‹ Essai sur le principe de populationChapitre 187 sur 368 · LIVRE IH. — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE IH. — CHAPITRE VII

saute, une telle pratique était le seul moyen d’empécher les salaires de suivre dans leur hausse celle des objets de première nécessité, à quelque prix que ceux-ci se fussent élevés par l’effet de la taxe. En conséquence on a vu que dans les parties de la Grande-Bretagne où cette pratique a prévalu le moins, les salaires ont haussé le plus. C’est ce qui a eu lieu en Ecosse et dans quelques parties du nord de l’Angleterre , où l’amélioration de l’état des classes ouvrières , et l’accroissement de leurs moyens de commander les objets de première et de seconde nécessité ont été singulièrement remarquables. Si dans quelques autres parties du pays, où cette pratique ne s’est pas beaucoup propagée, et spécialement dans les villes, les salaires n’ont pas haussé dans le même rapport, cela a été dû à l'allluenceet à la concurrence de la population élevée à peu de frais dans les provinces environnantes.

(/est une remarque fort juste d’Adam Smith que les tentatives de la législature (tour hausser la paye des pasteurs ( curâtes ) ont toujours été sans effet, à cause du nombre des sujets qui s’offrent pour remplir ces places et du bas prix dont ils se contentent ; circonstances dues aux bourses ou gratitications accordées dans les universités aux jeunes élèves qui se livrent h l’état ecclésiastique. Il est également vrai qu’aucun effort humain ne pourra maintenir le salaire de l’ouvrier à un taux qui rende celui-ci capable de soutenir par son gain une famille médiocrement nombreuse, aussi longtemps que ceux qui ont plus de deux enfants seront considérés comme ayant droit à l'assistance paroissiale.

Si ce système devenait universel (et j’avoue que les lois sur les pauvres me semblent naturellement y conduire), il n’y a aucune raison pour que les secours de paroisse ne se donnent pas de jour en jour avec plus de facilité, et je n’hésite point à affirmer que si le gouvernement et la constitution du pays étaient à tout autre égard aussi parfaits que le visionnaire le plus contiant se flatterait de pouvoir les faire; si les parlements étaient annuels ; si l’on établissait le suffrage universel ; s’il n’y avait ni guerres, ni taxe, ni pensions; si la liste civile était réduite à 1 ,300 livres sterling par an, la grande masse de la société pourrait encore fort bien n’etre qu’une communauté de pauvres '.

On m’a accusé de proposer une loi pour défendre aux pauvres de se marier. Cela n’est pas vrai. Bien loin d’avoir proposé une telle loi, j’ai dit distinctement que si un individu voulait se marier sans avoir une espérance légitime d’être en état d’entretenir sa famille, il devait avoir

1 Mnllhus revient souvent à cet ordre d’idées. Nous l’avons signalé en premier lieu, p. 13. Voyez aussi ce qu’il ditdes systèmes d'égalité. [Jpk. Ci.)

LOIS sua LES PAUVRES.

la pins pleine liberté de le faire ; et toutes les fois que des propositions prohibitives m’ont été suggérées, comme convenables, par des personnes qui avaient tiré de fausses conséquences de ce que j’avais dit, je les ai toutes fermement et uniformément réprouvées. Je suis en effet de la manière la plus décidée de l'opinion que toute loi positive pour limiter l’âge du mariage 1 serait injuste et immorale; et de toutes mes objections à un système de communauté et à celui des lois sur les pauvres (deux systèmes qui , bien que différents dans leur origine, sont de nature à produire les mêmes résultats), la plus grande est que la société, dans laquelle on réussirait à les réaliser, serait finalement réduite à la triste nécessité d'opter entre la détresse universelle et la mise en vigueur de lois directes contre le mariage.

Ce que j’ai proposé est une mesure bien différente. C’est l'abolition graduelle , et même très graduelle , des lois sur les pauvres ». La raison pour laquelle j’ai hasardé une proposition de cette espèce est la ferme conviction où je suis que ces lois ont décidément fait baisser les salaires des classes ouvrières et ont rendu généralement leur condition plus mauvaise qu’elle n’aurait été, si ces lois n’avaient jamais existé. Partout leur effet a été de déprimer, mais il s’est fait sentir plus durement sur les classes ouvrières dans les grandes villes. Dans les paroisses de la campagne , les pauvres reçoivent dans la réalité quelque compensation à l’exiguité de leurs salaires; leurs enfants, au-delà d’un certain nombre, sont réellement entretenus par la paroisse; et quoique ce doive être un sentiment bien pénible pour un ouvrier de penser qu’il lui est presque impossible de se marier sans devenir père d’une famille de pauvres, s’il peut se faire à cette idée, il y a du moins pour lui quelque espèce de compensation. A Londres , au contraire , et dans toutes les grandes villes de l'Angleterre, le mal est supporté sans la compensation. I>a population, qui dans les campagnes est le fruit des sommes gratuitement répandues, reflue naturellement et nécessairement dans les villes, et tend de même naturellement et nécessairement à y faire baisser les salaires; tandis qu’au fait ceux qui se marient dans les villes, et qui ont de grandes familles, ne reçoivent aucun secours de leurs paroisses, à moins qu’ils ne soient dans la plus extrême détresse et prêts à mourir de faim ; en somme, l’assistance que les classes manufacturières obtiennent

1 Entre personnes nubiles! Cela est évidemment sous-entendu . ( Noie de* traducteurs.)

• Assez graduelle pour n'affecter aucun individu qui soit actuellement vivant, ou qui doive naître dans les deux années prochaines, {fiole de l' auteur.)

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