LIVRE I. — CHAPITRE II
suite de pareilles observations quelques conséquences 'sûres et applicables à noire sujet, il faudrait une suite d'bistoircs écrites d'après ccs principes qui s’étendit à plusieurs siècles. On a commencé , il n’y a pas longtemps, dans quelques pays à cultiver cette branche de la statistique 1 ; et de telles recherches, constamment suivies, répandront sans doute du jour sur la structure interne du corps social. Mais on peut dire qu’à cet égard la science est encore dans l’enfance ; et il y a plusieurs questions importantes sur lesquelles nous sommes privés de toute information , ou du moins nous n’avons que des données imparfaites. Quel est le nombre des mariages, comparé à celui des adidtes? À quel point la difficulté de se marier favorise-t-elle le vice? Quel est le rapport de la mortalité des enfants chez les pauvres et chez les riches? Déterminer les variations du prix réel du travail. Observer, à différentes périodes, le degré d'aisance et de bonheur dont jouissent les classes inférieures de la société. Dresser enfin des registres très exacts des naissances, des morts et des mariages. Ce dernier objet , en particulier, a, dans le sujet que nous traitons, la plus haute importance *.
l ue histoire fidèle du genre humain, où ces questions se trouveraient résolues, jetterait beaucoup de jour sur la manière dont agit l’obstacle constant qui arrête la population. Et il est bien probable qu’on y reconnaîtrait ces mouvements rétrogrades et progressifs dont j’ai parlé, quoique la durée de ces oscillations doive être fort irrégulière par l’influence de diverses causes. Ces causes perturbatrices sont très variées : tel est l’établissement ou la chute de quelques manufactures , l’ardeur ou l’in-
' les questions judicieuses que le chevalier J. Sinclair a proposées en Écosse, et les faits qu'il a rassemblés sur celte partie de la Grande-Bretagne font beaucoup d'honneur à son zèle et à scs lumières. Son ouvrage est d'ailleurs un monument qui atteste le savoir et le jugement du clergé de ce pays-là. On peut regretter qu'on n'v ait pas réuni les paroisses contiguës , ce qui aurait aidé à se faire une idée nette de l’état de chaque district, et facilité la mémoire. Quant aux répétitions et aux contradictions même qu’on y trouve, elles ont assez peu d'inconvénient et servent même d'appui A la confiance du lecteur. Tel qu’il est, ou avec peu de changements, s’il contenait des registres exacts et complets pour les ISO dernières années, ce recueil serait d'un prix inestimable , et offrirait un tableau plus fidèle de l’état intérieur du pays, qu'aucun des écrits publiés sur ce sujet. Mais la plus active diligence ne pourrait suffire à ce but. {Noie de l'aulcur.)
* ta statistique a commencé à répondre aux desiderata que signalait Malthus. C’ost une justice que notis nous plaisons à lui rendre. Voyez dans V Annuaire de l'Économie politique de ts 11 , les chiffres que l'aulcur de ces notes a recueillis. Quant à l'histoire, scs adeptes semblent encore trop imbus des préjugés classiques ou universitaires, pour s’aider de l’économie politique dans l'appréciation des événements dont la plupart ont passé inaperçus. (Jph . G-)
Digiti;
obstaci.es généraux a la population.
différence pour les entreprises d’agriculture, des années d’abondance ou de disette, des guerres, des maladies , des lois relatives aux pauvres, des émigrations et nombre d’autres.
Une cause encore, qui a pu souvent masquer ces oscillations, c’est la différence entre le prix réel du travail et son prix nominal. Celui-ci baisse rarement partout à la lois; mais on sait assez que souvent il reste le même, tandis que le prix nominal des subsistances hausse graduellement. C’est ce qui aura généralement lieu, si le commerce et les manufactures reçoivent assez d’accroissement pour suffire à l’emploi des nouveaux ouvriers jetés sur le marché, et pour prévenir l’augmentation d’offre que doit occasionner la baisse du prix en argent '. Mais une augmentation du nombre des ouvriers qui reçoivent les mêmes salaires en argent doit nécessairement produire, par l’effet de la concurrence des demandes, une hausse dans le prix monétaire du blé. Au fait, c’est une baisse réelle du prix du travail. Pendant tout le temps que cette hausse graduelle des subsistances dure, l’état des classes inférieures 11e peut manquer d’empirer graduellement. Au contraire, les fermiers et les capitalistes s’enrichissent par le bas prix du travail. Leurs capitaux croissent et les mettent en état d’employer un plus grand nombre d’hommes. Sur quoi il faut remarquer, que la difficulté de soutenir une. famille s’étant accrue, a dû nécessairement porter quelque atteinte à la population. Il devra donc arriver au bout d’un certain temps que lÿ demande du travail sera grande en proportion de l’offre. Par conséquent , Wjfirix réel du travail croîtra, si rien n’empêche que ce prix ne se mette h Sêm niveau. C’est ainsi que les salaires, et par l’a même la condition des classes inférieures, éprouveront des baisses et des hausses, des mouvements rétrogrades et progressifs, quoique le prix nominal du travail ne baisse point.
Les sauvages, chez qui le travail n’a pas un prix réglé, n’en sont pas moins exposés, sans doute, aux mêmes oscillations. Lorsque leur population s’est élevée jusqu’au niveau qu’elle ne peut franchir, tous les obstacles qui en préviennent l’accroissement, et ceux qui la détruisent.
1 Si les nouveaux ouvriers jetés chaque auuée sur le marché ne peuvent trouver d'emploi dans l'agriculture, leurs demandes, se faisant mutuellement concurrence, peuvent faire tellement baisser le prix du travail en argent, que l'accroissement de la population ne produise aucune nouvelle demande effective de blé. En d’autres termes, si les propriétaires de terres et les fermiers ne pouvaient ohtenir qu’une quantité additionnelle de travail agricole en échange du produit additionnel qu’ils feraient naître, ils ne seraient pas engagés à le faire naître. (A'ofc de l'auteur .)