manifestera probablement pas à l'œil d’un observateur vulgaire : et il sera peut-être difficile, même au plus attentif, d’en bien calculer les périodes et le retour. Cependant, en considérant mûrement ce sujet, on s’assure que, dans tous les États anciennement constitués, il y a quelque chose de semblable à ces récurrences d'aisance et de détresse; quoiqu’à la vérité d’une manière beaucoup moins marquée et beaucoup moins régulière que je ne l’ai décrite ici.

Une des principales raisons pour lesquelles on n'a pas beaucoup remarqué ces oscillations , c’est que les historiens ne s’occupent guères que des classes les plus élevées de la société. Nous n’avons pas beaucoup d’ouvrages où les usages et la manière de vivre des classes inférieures soient peints avec fidélité. Or, c’est chez ces classes-là que se font le plus sentir les fluctuations dont j’ai parlé. Pour faire sous ce point de vue une histoire satisfaisante d’un jtcuple pendant une période déterminée, il faudrait que plusieurs observateurs s’appliquassent avec une attention soutenue et minutieuse à faire des remarques, tant générales que particulières et locales, sur l’état des classes inférieures et sur les causes de leur bien-être ou de leurs souffrances. Pour tirer en-

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