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CHAPITRE IV. — de l'émigration

Quoique, dans le plan imaginaire que nous venons de discuter, l’émigration soit impraticable, il faut examiner les ressources qu’elle peut offrir dans la réalité. Il n'est pas probable, sans doute, que l’industrie soit parfaitement dirigée partout à la fois sur la surface de la terre. Si donc, dans les pays bien cultivés, la population devient incommode, il semble que la nature offre à ce mal un remède bien simple, en ouvrant la voie de l'émigration à ces peuplades surchargées, et en les invitant en quelque sorte à se transporter dans les lieux déserts ou moins habités. Et comme ces pays sont d’une étendue immense, cette ressource semble inépuisable, et parfaitement sotlisante pour calmer toute espèce d’inquiétude ît ce sujet, ou du moins pour les rejeter sur un avenir fort éloigné. Mais si nous consultons l’expérience, et que nous jetions les yeux sur les parties du globe où la civilisation n’a pas pénétré, ce prétendu remède ne paraîtra qu'un faible palliatif.

Les relations les pl us certaines des établissements formés dans de nouvelles contrées nous présentent ces tentatives comme étant accompagnées de dangers et de diflicullés plus graves que n'en auraient pu éprouver, dans leur ancienne patrie, ceux qui ont entrepris de la quitter. Le désir de se dérober au malheur qui résulte en Europe de la difficulté de pourvoira l'eutrelien d’une famille aurait laissé longtemps l’Amérique déserte, si des passions plus actives, telles que la soif de

' Nous l'avons dit ail commencement du liv. lit, les arguments de Malthus sont dirigés contre la communauté, plutôt que contre l'égalité qu'il invoque quelquefois, et qui est un corollaire inévitable des doctrines chrétiennes, de la révolution de S9 et de la grande loi de Smith, la division du travail. Les sociétés modernes marchent par la triple impulsion de la religion, de la politique et de la science, vers une organisation égalitaire que les générations actuelles cherchent à formuler, l’n grand travail semble déjà être fait dans l’esprit des penseurs, c'est la séparation de l'égalité et du communisme, dans lequel M. Owen, par exemple, est conduit à l’irresponsabilité humaine, et qui porte dans son sein l'insoluble problème de la paresse.

Il est à regretter que .Malthus n'ait pas eu sous la main les autres systèmes publiés de nos jours. Ils eussent été [tour lui l’objet d'un examen consciencieux. Mais complet ou non, ce passage de l'essai de Malthus est une des plus fortes critiques qui aient été faites de ces idées dont quelques-unes, prétendues nouvelles, remontent a rlatoll. 'J]’h. II.)

ÉMKiRATIO.N.

l’or, le goût (les aventures, l'enthousiasme religieux, n’y avaient jeté de nombreux colons, et ne leur avaient fait surmonter les obstacles de toute espèce qui s'opposaient a leur établissement. Souvent même ces expéditions furent accompagnées de circonstances qui font frémir l’humanité, et qui étaient en opposition directe avec la tin vers laquelle l'émigration doit tendre. Quoi qu'on doive penser des habitants actuels du Mexique et du Pérou, on ne peut lire le récit de la conquête de ces deux pays, sans être frappé de cette triste pensée, que la race des peuples détruits était supérieure, en vertu aussi bien qti’en nombre, à celle du peuple destructeur.

Les parties de l’Amérique où les Anglais s’établirent étant très peu peuplées, semblaient plus propres à l’établissement des nouvelles colonies. Celles-ci cependant éprouvèrent les plus grandes dillicullés. A la Virginie, où VV. llaleigh commença, et où lord Delaware acheva un établissement de ce genre, trois tentatives successives échouèrent complètement. La moitié à peu prés de la première colonie fut exterminée par les sauvages; le reste, harassé, en proie à la famine, abandonna le pays et revint dans son ancienne patrie sans ressource et sans espérance. La seconde colonie périt d’une manière inconnue : on croit que les indigènes égorgèrent toute cette peuplade , dont on n’a jamais eu de nouvelles. La troisième eut le même sort. La quatrième enlin fut réduite, par la faim et la maladie, dans l’espace de six mois, de 300 à 00, et retournait en Angleterre dans le plus déplorable état, lorsqu’elle fut rencontrée, à l’ouverture de la baie de Chesapeak, par lord Delaware, qui avait avec lui des provisions et toutes sortes de moyens de défense et de secours

Les premiers colons puritains qui s’établirent dans la .Nouvelle-Angleterre, étaient en très petit nombre. Ils y abordèrent dans une mauvaise saison, et vécurent entièrement des provisions qu’ils y avaient apportées. L’hiver fut prématuré et rigoureux. Le pays était couvert de hois, et fournissait fort peu de productions propres à servir de rafraîchissements à des hommes fatigués d’une si longue traversée , et de moyens de subsistance à un peuple naissant. Le scorbut, le besoin , la rigueur du climat, en lirenl périr à peu près la moitié. Ceux qui survécurent ne furent point abattus. Soutenus par leur courage et par la satisfaction de se voir soustraits à l’autorité dans les affaires spirituelles, ils forcèrent enlin celte terre sauvage à les nourrir*.

1 liurkc’i America , vol. Il, p. 219. — Robertson, liv. IV', p. 83, 86. Antjl 1 Burke't .Itncricn, vol. Il, p. m.

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