‹ Essai sur le principe de populationChapitre 179 sur 368 · LIVRE Ut. — CHAPITRE Vf · texte numérisé non relu

LIVRE Ut. — CHAPITRE Vf

Heureusement il y a encore chez les paysans quelque répugnance à recourir h l’assistance. C’est un sentiment que les lois sur les pauvres tendent à eflacer. Elles n’y ont que trop réussi ; et si elles avaient eu à cet égard leur plein et entier effet, on n’aurait point pu se dissimuler, comme on l’a l'ait, leur pernicieuse influence.

C’est dans les cas particuliers une dure maxime: mais enfin il faut que l’assistance ne soit point exempte de honte. C’est un aiguillon au travail, indispensable pour le bien général de la société. Tout effort qui tend à affaiblir ce sentiment , quelque bienveillant qu’il soit dans le principe, produit un effet directement contraire à celui qu’on en attend. Quand on tente des hommes pauvres de se marier en comptant sur l’assistance de la paroisse, non-seulemeut on les engage à se mettre eux et leurs enfants dans le malheur et la dépendance, ce qui est envers ces derniers un acte de dureté et d’injustice, mais on les entraine, sans qu’ils s’en doutent eux-mêmes, h faire un tort réel k tous ceux qui sont dans la même situaüon qu’eux.

Les lois sur les pauvres, telles qu’elles existent en Angleterre, ont contribué k élever le prix des subsistances, et k abaisser le prix réel du travail. Elles ont donc contribué k appauvrir la classe du peuple, qui ne vit que de son travail. Il est bien probable d’ailleurs qu’elles ont contribué k faire perdre aux pauvres les vertus de l’ordre et de la frugalité, qui se font remarquer d'une manière si honorable dans la classe de ceux qui font quelque petit commerce ou qui dirigent de petites fermes. En ôtant le goût et la faculté de faire quelques épargnes, ces lois enlèvent un des plus puissants motifs au travail et k la sobriété. Par-lk même, elles nuisent essentiellement au bonheur.

Les maitres se plaignent généralement, dans les divers ateliers de manufactures, que les gros salaires ruinent leurs ouvriers. Il est difficile de croire que ces ouvriers ne fussent pas disposés k épargner, pour eux et leurs familles, quelque partie de ces salaires, au lieu de les dissiper follement, s’ils ne comptaient en cas de malheur sur l’assistance de leur paroisse.

Que les pauvres employés dans les manufactures envisagent celte assistance comme une raison de dépenser tout ce qu’ils gagnent et de l’employer k leurs propresjouissane.es présentes, c’est ce que prouve suffisamment le nombre de familles qui, k l’instant de la chute d’une grande manufacture, tombent k la charge des paroisses; quoique les salaires payés par cette manufacture, k l’époque où elle florissait, surpassassent le prix commun du travail et pussent permettre une épargne qui aurait pu sullire aux ouvriers pour passer d’un état k un autre.

LOIS SUli LES PAUVRES.

Tel homme que n'arrête pas la crainte de laisser sa femme et ses enfants h la charge de sa paroisse s'il meurt ou s'il tombe malade, et que cette crainte n’empcche pas d'aller au cabaret, pourrait bien hésiter h dissiper ainsi ses gains, s'il était sûr qn’après lui ou [tendant sa maladie sa famille mourrait de faim, ou n'aurait d'autre ressource que quelques libéralités accidentelles.

La masse du bonheur , dans le peuple , ne peut manquer d’être diminuée, lorsque l’on enlève les plus grands obstacles à la paresse et à la dissipation; et lorsque des institutions positives, dont l'effet est de rendre si générale la pauvreté et la dépendance, alfaihlissent le sentiment pénible qui, par des raisons d'humanité, devrait y être constamment attaché.

Les lois sur les pauvres ont été incontestablement établies dans des vues pleines de bienveillance. Mais il est très évidentqu'ellesn’ont point atteint leur but. On doit convenir, qu'en quelques cas, elles diminuent la souffrance. Mais en général le sort des pauvres, assistés par les paroisses, est fort déplorable. D’ailleurs, pour mettre le pauvres portée de cette pénible assistance , il a fallu assujétir toute la classe du peuple à un système de règlements vraiment tyranniques. Quelque soin qu’on ait pris de les amender, ils n’en sont pas moins contraires à toutes nos idées de liberté. La persécution que les paroisses font éprouver à ceux qu’elles craignent de voir tomber k leur charge, surtout lorsqu'elles se dirigent contre les femmes prêtes d’accoucher, sont odieuses et révoltantes. La gêne que ces lois occasionnent, dans l’offre et la demande du travail, tend k accroître les embarras, contre lesquels ont k lutter ceux qui cherchent k se tirer d’affaire par eux-mêmes et qui veulent éviter l’assistance.

Ces maux-lk semblent inséparables de l’institution. Si l’on veut des établissements pour distribuer des secours k une certaine portion du peuple; il faut confier k quelqu'un le pouvoir de choisir ceux qui doivent être secourus et d’administrer les secours. Il est impossible que ces inspecteurs ne se rendent pas incommodes. Et en effet les pauvres se plaignent d’eux. Mais c’est moins leur faute que celle de l’institution.

Je suis persuadé que si les lois des pauvres n’avaient jamais existé en Angleterre, bien qu’il y eût eu peut-être un petit nombre de cas ajoutés k ceux où se fait sentir la plus dure détresse, la somme totale du bonheur eût été plus grande chez, le peuple qu’elle ne l’est k présent.

Le vice radical de tous les systèmes de cette nature est d’empirer le sort de ceux qui ne sont pas assistés, et de créer un plus grand nombre de pauvres. En effet, si l'on examine quelques-uns des statuts anglais

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