I.IVIIF. 111. — CHAPITRE IV
!.a colonie même «le la Rarbadc, qui s’accrut ensuite avec tant de ra|>idilê, rencontra les plus grands obstacles à son établissement. Au sein d’un pays désolé, privée de vivres, obligée d'abattre des forêts dont les arbres étaient d'une grandeur et d'une dureté extraordinaires, elle lit d’abord les plus chétives récoltes, et ne subsista que des secours précaires qu'elle reçut de la mère patrie '.
I.es tentatives des Français, en 1665, pour faire à la Guyane un puissant établissement, eurent les plus fatales suites. Douze mille hommes furent débarqués dans la saison des pluies et mis sous des tentes. Là, dans l’inaction et le besoin, livrés à tous les ravages de la contagion et à tous les désordres qu'entraîne la paresse, presque tous périrent dans le désespoir. Deux mille d’enlr’eux , que la force de leur constitution avait fait résister à tant de maux, furent ramenés en France; et les titi millions qui avaient été consacrés à celte expédition furent perdus sans ressource*.
L'établissement récent de Port-Jackson, dans la Nouvelle-Hollande, a présenté pendant plusieurs années, au rapportée M. Collins, l'aspect le plus triste; et cette colonie à eu à lutter contre des dillicultés de tout genre pour atteindre l'époque où ses produits ont pu suffire à sa consommation. Il faut convenir qu'elles étaient aggravées par le caractère des colons. Mais celles qui dépendaient de l'insalubrité d’un sol nouvellement défriché, de la perte des premières récoltes, de l’incertitude des secours envoyés par la mère patrie, suffisaient pour répandre le découragement; de telles difficultés font assez sentir combien, pour établir une colonie dans des contrées sauvages , il faut de ressources et d'appui , et quelle indomptable constance doit se joindre à tous les moyens de succès.
Il en faut encore plus pour réussir dans de pareilles entreprises, au milieu des pays mal peuplés d’Europe et d’Asie, car là le caractère guerrier des habitants et leur puissance nécessitent l’emploi d'une grande force militaire, pour se mettre à l'abri d’une entière et prompte destruction. Les plus puissants empires ont peine à couvrir leurs frontières et à défendre le cultivateur des attaques de quelques voisins turbulents. L'impératrice de Russie Catherine II se vit contrainte de protéger, par des forteresses régulières, les colonies qu’elle avait établies près du Volga. Les calamités auxquelles ses sujets furent exposés par les incursions des Tartares de la Crimée lui fournirent un prétexte, juste
’ Ifurkc's Amrricas vol. Il, |>. 85.
* li.iynaf, llist. des Indet) !. VII, liv. Mil, p. 45, 10 vol. in-8B, 17Ü5.