LIVRE III. — CHAPITRE VI
ment du marché. Bien plus, il faut souvent que lui-même contribue, sur le salaire de son travail, à fomenter cette concurrence; en sorte que les fonds destinés à alimenter le travail sont détournés d’un emploi profitable et versés dans une fabrique qui ne peut se soutenir qu’à l’aide d’une gratification. En général, il est bon de faire oliserver que lorsqu’on lève des fonds pour le travail par voie de collecte ou de contribution, la plus grande partie des sommes ainsi obtenues ne sont pas un nouveau capital mis en activité, mais un capital depuis longtemps employé d’une manière profitable qu’on jette dans un emploi différent, où il doit donner moins de profit. Le fermier paye à la taxe des pauvres, pour encourager une mauvaise manufacture qui ne donne aucun profit, des fonds qui, versés sur la terre, auraient été employés d’une manière infiniment plus avantageuse pour le pays. Dans l'un de ces emplois, les fonds destinés au travail décroissent; dans l'autre, ils croissent journellement. La tendance manifeste qu’ont les contributions pour les pauvres h diminuer les fonds réels destinés au travail, présente sous un aspect encore plus absurde l’opinion que le gouvernement peut à son gré trouver de l’occupation pour tous ces malheureux, quelque rapide qu'en soit leur accroissement.
En présentant ces réflexions, mon dessein n’est pas de les opposer à toute espèce d'emploi du travail des pauvres, et de condamner ce qu’on peut faire en petit , pour exciter leur activité , sans favoriser leur accroissement. Quoique les principes généraux ne doivent jamais être perdus de vue, je ne voudrais point non plus en repousser l’application au-delà des justes bornes. Il y a des cas où le bien particulier que l'on procure est si grand et le mal général si petit, que le premier doit l’em- .porter dans notre esprit
Mon intention est uniquement de faire voir que le système général des lois sur les pauvres repose sur une erreur, et que rien n’est plus vain que certaines déclamations sur ce sujet, qui se répètent dans les conversations et dans les livres. Dire que le prix du travail devrait suffire à C entretien d'une famille, qu'il faudrait fournir de l'ouvrage à tous ceux qui ne demandent qu'à travailler, c’est vraiment dire, en d'autres termes, que les fonds destinés au travail, dans le pays dont il s'agit, sont infinis ; qu'ils ne sont sujets à aucune variation; que sans égard aux ressources du pays rapidement ou lentement progressives, stationnaires ou rétrogrades , le pouvoir de donner de l'ouvrage et de bons salaires aux classes ouvrières doit toujours rester exactement le même. Cette assertion contredit les principes les plus simples et les plus évidents de l’offre et de la demande, et renferme implicitement
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LOIS SUR LES PAUVRES
cette proposition absurde, qu’un territoire limité peut nourrir une population illimitée