‹ Essai sur le principe de populationChapitre 192 sur 368 · LIVRE III. — ClIAl’ITltE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE III. — ClIAl’ITltE VIII

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avantage relatif dans les matières brûles qu’emploienl les manufactures du pays, el il y en a plus encore dans les produits étrangère tant bruts que fabriqués. La valeur échangeable de nourriture que l’ouvrier irlandais gagne en sus de ce qu'il consomme pour lui et sa famille, ne peut aller beaucoup au-delà de ce qui sullit à le loger, à le vêtir et à lui procurer quelques objets de commodité. Il résulte de là que sous ces derniers rapports sa condition est fort misérable, quoique ses moyens de subsistance, tels qu’il les trouve, soient comparativement abondants.

Eu Irlande, le prix du travail eD argent n’est guères plus de la moitié de ce qu’il est eu Angleterre. La quantité de nourriture gagnée par de tels salaires ne compense nullement ce qui leur manque en valeur; et la partie que l'ouvrier irlandais aura de reste, le quart ou le cinquième peut-être , ne lui permettra pas d’étendre beaucoup ses achats d'ouvrages faits et de marchandises venant du dehors. Dans les États-Unis, au contraire, le prix du travail, même en argent, est presque double de celui d’Angleterre. L’ouvrier américain ne peut pas à la vérité acheter, avec la nourriture qu’il gagne, des ouvrages faits et des marchandises venues du dehors aussi bon marché que l’ouvrier anglais, mais la quantité supérieure de celte nourriture compense sa moindre valeur. Sou sort, comparé à celui de l'anglais, n’est pas aussi supérieur que l’indiquerait le rapport de leurs moyens de subsistance, mais en tout il est préférable. Et l’on peut dire en général que les États-Unis offrent l’exemple d’un système agricole dans lequel le sort des classes ouvrières est meilleur qu’il ne l’est en aucun autre pays connu.

On rencontre bien plus fréquemment des exemples de pays où, sous le système agricole, les classes inférieures sont dans une situation très misérable. Lorsque l’accuntulation du capital s'arrête, quelle qu’en soit la cause, la population tarde à s’arrêter, et croit toujours jusqu’à ce qu’elle ait atteint la dernière limite des moyens de subsistance, autant que le permettent les habitudes des classes inférieures de la société; en d’autres termes , les salaires réels baissent, jusqu’à ce qu’enlin ils soient réduits à ce qui sullit précisément et sans aucun reste à maintenir la population à l'état stationnaire. Si celaalieu, comme il arrive souvent, dans un temps où les terres abondent encore et où le capital est rare, les profils des fonds seront naturellement élevés; mais le blé sera à bon marché, à cause du nombre des terres, de leur fertilité et de l’état stationnaire de ht demande qu'on en fait , et ce bas prix se maintiendra malgré les hauts profits des fonds ; tandis que ccs hauts profits , joints au manque d’habileté et à l'imperfection de la division du travail, qui sont la suite inévitable du manque de capitaux, rendront chères com-

SYSTÈME AGRICOLE

paralivemenl toutes les marchandises manufacturées. Un tel état de choses sera naturellement défavorable au développement de ces habitudes de prudence et de contrainte morale, qui sont le plus souvent le fruit de l'aisance et de la coutume établie de jouir d'un bien-être durable; il y aura donc lieu de s'attendre h voir la population croître sans s’arrêter, jusqu’à ce qu’enlin les salaires, même estimés en nourriture, soient extrêmement bas. Mais dans un pays où les salaires estimés en nourriture sont bas, et où cette nourriture a uue valeur relative très basse en comparaison de celle des produits des manufactures, soit étrangères, soit domestiques , le sort des classes ouvrières doit être le plus mauvais qu’il puisse être.

La Pologne et quelques parties de la Russie, la Sibérie et la Turquie d’Europe, fournissent des exemples de ce genre. En Pologne, la population semble être presque stationnaire ou très lentement progressive ; et comme la population et le produit y sont l’un et l'autre faibles, en comparaison de l’étendue du territoire, on peut en conclure avec assurance que les capitaux y sont rares et toutefois lentement progressifs, il suit de là que la demande du travail y croit fort lentement, et que les salaires réels , ou la portion des objets de nécessité et d’utilité que peuvent commander les classes ouvrières, est telle que la population ne s'élève pas au-dessus du niveau des objets de consommation auxquels ces classes peuvent atteindre. Comme d’après l’état du pays, les paysans ne peuvent point avoir été accoutumés à jouir d’une certaine aisance et de beaucoup d’objets de commodité, il est probable que les obstacles à la population y sont plutôt du genre destructif que du genre privatif.

Là toutefois le blé abonde et on en exporte annuellement en grande quantité. Ce n’est ni la puissance de produire des aliments, ni même la quantité qui en est actuellement produite dans un pays, qui y limite et règle la population, mais bien la quantité qui, dans l’état de choses actuel, est assigné à l'ouvrier, et le taux d’accroissement des fonds appropriés à cet emploi.

Dans le cas dont il s’agit, la demande de travail est très petite, et bien que la population soit peu considérable, elle l’est trop pour que le faible capital du pays puisse suflire à la mettre en activité. Le sort de l’ouvrier est donc déprimé, parce qu’il n’est en état de commander en nourriture qneeequi suflit au maintien d’une population stationnaire ou qui croit très lentement. 11 est déprimé en outre par la basse valeur relative de la nourriture qu’il gagne, parce que l’excédant quelconque qu’il peut en avoir ne lui donne qu’une très faible puissance d’acheter des produits de manufacture ou des marchandises étrangères.

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