CHAPITRE VI. — des lois sur les pauvres. (Suite
Indépendamment de toute considération relative ‘a la mauvaise récolte d’une année particulière, l'accroissement de la population, sans aucun accroissement correspondant dans les subsistances, diminue nécessairement la valeur du gain de l’ouvrier. Car un tel accroissement force à diviser la nourriture que peut fournir le pays en portions moindres, en sorte que le travail d’un jour n’en peut plus acheter autant qu’auparavant. Celte circonstance ne peut manquer d'élever le prix des vivres. Mais la hausse dans le prix des vivres ne dépend pas seulement de cette cause, elle peut aussi provenir d’un changement opéré dans la distribution de l’argent parmi les membres de la communauté. En effet, dans un pays qui est très anciennement peuplé, si la quantité des vivres croit, ce n’est que d’une manière lente, régulière et presque insensible; ces variations ne peuvent se prêter aux demandes qu’occasionnent des changements subits dans la distribution de l'argent. Il ne faut pas douter que cette circonstance ne soit une de celles qui influent sur les variations qu’éprouve sans cesse le prix des subsistances.
L’une et l’autre des causes que je viens de mentionner agissent en Angleterre pour empirer le sort du pauvre. Premièrement, les lois sur les pauvres y tendent manifestement à accroître la population, sans rien ajouter aux moyens de subsistance. Un homme pauvre peut s’y marier avec peu on point de moyens de soutenir une famille, pareequ’il compte sur les secours de sa paroisse. Ainsi les lois y créent les pauvres qu'elles assistent II faut donc, par l’effet de celte institution, que les subsistances se répartissent en portions moindres. D’où il arrive que le travail de ceux qui ne sont point assistés achète une moindre quantité d’aliments qu'auparavanl. Et, par une conséquence inévitable, le nombre de ceux qui ont recours à l’assistance doit augmenter sans cesse.
Secondement, la quantité d’aliments qui se consomme dans les maisons de travail (Work-houses), et qui s’y distribue à une partie de la société qu'on ne peut envisager comme la plus précieuse, diminue d’autant les portions qui sans cela seraient réparties à des membres de la société plus laborieux et plus dignes de récompense. Ainsi encore cette institution tend ù forcer un plus grand nombre d’hommes à retomber à sa charge. Si les pauvres occupés dans les maisons de travail y étaient mieux nourris et entretenus qu’ils ne le sont, cette nouvelle distribution d’argent tendrait plus fortement encore à empirer le sort de ceux qui travaillent hors de ces maisons, parce qu’elle contribuerait plus efficacement h hausser le prix des subsistances.
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