‹ Essai sur le principe de populationChapitre 196 sur 368 · LIVRE 111. — CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE 111. — CHAPITRE IX

prix doivent tomber jusqu'à ce que les fonds et le travail employés dans cette direction cessent de donner des profits inusités. Ainsi , bien qu’à l'origine de cette fabrication , le produit du travail d'un homme en un jour ait pu s’échanger contre une quantité de nourriture su (lisante h quarante ou cinquante; à une époque subséquente, il se peut qu’il ne suffise pas à dix. Dans le commerce et la fabrication du coton en Angleterre, qui a pris une si prodigieuse extension pendant ces vingt-cinq dernières années, la concurrence étrangère a jusqu’ici eu peu d’influence (1816). La grande baisse qui a eu lieu dans le prix des étofTes de coton a été due presque en entier à la concurrence domestique ; et cette concurrence a tellement surchargé les marchés au dedans et au dehors, que les capitaux actuellement employés à celte fabrication , malgré l’avantage particulier que leur donne l’économie du travail, ont cessé d’avoir aucune faveur quant aux profits. Bien qu’au moyen des admirables machines employées à filer le coton, un enfant, une jeune fille , puisse faire autant d’ouvrage qu’un adulte aurait pu en faire cidevant, ni les salaires de l’ouvrier, ni les profits du maître, ne sont plus élevés que dans les emplois de fonds où on ne fait point usage de machines et où le travail n’est pas si ingénieusement épargné.

Le pays toutefois a beaucoup profité de cette épargne. Non-seulement ceux qui l’habitent ont eu , pour se vêtir, des étoiles meilleures avec moins de dépense de travail et de propriété, ce qui doit être considéré comme un avantage grand et permanent, mais les hauts profits temporaires de celte fabrication ont occasionné une grande accumulation de capital, et par suite une grande demande de travail , en même temps que l'extension donnée aux marchés extérieurs et les valeurs ajoutées dans le marché intérieur, ont créé une demande des produits de toute espèce d'industrie, agricole et coloniale, commerciale et manufacturière, suffisante pour prévenir la baisse des profits.

L’Angleterre, par l’étendue de ses terres et par ses riches possessions coloniales, a un vaste champ pour l’emploi de son capital croissant, et le taux général de ses profits n’est pas réduit aisément et rapidement par l’accumulation. Mais un pays, tel que nous le considérons, principalement occupé de manufactures, et incapable de diriger son industrie vers une aussi grande variété d’objets, verrait plus vite décroître ses profits par l’accroissement de son capital. Aucune invention de machines, aucun talent supérieur à cet égard, ne pourrait l’empécher après un certain temps, de voir les salaires et les profits bas; et par une suite naturelle , la population arrêtée.

Troisièmement, un pays qui est oblige d’acheter des nations étran-

SYSTÈME COMMERCIAL

gères les matières brutes de ses manufactures et les moyens de subsistance de sa population , dépend presque entièrement, pour l’accroissement de sa richesse et de sa population , de l’accroissement de richesse et de demandes des pays avec lesquels il commerce.

On a dit quelquefois qu’un pays manufacturier n'est pas plus dépendant de celui qui lui fournit la nourriture et les matières brutes, qu'un pays agricole ne l’est de celui qui les fabrique pour lui; mais c’est là réellement un abus de mots. Un pays qui a de grandes ressources en terres peut trouver qu’il y a pour lui un avantage décidé à employer la principale partie de son capital à la culture et à importer les ouvrages de manufacture dont il a besoin. C’est souvent un moyen d’employer son iudustrie d’une manière plus productive et d’augmenter son fonds plus rapidement. Mais si la lenteur de ses voisins à fabriquer, ou toute autre cause, oppose un grand obstacle à l’importation des ouvrages faits, ou même l’arrête totalement, un pays pourvu de nourriture et de matières premières ne peut être bien longtemps en peine. Pendant un temps, il est vrai, il ne sera pas bien pourvu du produit des fabriques, mais il s'élèvera bientôt des manufacturiers et des artisans qui acquerront peu à peu une habileté passable '. Dans ces circonstances, à la vérité, le capital croîtra moins rapidement, mais il pourrait croître encore beaucoup et pendant un temps auquel on ne peut point assigner de bornes.

Au contraire, si la nourriture et les matières brutes étaient refusées à une nation manufacturière , il est évident qu’elle ne pourrait pas exister. Mais outre que, dans cette supposition extrême, l’existence au sens absolu dépend pour cette nation de son commerce étranger, il faut observer de plus que ses progrès dans la richesse sont presqu’enlièrement mesurés par ceux que fait la demande des contrées qui commercent avec elle. Quelque habile , active et économe que puisse être une telle nation, si ses pratiques, par indolence ou faute d’accumulation, ne voulaient ou ne pouvaient point lui acheter une valeur annuelle croissante des marchandises qu’elle produit, les effets de son habileté dans l'invention et la construction des machines ne seraient pas de longue durée.

Sans doute le bas prix des marchandises manufacturées, qui est dû à l’habileté des ouvriers et à la perfection des machines dans un certain pays, est fait pour encourager l'accroissement du produit brut chez les autres; c’est ce dont personne ne peut douter. Mais en même temps

' C’est ce dont l’Amérique offre en ce moment l'exemple (1816). [Noie de l'auteur.)

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