LIVRE IU. — CHAPITRE V
s'apercevoir que les deux propositions sont à très peu près de même nature, et que l’une et l’autre tendent directement à la famine. 11 n’importe guères que nous mettions l’ouvrier en état d’acheter la même quantité de vivres qu'il achetait auparavant, en en fixant le prix, ou en élevant en proportion le prix du travail. Le seul avantage de ce dernier procédé est que la hausse du prix des vivres, qu’il force nécessairement, encourage l’importation. Mais si l’on fait abstraction de toute importation, que la guerre et d’autres circonstances peuvent en effet rendre impraticable , une hausse universelle des salaires en proportion du prix des vivres, favorisée par d’abondantes assistances paroissiales à tous ceux qui n’ont point d’ouvrage , aurait, pour prévenir l’épargne, tout l’effet d’un maximum; elle ferait consommer en neuf mois une récolte qui aurait dû servir pour douze, et produirait enfin la famine.
N’oublions pas toutefois que l’humanité et une vraie politique requièrent impérieusement que, dans de telles circonstances, les pauvres reçoivent tous les secours que la nature des choses permet de leur donner. Si les denrées alimentaires se soutenaient au prix de disette, il faudrait bien que les salaires haussassent, ou que bientôt la maladie et la faim diminuassent le nombre des ouvriers. Il arriverait donc que l’offre du travail étant inférieure à la demande, son prix hausserait dans un plus grand rapport que celui des vivres. Mais même une ou deux années de disette, pendant lesquelles les pauvres seraient laissés à eux-mêmes pour se faire de nouvelles ressources, pourraient produire quelque effet de ce genre. Il est donc de notre intérêt, comme il est de notre devoir, de leur donner dans les années de détresse, quelques secours temporaires. C’est dans ces occasions que les succédanées du pain d’un prix moins élevé, et tous les moyens d’épargner la nourriture doivent être mis en usage. Et encore ne faut-il pas èlrc si prompt à se plaindre du haut prix du blé , puisqu’on encourageant l'importation, il augmente nos moyens de subsistance et supplée à l’insullisancc de nos provisions.
Comme l'ineflicacilé des lois sur les pauvres et des tentatives faites pour élever forcément le prix du travail est plus sensible en temps de disette, j'ai cru qu’il m’était permis de m’arrêter b les considérer sous ce point de vue. Et comme ces causes de hausse ont reçu dans la dernière disette un grand accroissement de force par l'augmentation des fonds destinés à la circulation, j’espère que le petit nombre d’observations que j’ai faites sur ce sujet sera considéré comme une digression pardonnable.
LOIS SUIt LES PAUVRES.