‹ Essai sur le principe de populationChapitre 175 sur 368 · LIVRE III. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE V

n’aurait pu être subitement accrue, il aurait été impossible de distribuer aux pauvres une somme additionnelle de sept millions sterling sans entraver les opérations du commerce. Ainsi, dès le commencement de cette assistance démesurée, qui ne pouvait manquer d’occasionner, danstous les rangs de la société, une dépense proportionnelle en denrées, il se serait élevé une grande demande de l’instrument commun de circulation. Mais l’instrument de circulation en usage se trouvait être de nature ii se multiplier immédiatement sur la demande qu’on en faisait. II parait, par les comptes de la banque mis sous les yeux du parlement, que ce n’est pas de là que partirent les grandes émissions additionnelles de papier. Les trois millions et demi, ajoutés à scs précédentes émissions moyennes, n’étaient probablement pas fort au-dessus de la somme nécessaire pour remplacer les espèces métalliques retirées de la circulalion. L’or en ce temps se montrait en si petite quantité que cette conjecture acquiert beaucoup de poids. En l’adoptant, on sera porté h croire que la partie de la circulation dépendant de la banque, bien que changée dans sa nature, n'avait pas été fort accrue; et du reste, quant à l’effet de l'instrument de circulation sur le prix des marchandises, on ne peut douter qu’il ne soit le même lorsqu’il consiste principalement en guinées, que lorsqu’il se compose de billets de banque ou de shellings qui remplacent les guinées, et sont reçus comme monnaie courante.

Ainsi, ce fut principalement aux banques de provinces que fut laissé le soin d’accroître le fonds destiné h servir d’instruments de circulation ; et l’on pouvait bien s’attendre à les voir saisir avec empressement cette occasion de s’enrichir. Les émissions des banques de province doivent se régler sur la quantité de leurs billets qui restent en circulation ; or, en supposant la confiance bien établie , cette quantité dépend de. la somme nécessaire pour les affaires du voisinage qui se résolvent en argent. Le haut prix des denrées rendait ces opérations plus chères. Dans le seul article du payement hebdomadaire des salaires, en y comprenant les assistances paroissiales, il est de toute évidence qu’on éprouvait le besoin d’une très grande addition à la somme servant d'instrument de circulation dans chaque arrondissement. Si les banques de provinces avaient tenté d’émettre une aussi grande quantité de papier sans y cire acheminées par de nouvelles demandes, elles auraient bientôt été averties de leur erreur par la rentrée urgente et rapide de leurs billets; mais h cette époque, on manquait de monnaie pour l'usage immédiat et journalier, et le papier qui en faisait office était avidement absorbé dans la circulation.

LOIS SUIt LES PAUVRES.

On peut même mettre en question si , dans de telles circonstances, les banques de provinces n’auraient pas fait à peu près d’aussi fortes émissions, lors même que la banque d’Angleterre n’aurait pas été autorisée à suspendre les payements en espèces. Avant cette suspension, les émissions des banques de provinces étaient réglées par la quantité de billets que la circulation pouvait employer; et après, comme avant, elles étaient obligées de payer les billets qui revenaient sur elles en papier de circulation de la banque d'Angleterre. La principale différence entre les deux cas provient de la pernicieuse coutume, adoptée depuis la suspension , d’émettre des billets d’une et deux livres sterling, ainsi que de la petite préférence qui pouvait porter plusieurs personnes à rechercher, faute d’or, un papier plutôt que l’autre, et k mettre entre les billets de la banque d’Angleterre et ceux des banques de provinces une nuance d’estime.

La très grande niasse de papier émis par les banques de province dans le cours des années 1800 et 1801 , fut donc évidemment, dans l’origine, l’effet plutôt que la cause des hauts prix des denrées alimentaires; mais une fois absorbée dans la circulation, elle ne put manquer d’affecter les prix de toutes les marchandises, et d’opposer beaucoup d’obstacles au retour des bas prix. C'est là le grand mal produit par ce système. Pendant la disette, on ne peut douter que l’accroissement de circulation, en prévenant les embarras du commerce, n’ait mis le pays en étal de poursuivre plus constamment ses diverses occupations industrieuses, et d’importer plus de grains qu’il n’aurait fait sans cela ; mais ces avantages à temps ont été achetés au prix d’un mal durable, et la difficulté de réabsorber cette circulation accrue peut rendre permanents les prix d’une disette passagère.

Sous ce rapport toutefois, il est heureux que la grande émission de papier soit venue des banques de provinces plutôt que de la banque d’Angleterre. Tant que dure la suspension des payements en espèces, si les billets de banque deviennent surabondants, il n’y a aucun moyen de forcer la banque à les reprendre. Mais il n’en est pas de même des banques de province; dès que la circulation n'a pas besoin de leurs billets, on les leur rapporte; et dans ce cas , si les billets de la banque d'Angleterre ne sont pas multipliés, la somme destinée k la circulation se trouve diminuée.

C’est un bonheur pour l’Angleterre, que les deux années de disette aient été suivies de deux évènements les plus propres k rétablir l’abondance et les bas prix : une riche récolte et la paix. Ces deux évènements produisirent une conviction générale d’abondance dans l’esprit des

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