CHAPITRE VIII. — nu svstbme agricole
Comme il est dans la nature de l’agriculture de produire des subsistances pour un nombre de familles plus grand que celui qu’exige la culture, on serait peut-être porté à croire qu’une nation strictement . , attachée au système agricole aurait toujours plus d’aliments qu'il n’en
' * * • faudrait pour nourrir ses habitants, et que jamais sa population ne serait ' ” ~ ’ ■* * ‘ ' arrêtée par le manque des moyens de subsistance.
• • Il est à la vérité incontestable que l’accroissement du nombre des
habitants d’un tel pays ne pourrait être arrêté immédiatement, ni par le manque du pouvoir de produire, ni même par le déficit du produit actuel du sol comparé avec la population. Mais si l’on considère de plus près l’état des classes ouvrières, on verra que les salaires réels de leur travail sont tels qu’ils arrêtent et règlent leur accroissement, parce qu’ils arrêtent et règlent leur pouvoir de commander des moyens de subsistance.
1 Voyez ce qui est dit au liv. III, cli. VI; liv. IV, ch. VI, el appendice, liv. V, ch. II. ( Jph . G.)
SYSTÈME AGRICOLE
Dans certaines circonstances de sol et de situation , il peut se faire qu’un pays, qui manque de capitaux, trouve son avantage à acheter des marchandises étrangères avec son produit brut , plutôt qu’à les fabriquer chez lui; et dans ce cas il crée nécessairement plus de produit brut qu’il n'en consomme. Mais un tel état de choses ne peut guères s’accorder avec la permanence du sort des classes inférieures de la société ou du taux de leur accroissement. Dans un pays où prédomine exclusivement le système agricole, où le travail en masse s'applique h la terre, le sort du peuple est sujet à presque tous les degrés de variation.
C’est sous le système agricole peut-être que l’on peut observer à cet égard les deux extrêmes ; des exemples d’un état des pauvres aussi bon que l’on peut le souhaiter, et des exemples du sort le plus triste que l’on ait jamais rencontré.
Là où il y a abondance de bonnes terres, où rien ne s’oppose à l’achat et à la distribution qu’on en veut faire, où d’ailleurs il y a au dehors pour le produit brut des débouchés faciles, il doit arriver à la fois que les profits des fonds et les salaires du travail se maintiennent hauts. Ces profits et ces salaires élevés, s’il règne d’ailleurs assez généralement des habitudes d’économie, ne peuvent manquer de fournir des moyens d’accumulation rapide des capitaux, jointe à une demande de travail grande et soutenue ; tandis que le rapide accroissement de la population , qui en est la suite, maintient au même point la demande du produit et prévient la baisse des profits. Si le territoire est vaste et la population petite en comparaison, les terres peuvent, pendant un certain espace de temps, manquer de bras et de capitaux. C’est dans de telles circonstances que le travail, sous le système agricole, peut commander une portion des choses nécessaires à la vie plus forte qu’en aucune autre situation , et que la condition des classes inférieures est la meilleure.
La seule déduction à faire à leur richesse dans ces circonstances-lb, est celle qui résulte de la basse valeur relative du produit brut.
Si une partie considérable des ouvrages faits, que l’on emploie dans un tel pays , se paye par le produit brut qu’il exporte, il faut que la valeur relative de ce produit brut y soit plus basse , et celle des ouvrages faits plus haute, que dans les pays avec lesquels ce commerce a lieu. Or, là où une portion donnée de produit brut ne commande pas autant d’ouvrages faits et de marchandises étrangères qu’il en peut commander ailleurs, la condition de l’ouvrier n'a pas, pour son exacte mesure, la quantité de produit brut qui lui tombe en partage. Si, par exemple, le gain annuel d’un ouvrier, dans un certain pays, s’élève à une somme équivalente à quinze quarters de froment, tandis que dans un autre, ce