LIVKE III. — CHAPITRE VI
relatifs à cet objet, et qu’on les compare aux conséquences inévitables du principe de population , on verra qu'ils prescrivent ce qu’il est absolument impossible de faire. En sorte qu’il n’y a pas lieu de s’étonner qu’ils manquent constamment leur but.
Le fameux statut de la 43'” année d’Élisabeth, qu’on a souvent cité avec admiration , est ainsi conçu : « Les inspecteurs des pauvres prendront les mesures nécessaires, de concert avec les juges de paix, pour faire travailler tous les enfants que leurs parents ne seront pas en état d’élever, ainsi que toutes les personnes, mariées ou non, qui n’ont ni fortune ni gagne-pain. Ils lèveront, par semaine ou autrement, une taxe sur les habitants et propriétaires de terres de leur paroisse, suffisante pour se procurer le lin, le chanvre, la laine, le ül , le fer cl les autres articles de manufacture, necessaires pour donner aux pauvres de l’ouvrage. »
Que signifie une telle injonction, si ce n’est que les fonds destines au travail peuvent croître à volonté; et qu’il suffit pour cela d’un ordre du gouvernement, ou d’une taxe mise par l’inspecteur? Il ne serait pas plus déraisonnable d’ordonner qu’il vienne deux épis de blé partout où jusqu’ici la terre n’en a produit qu’un.
Quand Canut défendait aux vagues de toucher ses pieds royaux, il n’usurpait pas un pouvoir plus grand sur les lois de la nature. Aucune direction n’est donnée aux inspecteurs pouraccroitre les fonds destinés au maintien du travail. On n'insiste point, h ce sujet, sur la nécessité de l’activité, de l’économie, de l’intelligence, des efforts constants et bien dirigés pour le bon emploi des capitaux agricoles et commerciaux ; mais on parait s’attendre à voir ces fonds s’accroître immédiatement à la suite d'un édit du gouvernement abandonné pour l’exécution à l’ignorance de quelques officiers de paroisse.
Si cette loi était strictement exécutée, et que la honte de l’assistance fût effacée, un ouvrier, quelque pauvre qu’il fût, pourrait se marier en pleine assurance et aussitôt qu'il lui eu prendrait la fantaisie, puisque scs enfants auraient, dans tous les cas, de quoi vivre. Dès-lors la population, n’étant point arrêté parla pauvreté, croîtrait sans mesure. Après tout ce qui a été dit dans la première partie de cet ouvrage, le lecteur peut juger s’il est au pouvoir du gouvernement le plus puissant et le plus éclairé de proportionner les subsistances à un tel accroissement. Et si cela est impossible avec l’administration laplus parfaite, que sera-ce de celle qui tend à diminuer et non à augmenter les fonds destinés h mettre le travail en activité?
Dans l'état actuel de tous les pays de l’Europe, la puissance de peu-
LOIS SUR LES PAUVRES
5fit»
pler semble toujours prèle h se déployer dans toute sa force. Mais rien de plus difficile, rien de moins soumis ;t la volonté des gouvernements, que l’art de diriger le travail et l’industrie, de manière à obtenir la plus grande quantité de subsistances que la terre puisse produire. On ne pourrait y parvenir qu'en portant atteinte b la propriété, qui a été jusqu’ici le fondement de toutes les institutions utiles. Quant à la puissance de peupler, telle est la disposition générale au mariage, surtout chez les jeunes gens, que, si la difficulté de pourvoir aux besoins d'une famille venait à être enlevée, on verrait fort peu de célibataires à l’âge de vingt-deux ans. Quant aux subsistances, au contraire, où est l’homme d’état, où est le gouvernement raisonnable, qui osât proposer de prohiber toute nourriture animale, de supprimer l’usage des chevaux, tant pour l’agrément que pour l’utilité; de contraindre le peuple entier à vivre de pommes de terre ; de diriger le travail et l’industrie exclusivement vers la production de cette denrée, à l’exception de ce qui est nécessaire pour se loger et se vêtir? En supposant la possibilité d’une semblable révolution, serait-il convenable de l’opérer? Surtout si l’on vient à réfléchir que, malgré tous ces règlements forcés, en peu d’années on serait en proie aux besoins auxquels on aurait voulu se soustraire, et avec beaucoup moins de ressources pour y subvenir.
Dès qu’un pays est sorti de la situation particulière où se trouve une colonie naissante, ni la culture ni le gouvernement ne peuvent y produire assez de subsistances pour opérer dans la population un accroissement illimité. Par cette raison le règlement de la 43' année d’Élisabeth, envisagé comme une loi permanente, est d’une exécution physiquement impossible.
On dira peut-être que cette théorie est contredite par le fait ; que ce règlement a continué d’être en vigueur, et qu’il a été exécuté pendant deux siècles consécutifs. Je réponds sans hésister qu’il n’a pas été exécuté, et que c’est parce que l’exécution n’en a pas été complète, qu’il reste encore inscrit dans le recueil des statuts.
Les secours insuffisants que l’on donne aux malheureux, la manière insultante et capricieuse dont ces secours sont distribués, le juste sentiment de fierté qui subsiste encore chez les paysans, ont suffi pour écarter du mariage ceux qui ont le plus de sens et d’élévation, lorsqu'ils ne pouvaient élever une famille qu’aux dépens de la paroisse. Le désir i d’améliorer son sort et la crainte de l’empirer sont, pour le corps politique, ce qu’est, pour le corps humain, la force intérieure qui lutte contre les maladies Cette force secrète * résiste efficacement aux
' Vit medicQlrix nulurœ. — * Vit medicalrix reipub/ietP. (Note de l'auteur }.