CHAPITRE VIII
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Dans de telles circonstances, on ne peut s’étonner que toutes les relations de la Pologne en représentent les classes inférieures comme fort misérables. Les autres parties de l'Europe qui ressemblent à la Pologne pour l’état de la terre et du capital, offrent le même tableau.
Pour rendre justice néanmoins au système agricole, il faut observer que l’obstacle prématuré qui s'oppose à l’accroissement du capital et à la demande du travail, et qui se fait sentir dans quelques contrées en Europe où la terre continue de produire avec abondance, n’est pas dû à la direction particulière de leur industrie, mais aux vices du gouvernement et à la forme de l’établissement social , qui arrête le développement plein et naturel de celte industrie dans la direction qu’elle suit.
On ne cesse de citer la Pologne comme un exemple des déplorables effets du système agricole. Mais on ne peut équitablement alléguer une telle preuve. La misère de la Pologne ne provient pas de ce qu’elle dirige principalement son industrie vers l’agriculture; elle provient du peu d’encouragement qu'on y donne à l’industrie de tout genre, à raison de l’état de la propriété et de la condition servile du peuple. Aussi longtemps que la terre sera cultivée par des paysans dont le travail ne peut donner aucun produit qui ne devienne aussitôt la propriété de leurs maîtres; aussi longtemps que la société en masse se composera de ccs êtres dégradés et des seigneurs propriétaires de vastes terres, il n’y aura évidemment aucune classe d’hommes en état de faire des demandes égales il l’excès du produit du sol, ou d’accumuler un nouveau capital et d’accroître la demande du travail. Dans ce triste état de choses, le meilleur remède serait sans doute l’introduction des manufactures et du commerce; elle délivrerait la masse du peuple de l’esclavage et donnerait un stimulant il l’industrie et à l’accumulation. Mais si le peuple était déjà libre et industrieux, si la propriété foncière était aisément divisible et aliénable , il pourrait convenir encore à un pays tel que la Pologne, d’acheter de l’étranger les plus beaux ouvrages de manufacture dont il a besoin, en les payant avec son produit brut, et de continuer ainsi, pendant un grand nombre d’années, à être un pays agricole. Et toutefois, sous l'influence de ces circonstances nouvelles, elle offrirait un tableau totalement différent de celui qu’elle présente aujourd'hui; le sort du peuple y ressemblerait plus à celui du peuple des États-Unis, qu’au sort des habitants des contrées de l’Europe dont la civilisation est en retard. Les États-Unis d’Amérique sont peut-être, dans les temps modernes, le seul exemple qu’on puisse citer de l’application libre et naturelle du système agricole. Dans tous les pays de l'Europe, et dans la plupart des colonies qu’elle a formées hors de son
SYSTÈME AGRICOLE
sein, de formidables obstacles gênent encore l’emploi du capital sur la terre; obstacles dus aux restes de la féodalité. Mais ces obstacles qui ont essentiellement nui à la culture n’ont pas, tant s’en faut, encouragé en proportion les autres branches d’industrie. Le commerce et les fabriques sont nécessaires h l’agriculture, mais l’agriculture est encore plus nécessaire au commerce et aux fabriques. Il sera toujours d’une vérité incontestable, que le surplus du produit obtenu par les cultivateurs, pris dans un sens étendu, mesure et limite l’accroissement de la partie de la société qui ne travaille pas b la terre. Partout le nombre des fabricants, des commerçants, des propriétaires et de ceux qui exercent des emplois civils ou militaires, doit se proportionner exactement à ce surplus de produit; et, par la nature même des choses, ne peut s’accroître au-delà. Si la terre avait été avare de ses produits, au point d'obliger tous ses habitants à travailler pour les obtenir, il n’aurait existé ni oisifs ni fabricants. Mais dans ses premiers rapports avec l’homme, elle lui Gt des dons gratuits, bornés, il est vrai, mais suflisanls comme fonds de subsistance pour s’en procurer de plus grands. Et la faculté de s’en procurer de tels résulta pour l’homme de cette propriété qu’a la terre d’être susceptible de produire , à l’aide de la culture, beaucoup plus d’aliments et de matières propres au vêtement et au logement, qu’il n’en faut pour nourrir, vêtir et loger ceux qui la cultivent. Celte qualité est la base du surplus de produit qui distingue d’une manière particulière le travail de la terre. En proportion du travail et de l’intelligence qui s’y sont appliqués, le surplus du produit a augmenté, et un plus grand nombre de personnes ont eu le loisir de s’occuper de toutes les inventions variées qui embellissent la vie civilisée; et en même temps le désir de proûter de ces inventions n’a point cessé de stimuler les cultivateurs et de les engager à faire croître le surplus de leurs produits. Ce désir parait nécessaire pour donner au surplus du produit toute sa valeur et pour encourager à l’accroître, parce qu’avant que le fabricant achève son ouvrage, il faut qu’on lui avance les fonds nécessaires b sa subsistance; en sorte qu’on ne peut faire un pas dans aucune espèce d’industrie, sans que les cultivateurs obtiennent du sol plus que ce qui suffit b leur consommation.
Lorsqu’on dit que le travail de la terre est particulièrement productif, si l’on n’a en vue que le fermage net en argent qui en revient b un certain nombre de propriétaires, on considère le sujet sous un point de vue très étroit. Il est vrai que cette rente , à une époque avancée de la société, constitue la portion la plus évidente et la plus considérable du surplus de produit en question. Mais ce surplus peut également