‹ Essai sur le principe de populationChapitre 166 sur 368 · IL · texte numérisé non relu

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n'en suspend 1’aclion , par amener la faiblesse, la maladie et la mort.

De tels raisonnements ne sont pas de nature h convaincre ceux qui ont étudié le cœur humain. Mais ils ont quelque chose de plausible , et ne peuvent pas être réfutés d'une manière si décisive, que la proposition d’une tentative en ce genre puisse au premier coup-d’œil être taxée d’absurdité.

Le second argument contre les systèmes d’égalité, celui qui se fonde sur le principe de population, a cet avantage que, non-seulement il est généralement et uniformément confirmé par l’expérience de tous les temps et de tous les lieux, mais qu’il est si clair en théorie, qu’oti ne saurait imaginer une réponse à y faire qui ait la plus faible apparence de vérité, et qu’en conséquence il ne laisse aucun prétexte pour entreprendre une nouvelle expérience. C’est une affaire de calcul, et du plus simple calcul, appliqué aux qualités connues du sol, et au rapport existant entre les morts et les naissances, tel qu’on l'observe presque dans chaque village. Il y a plusieurs paroisses eu Angleterre où, malgré la difficulté d'entretenir une famille, qui a nécessairement lieu dausun pays bien peuplé, le rapport des naissances aux morts (sans déduction pour les omissions aux registres) est de2 à 1. Ce rapport, combiné avec celui de 1 à 50, qui exprime la mortalité commune des campagnes, doublerait la population en 41 ans, s’il n’v avait point d'émigration de la paroisse. Mais dans tout système d’égalité, soit dans celui de M. Owen, ou dans l'association paroissiale en terres, non-seulement il n’y aurait aucun moyen de trouver quelque secours en sortant de sa paroisse, mais l’accroissement, dans les premiers temps, serait beaucoup plus considérable qu’il ne l’est dans l’état présent de la société. Qu’est-cc qui préviendrait donc, je le demande, la diminution graduelle de la portion du produit répartie à chaque individu? Qu’est-ce qui empêcherait que celte diminution ne fut portée jusqu’au dernier terme du besoin et de l’indigence1?

1 Dans le sytême Spencéen, tel qu'il a été publié par !e secrétaire de la Société des Philanthropes Speucéens, il arrive par malheur qu'après avoir tait toutes les déductions proposées pour les dépenses du gouvernement et des autres cor|is juges nécessaires, il ne reste absolument rieu ; en sorte que, même au premier moment, le peuple n'aurait pas un sou à partager, et cela dans la supimsition de l'entière abolition de la dette nationale sans la moindre indemnité aux créanciers.

I.a rente annuelle de la terre, des maisons, des mines et (les pêcheries est estimée à 130 millions sterling, ce qui est à peu près le triple de son montant réel. Httoutcfois, en partant de celle estimation exorbitante, on trouve, calcul fait, que la répartition ne s'élèverait guère» qu'à quatre* livres sterling par tète , ce qui ne

LIVliE III. — CIlAWTItE III.

(kilo question est simple et facile à entendre. Personne sans doute ne doit proposer ou appuyer un système d’égalité, s’il est liors d’étal d’y faire une réponse raisonnable, du moins en théorie. Mais même en théorie , je n’ai jamais ouï faire une telle réponse ni rien qui en approchât.

On a fait là-dessus une observation bien superlîeiclle. Il y a contradiction, a-t-on dit, à compter sur l'cOicacité de la contrainte morale dans une société avancée et progressive soumise au système actuel, et de ne pas compter sur son efficacité dans un système d’égalité, tandis que ce dernier système suppose l’instruction fort généralement répandue , et un grand progrès de l’esprit humain. Ceux qui raisonnent ainsi ne voient donc pas que les encouragements et les motifs à la pratique de la contrainte morale sont détruits dans le système d’égalité et de communauté.

Supposons que, dans un tel système, malgré beaucoup d’eflorts pour produire des aliments, la population tende fortement à passer la limite des subsistances, et qu'ainsi la pauvreté devienne universelle. Il est évident que, dans de telles circonstances, pour prévenir la [dus dure famine, il faut que le taux d’accroissement de la population diminue. Mais qui sont ceux qui exerceront la vertu prescrite en ce cas, et qui retarderont l’époque de leur mariage, ou ne se marieront point du tout ? Il ne parait pas que ce soit une suite nécessaire de l’établissement d’un système d’égalité, que toutes les passions humaines soient subitement amorties. Mais si elles doivent subsister, les personnes qui auraient le désir de se marier trouveraient dur d’être du nombre de ceux qui résistent à leurs |iencbants. Tous étant égaux et placés dans des circonstances semblables, on ne saurait voir pourquoi un individu se croirait obligé à la pratique d’un devoir que d’autres dédaigneraient d’observer, il faudrait pourtant que cela se fit, sous peine [tour tous de la plus cruelle souffrance. Dans l’état d’égalité, une telle gêne ne pourrait être obtenue que par une loi. Mais qui la ferait exécuter, et comment en punirait-on la violation? lulligerait-on une flétrissure, montrerait-on au doigt tout homme qui contracterait nu mariage précoce? Lui ferait-on subir la peine du fouet? Le condamnerait-on à plusieurs années de prison? Exposerait-on ses enfants? Tous les châtiments que l’on pourrait inventer pour un délit de cette espèce ne sont-ils pas révoltants, contraires à la nature? Et cependant, s’il est absolument nécessaire,

ou liasse pas en qui est donné à quelques individus sur le fonds de la laxe des pauvres. Misérable fortune I et qui irait tonjunrs en diminuant. (A’of# de fauteur.)

SYSTÈMES D'ÉGALITÉ. ô«

pour prévenir la plus affreuse misère, de réprimer de quelque manière la tendance aux mariages précoces lorsque le pays ne peut nourrir qu’une population lente dans son progrès, l’imagination la plus fertile peut-elle concevoir un expédient plus naturel, plus juste, plus conforme aux lois divines et aux lois humaines tracées par les génies les plus éclairés, que de rendre chaque individu responsable de l’entretien de ses enfants, c'est-à-dire, de faire en sorte qu’il soit assujéli à tous les inconvénients, à tous les embarras qni résultent naturellement de sa facilité ii suivre ses goûts, sans jamais être exposé, à cet égard, à porter la peine des faiblesses d'autrui?

Que le sentiment de la dilliculté d’élever une nombreuse famille ait dans toutes les classes beaucoup d’inlluence pour prévenir les mariages précoces au sein d’une société civilisée; que cette influence doive s'accroître, dans les classes inférieures, à mesure qu’elles croîtront en prudcnee et en lumières, c’est ce dont personne ne peut douter. Mais l'opération de cet obstacle naturel dépend exclusivement de l’existence des lois de la propriété et des successions ; et dans un état d’égalité et de communauté des biens, il ne pourrait être remplacé que par un règlement artificiel d’un tout autre caractère et tout autrement contraire à la nature. C’est ce que M. Ovveu a très bien senti , et il a mis à contribution toutes ses facultés inventives, pour trouver quelque moyen de se soustraire aux dillicultés que doit faire naître le progrès de la population, dans l'ctat social auquel il aspire. L’impossibilité absolue où il s’est vu d’en offrir aucun qui ne fût ou contraire à la nature, ou immoral, ou cruel au plus haut degré, joint au nombre de ceux qui , chez les anciens ' et chez les modernes, ont également échoué dans cette recherche , semble prouver assez que le second argument contre tout système d’égalité, cet argument qui se fonde sur le principe de population, n’admet aucune réponse plausible, mémo eu théorie. Le fait que la population tend à croître au-delà des moyens de subsistance peut être vérifié dans presque tous les registres des paroisses de campagne de l’Angleterre. L’effet inévitable d'une telle tendance pour plonger le corps entier du peuple dans le besoin et dans la détresse, à moins que, de manière ou d’autre, le progrès de la population n’éprouve quelque retard, n’est pas moins manifeste; et l'impossibilité d’opérer ce retard dans un étal d'égalité, sans quelque règlement contraire à la nature.

’ On à déjà vu, au cliap. 13 du liv. I, les détestables moyens de contenir la population, qui ont été proposés par quelques anciens législateurs, dans te but do défendre et de maintenir leur système d'égalité. '-Volt de l'auteur .)

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